JDD - Gaspard Proust : McKinsey, milice Wagner du cost-killing
La réponse est simple : un service de conciergerie hors norme. Un problème à n’importe quelle heure de la journée ? Pas de panique, à l’autre bout du fil, un conseiller McKinsey est là pour vous guider. Mais attention, on ne parle pas d’une conciergerie lambda, non, ici, c’est le domaine de l’über-luxe. Attendre un conseiller au téléphone est susceptible
de vous coûter 300 balles la seconde du Printemps de Vivaldi. Un peu comme chez Mozart où le silence après du
Mozart, c’est encore du Mozart ; chez McKinsey, le silence avant le bullshit, c’est déjà du bullshit.
Des mauvaises langues vont nous expliquer qu’on pourrait faire en interne ce qu’on externalise. C’est évidemment débile. Ce qu’on paie dans un cabinet de conseil, ce n’est pas tant l’expertise (les types qui bossent chez McKinsey ont
fait les mêmes écoles que ceux qui les recrutent — je mets bien sûr Christophe Castaner et Marlène Schiappa à part),
mais comme les mesures à prendre sont rarement faciles à assumer, le cabinet sert à un transfert de responsabilité ; ce que j’appellerai pudiquement la délocalisation de la couille.
Vouloir faire faire le boulot de McKinsey par des fonctionnaires consisterait à leur dire : « Hé, les gars, pondez-nous un truc qui démontrera que vous êtes trop nombreux et trop chers ! »
En coaching, c’est un peu comme tenter de remobiliser le PSG à la mi-temps en envoyant Domenech dans les vestiaires. Il faut comprendre : quand ta propre armée est démobilisée, tu appelles les mercenaires. C’est là qu’intervient McKinsey, notre milice Wagner du cost-killing. Mais au lieu de les juger, mettons nous un instant à la place de ces gens :
enchaîner classes prépa, concours, grandes écoles, tout ça pour finir en brainstorming sur un montant d’APL… Imagine-t-on Nadal donner des cours de tennis dans un Club Med ?
Il faut imaginer le chemin de Damas intérieur de ces têtes bien faites à qui le chef d’équipe a dû dire pour éviter les
suicides : « Relax les gars, le mot APL c’est juste un nom de code pour désigner les taux de la Fed. En réalité, vous êtes en train de bosser pour Jerome Powell ! »
De manière plus personnelle, je me souviens encore avec émotion de la présentation de McKinsey à l’époque où je n’étais encore qu’un anonyme petit branleur à HEC Lausanne. C’étaient les seuls à venir en disant : « Bonjour,
ne vous emballez pas, on vient juste vous faire l’honneur de vous distribuer notre plaquette, on commencera à étudier votre cas une fois que vous aurez complété votre cursus par un MBA à Harvard, un postgrade en physique quantique à Stanford, un premier prix de violon, une sélection pour les JO et si en plus vous avez fondé une ONG au Vietnam durant votre tour du monde en trottinette solaire, c’est un plus.
Un cost-killer, c’est bien, mais un cost-killer qui sait sourire à un enfant cul-de-jatte ayant joué à la marelle dans un champ de mines, c’est mieux. » À les écouter, je l’avoue, je rêvais moi aussi d’en être. D’être ce puceau endimanché qui présenterait des PowerPoint facturés au prix d’esquisses de Picasso à un parterre de PDG qui boiraient mes paroles comme si je venais de leur offrir un week-end « putes et casino » à Monaco.
Je me souviens des collègues qui ont fini dans ces boîtes. En général, c’étaient les indécis. « Tu vas faire quoi après ?
Finance ou marketing ?… Je sais pas… Ah, ok, donc du conseil ! » C’est normal.
Dans la vie, ceux qui conseillent sont rarement ceux qui font. Ce sont d’abord et avant tout des entrepreneurs du risque des autres. Il suffit de comparer le chiffre d’affaires de la boîte d’Alain Minc avec celui de LVMH. Respectueusement. g