Challenges : L’ex-patron de Camaïeu, Michel Ohayon, mis en examen pour escroquer

L’ex-patron de Camaïeu, Michel Ohayon, mis en examen pour escroquerie
L’homme d’affaires Michel Ohayon a été mis en examen ce vendredi 5 avril pour banqueroute, abus de biens sociaux et escroqueries en bande organisée notamment, soupçonné d’avoir détourné de l’argent des sociétés Go sport, Gap France et Camaïeu.

L’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon, qui a fait fortune dans l’immobilier avant de bâtir un éphémère empire commercial, a été mis en examen ce vendredi 5 avril pour banqueroute, abus de biens sociaux et escroqueries en bande organisée, a indiqué ce samedi le parquet de Paris, sollicité par l’AFP.

L'homme d'affaires conteste "avec la plus grande véhémence" ces accusations, a indiqué son avocat, affirmant qu'il s'était "appauvri pour sauver un secteur du +retail+ qui connait une crise en France sans précédent".

"Nous contestons avec la plus grande véhémence la mise en examen de M. Ohayon", a réagi Me Olivier Pardo. "Il a injecté plus de 68 millions d'euros de sa fortune personnelle, il n'y a eu aucun enrichissement, tout au contraire, M. Ohayon s'est appauvri dans cette affaire pour sauver un secteur du +retail+ qui connait une crise en France sans précédent", a-t-il ajouté. "Il suffit de voir le nombre de faillites qui ont eu lieu depuis le Covid".

"Mouvements de trésoreries suspects"
Les investigations ont mis en évidence "l’existence de prélèvements des ressources de trésorerie significatives des différentes structures sociales que Michel Oyahon dirige en droit ou de fait, sans justification économique ou juridique, dans un contexte de situation financière sous tension pour ces sociétés, qui apparaissent contraires à leur intérêt social", selon le ministère public.

Ces opérations ont "été dissimulées comptablement et ou justifiées par des opérations juridiques fictives", selon la même source. "Le produit tiré de l’ensemble des infractions reprochées est estimé à plus de 50 millions d’euros."

Pour le parquet, il est "établi que dans les deux années ayant suivi la reprise des enseignes Camaïeu, Gap et Go Sport, ses structures ont fait l’objet de procédures de redressement judiciaire du fait notamment de ces mouvements de trésoreries suspects".

Michel Ohayon a été mis en examen par des juges d’instruction de la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée pour banqueroute, abus de biens sociaux, escroqueries en bande organisée, abus de confiance et blanchiment aggravé.

Son épouse a également été mise en examen.

Selon Me Pardo, "les accusations portées contre lui sont une négation du fonctionnent d'un groupe de sociétés". "Nous démontrerons les responsabilités des uns et des autres", a-t-il promis, annonçant vouloir mener "toutes les actions nécessaires à la suite des violations répétées du secret de l’instruction et de l'atteinte à sa présomption d’innocenc

L’homme d’affaires bordelais avait bâti un empire commercial, fragilisé dès septembre 2022 par la liquidation, à Lille, de Camaïeu (2.600 salariés). Il avait dû céder Gap France et Go Sport, placées en redressement judiciaire peu après. Sa holding, la Financière immobilière bordelaise (FIB), était dès 2023 en cessation de paiements, avec 500 millions d’euros de passif.

Challenges : Rafale de l’armée de l’air : comment la France veut mettre fin à la


Rafale de l’armée de l’air : comment la France veut mettre fin à la pénurie
Pour redonner du muscle à une armée de l’air à l’os, l’exécutif prépare une commande de 20 avions de combats Rafale. Les usines de Dassault, qui croulent sous les commandes export, vont devoir mettre les bouchées doubles.

Chez Dassault Aviation comme dans les bases de l’armée de l’air, la petite phrase n’a échappé à personne. En déplacement sur la base aérienne 116 de Luxeuil (Haute-Saône), Emmanuel Macron a annoncé le 18 mars la nouvelle que tout le microcosme de l’aviation de combat attendait depuis des lustres. « Nous allons accroître et accélérer les commandes de Rafale, assurait le président de la République. C’est un impératif dans le contexte actuel. » Si les chiffres ne sont pas encore totalement fixés, le contrat, dont l’annonce est prévue avant l’été, porterait sur une vingtaine de Rafale pour l’armée de l’air, et une dizaine pour la Marine nationale, soit un investissement de l’ordre de 3 milliards d’euros.

Pourquoi cette annonce ? Face une menace russe croissante au flanc est de l’Europe, et à la probable mise en retrait de l’allié américain sur le Vieux continent, l’armée de l’air se débat depuis des années avec une flotte d’avions de combat au plus bas. Celle-ci atteint 194 avions cette année (hors Mirage 2000 d’entraînement), dont une grosse centaine de Rafale, soit une flotte divisée par trois depuis la fin de la guerre froide (600 appareils). « L’aviation de chasse française, avec 107 Rafale en service dans l’armée de l’air et 41 dans la marine nationale [en 2024], est à son plus bas volume historique depuis 1916 », calculaient même deux anciens pilotes de chasse, le lieutenant-colonel Adrien Gorremans et Jean-Christophe Noël, dans un rapport du think tank IFRI publié en janvier, consacré à la supériorité aérienne.

De fait, la flotte d’avions de combat fait grise mine. Depuis 2021, celle-ci est passée de 217 à 191 appareils, soit une perte de 26 avions, selon les chiffres transmis par l’armée de l’air à Challenges. Le nombre de Rafale en flotte a baissé sur la période, de 102 en 2021 à 100 en 2025. En retirant du décompte les 7 Mirage 2000B dédiés à l’entraînement, la flotte ressort à 184 appareils, soit un chiffre inférieur au format prévu de la flotte d’avions de combat (185 avions).

Aucune livraison à l’armée de l’air pendant 4 ans
Les causes de cette pénurie sont multiples. Pour économiser quelques milliards au profit d’autres programmes et servir plus vite les clients export, les livraisons de Rafale à l’armée de l’air avaient été stoppées durant quatre ans, de novembre 2018 à décembre 2022. Déjà affaiblie, la flotte d’avions de combat a dû subir, depuis, la ponction de 24 appareils, des avions d’occasions vendus par la France à la Grèce (12 avions) et la Croatie (12 appareils). Deux appareils ont également été perdus lors du dramatique accident entre deux Rafale le 14 août 2024, qui a coûté la vie à deux pilotes et blessé un troisième.

Le transfert de Mirage 2000-5 (6 chasseurs) à l’Ukraine, annoncé en juin 2024 mais effectif cette année, a achevé de fragiliser l’édifice. « Forcément, cela percute un peu le format de l’aviation de chasse, s’inquiétait le 20 novembre le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace, lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense (AJD). Nous allons vers un déficit criant d’armement si nous ne corrigeons pas le tir. Le ministère l’a très bien compris et on a regardé comment on pouvait pallier cette cession. »

De fait, ces 30 avions prélevés (24 Rafale et 6 Mirage 2000) pèsent lourd pour une armée de l’air déjà à l’os. « La flotte d’avions de combat est, à l’évidence, insuffisante pour honorer sereinement toutes les missions : dissuasion, police du ciel, présence sur nos bases à l’étranger, réassurance sur le flanc Est de l’OTAN », estime le député RN Frank Giletti, rapporteur des crédits de l’armée de l’air à la commission de la défense de l’Assemblée nationale. Faute d’avions disponibles, c’est notamment la préparation opérationnelle qui trinque : alors que la norme OTAN est de 180 heures de vol par an, les pilotes français n’en réalisaient que 143 en 2023. Depuis, le chiffre précis, opportunément classé « diffusion restreinte », n’est plus publié.

Vers une flotte à 205 avions ?
Les vingt Rafale supplémentaires, si le chiffre est confirmé, ne seront donc pas de trop pour redonner un peu de muscle à la flotte française. La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 prévoyait 137 Rafale dans la flotte de l’armée de l’air à horizon 2030, soit 48 de moins que la LPM précédente. En intégrant les Mirage 2000D, la flotte devait atteindre 185 avions en 2030, un minimum vital, prévenaient les aviateurs.

Selon nos informations, l’armée de l’air milite pour que les livraisons des 20 appareils annoncés par Sébastien Lecornu soient effectives avant 2030, ce qui permettrait de faire remonter le format de l’aviation de combat à 205 avions. Un progrès indéniable, mais encore insuffisant, estiment les aviateurs. « Sans doute faudrait-il tendre vers un plancher de 225 avions afin de pouvoir remplir sereinement nos missions », estimait, mi-2022, le général Frédéric Parisot, numéro deux de l’armée de l’air, lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Selon nos informations, l’état-major de l’armée de l’air défend toujours ce format à 225 appareils, ce qui nécessiterait 20 commandes de Rafale en plus.

Livraison anticipée de 42 avions ?
Pour se redonner un peu d’air, l’armée de l’air et de l’espace milite également pour une livraison anticipée des 42 Rafale qui avaient été commandés fin 2023 (tranche 5), qui devaient normalement être livrés à partir de 2027. « L’idéal serait de les avoir à partir de 2026, pour compenser plus vite le retrait de service des Mirage 2000-5 », assure un gradé. Ces derniers doivent en effet être sortis de la flotte de façon progressive d’ici à 2029, soit mis au rebut, soit cédés à l’Ukraine.

Reste la grande question : Dassault Aviation sera-t-il capable de livrer rapidement tous ces avions ? Ralenti par les difficultés de sa chaîne de fournisseurs (400 entreprises en France), l’avionneur français a déjà toutes les peines du monde à assembler dans les temps les 273 appareils vendus à l’export. Si la cadence de production est passée d’un à deux avions par mois depuis 2020, il va falloir, au minimum, doubler la cadence d’ici à 2028-2029 pour honorer les commandes françaises et les probables nouveaux contrats export, comme les 26 Rafale Marine pour l’Inde.

Dassault pourrait passer de deux à cinq avions produits par mois
Dassault assure pouvoir relever le défi. « Le passage à la cadence trois est en cours, et on anticipe le passage à cadence quatre, expliquait le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier le 5 mars lors de la présentation des résultats 2024 du groupe. S’il le faut, nous étudions la possibilité de passer à cinq Rafale par mois. On a les mètres carrés (sur le site de Mérignac, ndlr). On construira des hangars supplémentaires, et on embauchera des compagnons. »

En cas de victoire sur l’appel d’offres de l’armée de l’air indienne (114 appareils), l’avionneur a prévu d’ouvrir une ligne d’assemblage en Inde, ce qui permettrait de ne pas surcharger la chaîne de Mérignac. Mais il ne faut pas attendre de miracle sur les délais, prévient l’industriel. « Pour gagner un point de cadence, il faut au moins deux ans », rappelle Eric Trappier. Vu les difficultés de la chaîne de fournisseurs, ce sera peut-être plus. A ce rythme, le rythme de cinq avions par mois ne sera atteint, au mieux, qu’à l’horizon 2030. Un problème de riche, mais un problème quand même.

Le Figaro : Londres découvre des capteurs russes autour de ses sous-marins nuclé

Londres découvre des capteurs russes autour de ses sous-marins nucléaires

Plusieurs capteurs se seraient échoués sur le littoral britannique, tandis que d’autres ont été repérés en mer par la Royal Navy, selon une enquête du Sunday Times. Ces dispositifs, attribués à Moscou, auraient pour but de surveiller les sous-marins nucléaires du Royaume-Uni.

Des capteurs russes, soupçonnés d'avoir été installés par Moscou pour espionner les sous-marins nucléaires britanniques ont été découverts en mer autour du Royaume-Uni, selon une enquête publiée dimanche par le journal The Sunday Times . Selon le journal, «plusieurs» de ces capteurs ont été découverts échoués sur le littoral tandis que d'autres ont été «localisés par la Royal Navy».

Des responsables militaires et du renseignement ont affirmé au Sunday Times qu'ils pensaient qu'ils avaient été installés pour recueillir des informations sur les quatre sous-marins nucléaires que possède l'armée britannique. «Il ne fait aucun doute qu'une guerre fait rage dans l'Atlantique. C'est un jeu du chat et de la souris qui dure depuis la fin de la Guerre froide, et qui s'intensifie de nouveau», a indiqué un responsable de l'armée, cité anonymement.

Durant son enquête, le Sunday Times affirme avoir découvert des engins russes sans pilote «dissimulés près de câbles de communication sous-marins», tandis que, selon le ministère de la Défense, des yachts appartenant à des oligarques russes ont pu être utilisés pour conduire des opérations de reconnaissance sous-marine. Contacté par l'AFP, le ministère britannique de la Défense a estimé qu'il s'agissait de «spéculations». «Notre force de dissuasion nucléaire en mer continue de patrouiller les océans du monde sans être détectée, comme elle le fait depuis 56 ans», a-t-il ajouté.

En janvier dernier, il avait indiqué que le navire de surveillance russe Yantar était entré dans les eaux britanniques et avait été repéré dans la Manche. Le ministre de la Défense, John Healey, avait alors averti le président Vladimir Poutine que Londres n'hésiterait pas à prendre «des mesures énergiques pour protéger le Royaume-Uni».

Plusieurs câbles sous-marins de télécommunications et d'alimentation électrique ont été endommagés ces derniers mois dans la mer Baltique. Dirigeants européens et experts soupçonnent des actes de sabotage orchestrés par la Russie, des accusations démenties par Moscou.

Le Figaro : «Patrick Drahi veut tourner la page des télécoms en France»: la poss

«Patrick Drahi veut tourner la page des télécoms en France»: la possible mise en vente de SFR met le secteur en effervescence

Après avoir restructuré sa dette, Patrick Drahi peut s’attaquer à la cession de son opérateur. Bouygues, Orange et Iliad sont à l’affût, tout comme certains acteurs au Moyen-Orient. Mais le processus s’annonce semé d’embûches.

C’est l’une des plus belles arlésiennes du capitalisme français. Depuis 2012, et l’irruption de Free sur le marché du mobile en France, les quatre opérateurs télécoms français ne rêvent que d’une chose : revenir à trois. Il y a neuf ans, en 2016, ils avaient bien failli réussir. Bouygues, vendeur, s’était proposé à Orange. Moyennant une entrée de Martin Bouygues à son capital, l’ex-France Télécom s’était donné les moyens de racheter l’opérateur du groupe basé avenue Hoche à Paris. Un accord avec SFR et Free prévoyait ensuite de revendre certains morceaux de Bouygues Telecom pour satisfaire aux exigences de concurrence. L’opération, au nom de code « Jardiland », avait capoté au dernier moment, à cause notamment des nombreuses conditions posées par l’État français, premier actionnaire d’Orange.

En ce début de printemps 2025, la petite musique de la consolidation se fait à nouveau entendre. « Pour la première fois depuis quinze ans dans les télécoms françaises, nous avons un vendeur », a confié début mars aux analystes financiers le directeur financier d’Orange, Laurent Martinez. Sans le nommer, tout le monde sait à qui il fait référence : Patrick Drahi et SFR. Il n’est pas le seul à partager cette conviction. « Patrick Drahi veut tourner la page des télécoms en France. La volonté est là, je ne vois pas cela changer », assène une source dans le monde des affaires qui connaît bien le milliardaire.

Dans l’ombre, les prétendants affûtent déjà leurs armes et les calculatrices chauffent. « Il y a beaucoup de banquiers et d’avocats qui nous proposent des prestations. C’est en train de bouillir », confie un opérateur. Il faut dire que ces derniers sont loin de faire baisser la température. « Si la consolidation en France nous permet de grandir, de diffuser notre modèle Free à un plus grand nombre, nous serons très pragmatiques », indiquait au Figaro Thomas Reynaud, le directeur général d’Iliad (Free), le 25 mars. Hasard du calendrier, Bouygues (qui détient Bouygues Telecom) rencontrait le lendemain à Londres les équipes de la banque américaine JPMorgan. Le sujet de la consolidation française et SFR ont occupé les esprits. Mi-mars, Orange avait lui aussi poussé auprès de Citi ses vues sur la consolidation. « Tout le monde est en train de dépoussiérer les vieux dossiers des années 2016 », confirme encore le patron d’un des quatre acteurs.

Fenêtre de tir
Officiellement, rien n’est à vendre. Comme souvent depuis dix-huit mois, alors qu’il a pourtant multiplié les cessions, Patrick Drahi n’affiche pas publiquement ses intentions. La vente de RMC et BFMTV ? « Circulez, il n’y a rien à voir », a-t-on répété pendant des mois au siège d’Altice France, avant le rachat du groupe médias en mars 2024 par Rodolphe Saadé. Interrogé par Le Figaro, Altice, la maison mère, se refuse d’ailleurs à tout commentaire sur une vente de SFR. « La direction est concentrée sur l’implémentation de l’accord sur la dette, la réflexion sur la vente d’actifs non essentiels, et la poursuite de la relance commerciale de SFR et de la qualité de service », se borne à expliquer l’opérateur.

Fin 2023, la direction d’Altice France avait échangé avec la direction de plusieurs opérateurs, mais elle a vite refermé la porte. Le niveau de dette d’Altice France était tel que l’actif était invendable. L’accord signé avec les créanciers fin février, qui va permettre de réduire la dette de 8,6 milliards d’euros en les faisant entrer à hauteur de 45 % du capital, ouvre une nouvelle fenêtre de tir.

Pour les opérateurs français, les règles du jeu ont changé depuis 2016, mais deux points demeurent intangibles. D’abord, l’intérêt à agir. Le marché français, très mature, offre une faible croissance. Dans une industrie à coût fixe comme celle des télécoms, a fortiori dans un environnement hautement concurrentiel, le passage de quatre à trois opérateurs aurait un effet immédiat sur les niveaux de marge. Le second est qu’aucun des trois ne peut espérer engloutir à lui seul SFR. À Bruxelles, les autorités de concurrence européennes ont historiquement toujours montré peu d’enthousiasme quant aux fusions de quatre à trois opérateurs sur un même marché.

Or, avec plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires - grosso modo un quart des revenus dégagés par les télécoms françaises - et 3,5 milliards d’euros de résultat d’exploitation, SFR est le solide numéro deux du marché derrière Orange. Ce dernier ne peut évidemment pas le récupérer et créer un acteur à 80 % de part de marché. De la même façon, un rachat pur et simple par Bouygues ou Iliad, qui donnerait vie à un groupe de taille équivalente à Orange, entraînerait un duopole et la mort du troisième opérateur restant. Impensable.

Le scénario d’une vente à la découpe
La seule voie praticable, et déjà empruntée en 2016, c’est qu’un opérateur porte l’estocade et obtienne un préaccord avec les deux autres pour dépecer la bête à trois. Dans l’esprit des analystes, le candidat naturel pour mener cette opération est Bouygues, vu notamment l’accord de mutualisation de leurs réseaux mobiles qu’il a noué avec SFR depuis 2014 et pour 10 ans encore. Interrogé, le groupe ne fait pas de commentaire. Il faut dire qu’après l’échec essuyé en 2016, puis celui de la fusion entre TF1 et M6, Martin Bouygues et Olivier Roussat, respectivement président et directeur général du groupe, n’iront pas au feu sans la conviction que les autorités de concurrence se sont adoucies sur ces sujets.

« Le vrai point d’interrogation, c’est Bruxelles. Est-ce que la Commission va changer sa doxa sur les fusions ? », indique un connaisseur des télécoms. À vrai dire, l’époque est différente. Les voix s’élèvent pour dire que la Commission européenne a poussé trop loin le curseur vers la protection du consommateur en négligeant la compétitivité des acteurs qui investissent. Notamment en matière de technologie. Le rapport Draghi, qui préconise une vision beaucoup plus souple dans la gestion des fusions-acquisitions, est aussi dans toutes les têtes. Au Royaume-Uni, un marché plus concentré que la France, le régulateur a récemment autorisé une fusion entre Vodafone et l’opérateur Three. « C’est un alignement de planètes qui n’a jamais existé par le passé », insiste une source.

Fin tacticien, Patrick Drahi sait néanmoins qu’il devra se ménager d’autres options. « Il n’a pas fait tout ce travail sur la dette pour se retrouver à la merci d’une hypothétique consolidation française », insiste un banquier. Le scénario d’une vente à la découpe, morceau après morceau, revient régulièrement dans la bouche des personnes interrogées par Le Figaro. SFR a déjà commencé ce travail, avec la vente par exemple de ses data centers, ou encore celle probable de son opérateur d’infrastructure XPFibre. « Dans ce scénario, chaque morceau est cédé au plus offrant, que ce soit les opérateurs français ou d’autres acteurs », indique une source proche du dossier.

Base de clients fixe et mobile avec leurs marques, clientèle entreprise, licences d’exploitation des fréquences radios, infrastructures, boutiques, centres d’appels, centres de données… l’opérateur a des actifs qui intéressent. Mais de l’extérieur, c’est aussi un maquis touffu. « SFR s’est constitué après plus d’une dizaine de rachats. Il faudra soulever le capot pour voir ce qu’il y a dedans », indique un observateur.

L’intérêt d’acteurs étrangers
Au-delà des acteurs français, Drahi sait l’intérêt d’acteurs étrangers pour s’implanter dans l’Europe des télécoms. Les opérateurs saoudiens (STC) ou émiriens (Etisalat), notamment, ont pris pied dans certains pays et connaissent très bien l’homme d’affaires. « Patrick Drahi passe plus de temps à Abu Dhabi qu’à Paris », remarque une connaissance. Ce dernier, au Royaume-Uni, a également cédé ses 25 % du capital de BT pendant l’été 2024 à l’indien Bharti Airtel et son fondateur Sunil Mittal, qui souhaite rééquilibrer son portefeuille avec des actifs en Europe.

Autant de bruits qui circulent dans l’écosystème télécoms, mais que les protagonistes et observateurs perçoivent de différentes manières. Certains invoquent la jurisprudence Carrefour Couche-Tard et jugent impensable de voir basculer SFR aux mains d’un acteur étranger : « c’est du bluff. Il n’y a qu’à voir le rejet qu’a suscité l’arrivée de STC au capital de Telefonica en Espagne pour comprendre que cela ne se fera jamais ». D’autres jugent que l’idée n’est pas si saugrenue et font remarquer que la main de l’Élysée n’a pas tremblé pour signer l’accord d’investissement de 50 milliards d’euros du fonds émirien MGX pour les infrastructures d’IA en France. Pour Patrick Drahi, l’avantage d’un acteur étranger est la disparition de la menace antitrust et des délais associés. L’inconvénient, c’est que l’opération et les synergies seraient moins intéressantes qu’un passage de « 4 à 3 » sur le même marché. Le prix de vente serait donc a priori plus faible.

La question cruciale du prix
Or, à l’évidence, c’est l’un des éléments centraux des négociations à venir, si tant est qu’elles démarrent. « Si Patrick Drahi sort des télécoms françaises, cela sera à ses conditions et pas à n’importe quel prix », indique un banquier d’affaires. En dépit des contre-performances commerciales de SFR, qui a perdu plus de 1 million d’abonnés depuis l’été 2023, le milliardaire est persuadé que son opérateur vaut plus que les 20 milliards d’euros que lui conférerait une valorisation classique dans le secteur des télécoms. « Il va vouloir en chercher 25 milliards, mais l’actif est vraiment très abîmé », insiste un rival. Patrick Drahi a cependant démontré, avec la vente du pôle BFMTV-RMC (cédé à Rodolphe Saadé pour 1,5 milliard d’euros), qu’il savait tirer un bon prix de ses actifs. « À l’exception de Christel Heydemann chez Orange, les mêmes joueurs de poker se retrouvent à la table. Ils se connaissent par cœur, cela sera intéressant », sourit un banquier.

L’autre grande question est celle du timing. Patrick Drahi s’est donné du temps en repoussant ses échéances de dette à 2030, mais la fenêtre n’est pas si grande que cela. Pour une consolidation française, il faudrait plusieurs mois de négociations entre opérateurs, puis douze, voire dix-huit mois pour purger les enquêtes des autorités de la concurrence. Même s’il ouvrait dès demain le scénario d’une vente, Patrick Drahi pourrait être coincé jusqu’à début 2027. « La pression de la présidentielle n’est pas à négliger. On ne sait pas à quoi ressemblera la France dans la deuxième moitié de 2027 », indique un bon connaisseur du dossier. À l’évidence, c’est une incitation claire pour SFR à chercher une transaction plus tôt que plus tard.

Le Figaro : CMA CGM et Mistral AI nouent un partenariat de 100 millions d’euros

CMA CGM et Mistral AI nouent un partenariat de 100 millions d’euros dans l’intelligence artificielle

Le troisième armateur mondial va s’appuyer sur les solutions d’IA de la start-up française pour être plus efficace dans l’ensemble de ses métiers, du transport à la logistique en passant par les médias.

Entre le PDG de CMA CGM, Rodolphe Saadé, et le cofondateur de la start-up française d’intelligence artificielle générative, Mistral AI, Arthur Mensch, c’est presque de l’histoire ancienne. « Je faisais partie des investisseurs lors de la première levée de fonds de Mistral AI », sourit le patron du géant du transport maritime et de la logistique, également présent dans les médias (BFMTV, RMC, La Tribune…). Un tour d’amorçage de 105 millions de dollars finalisé en juin 2023, à peine un mois après la création de la jeune pousse. Deux ans plus tard, Mistral AI a bien grandi et vaut un peu moins de 6 milliards d’euros. Elle est l’un des rares espoirs de l’IA au niveau européen, grâce notamment à ses modèles de langage rivaux des géants américains comme OpenAI, Google ou encore Anthropic.

Les deux entreprises vont encore approfondir leurs liens avec un partenariat inédit à hauteur de 100 millions d’euros : au cours des cinq prochaines années, Mistral AI utilisera ses technologies d’intelligence artificielle pour résoudre quelques casse-tête consommateurs de temps ou d’énergie chez CMA CGM. Les fameux cas d’usage où ces algorithmes surpuissants font merveille pour apporter une réponse simple à un problème en traitant très vite une énorme masse de données. « Avec l’IA générative, il suffit de deux minutes contre dix habituellement pour identifier la meilleure route maritime pour un bateau qui fait Shanghaï-Santos », illustre Rodolphe Saadé.

Concernant la logistique, où la filiale de CMA CGM, Ceva, fait partie des leaders mondiaux, l’intelligence artificielle peut servir à optimiser le rangement des colis dans les entrepôts. Dans les médias, le groupe marseillais compte utiliser la force de calcul de Mistral pour développer un « fact-checking » fiable en temps réel. Un domaine où la start-up française devrait être pointue grâce à son partenariat mondial signé avec l’AFP au début de l’année.

Bref, les champs d’application de ces outils sont innombrables et beaucoup reste à défricher. « Il s’agit d’une nouvelle technologie, souligne Rodolphe Saadé. Il faut donc ajuster le tir en permanence. Il y aura forcément des difficultés à surmonter. Mais je suis fier d’avancer dans ce domaine avec un leader français et européen. » CMA CGM n’en est pas à son coup d’essai. Depuis l’été dernier, il fait aussi route avec Google dans le domaine de l’intelligence artificielle. « Nous allons réfléchir à des sujets qui ne sont pas traités avec Google, il y a de la place pour tout le monde », assène encore Rodolphe Saadé.

Vingt personnes de Mistral AI chez CMA CGM
Mistral AI, lui aussi, plaide pour cette approche complémentaire. « D’un point de vue technologique, nous fournissons plutôt des solutions alors que Google fournit son infrastructure informatique (autrement dit, les machines pour faire tourner l’IA, NDLR) », explique Arthur Mensch. De façon très concrète, la start-up française va dépêcher une vingtaine de collaborateurs à temps plein chez CMA CGM à Marseille, sur le modèle de ce qu’elle fait déjà chez certains clients comme Veolia ou encore Cisco. Et ce, aussi bien dans les métiers du transport et de la logistique que des médias. « L’IA est une technologie très horizontale qui nécessite de la spécialisation pour générer de la valeur », indique le cofondateur et patron de Mistral AI.

Dans cette affaire, les 100 millions d’euros d’investissement de CMA CGM peuvent sembler bien faibles comparés aux 40 milliards de dollars levés par OpenAI le 1er avril. Arthur Mensch note néanmoins qu’il s’agit dans ce dernier cas d’un investissement, alors que l’accord avec CMA CGM est un partenariat commercial. C’est évidemment une bonne nouvelle pour la pépite française, qui compte déjà plusieurs dizaines de clients dont Veolia, Cisco, BNP Paribas, Axa, l’AFP, Orange, Mirakl, IBM, SAP ou Snowflake. Alors que les débats montent sur le niveau des énormes capitaux déversés dans l’IA, y compris pour les levées de fonds des start-up, le groupe français doit démontrer qu’il peut apporter un retour sur investissement à ses clients. « L’IA génère de la valeur très rapidement », indique Arthur Mensch.

CMA CMG, de son côté, multiplie les initiatives dans l’IA. Le groupe avait déjà investi 500 millions d’euros dans la technologie ces derniers mois. Aussi bien via les partenariats avec Google ou encore Perplexity, qu’en rentrant au capital de start-up en vue du secteur, comme Poolside et Dataiku. Enfin, le groupe basé à Marseille avait mis un ticket avec Xavier Niel dans la création du laboratoire d’IA basé à Paris, Kyutai. Sur son propre métier, CMA CGM n’est pas le seul à avancer sur ces sujets. Le deuxième armateur mondial, le danois Maersk, estime qu’il pourra d’ici 2030 confier à l’intelligence artificielle la tâche de gérer l’acheminement de produits de A à Z (de l’enlèvement dans une usine en Chine à la livraison au client final en Europe)… à condition qu’il n’y ait pas de situation trop atypique. Dans le cas contraire, l’homme restera toujours seul décisionnaire.

Le Monde : Avec Starlink, Elon Musk étend son influence sur la planète… et dans

Avec Starlink, Elon Musk étend son influence sur la planète… et dans l’espace

Forte de sa supériorité technologique, la société du milliardaire a su se rendre indispensable, notamment en Ukraine. Ce proche de Donald Trump bénéficie désormais de leviers inédits, en matière de télécommunications par satellite, alors que la Chine et l’Europe cherchent à occuper le terrain.

Elon Musk, enfant, rêvait-il aux étoiles, allongé dans un veld sous la voûte céleste ? Ou adolescent, après avoir quitté l’Afrique du Sud pour le Canada, en observant le ciel des plaines glacées de la Saskatchewan ? L’homme qui promet de conquérir Mars est déjà le maître incontesté du proche espace. De notre planète, y compris à 1 000 milles de toute terre habitée, il est désormais plus probable d’apercevoir ses satellites Starlink que des étoiles filantes. Au risque de les confondre : les « caravanes » de ces appareils de haute technologie forment de longues traînées lumineuses dans la nuit.

L’histoire de ce succès est connue. Créé en 2002, SpaceX, la société d’Elon Musk spécialisée dans l’astronautique, a d’abord enchaîné déconvenues et tirs ratés de fusée. Ses concurrents et les experts du secteur observent alors avec scepticisme, voire avec sarcasme, l’acharnement du milliardaire à poursuivre son projet. Un premier lancement réussi, en septembre 2008, lui ouvre les portes de la NASA. L’agence fédérale américaine, qui cumule les échecs, est devenue un gouffre financier. Or, les coûts pourraient être limités en faisant appel à un acteur privé.

Ce pari osé, pris par le président George W. Bush (2001-2009), devient une politique assumée par son successeur, Barack Obama (2009-2017), qui entreprend de « dégraisser » la NASA et entame la privatisation de la conquête de l’espace. Donald Trump, pendant son premier mandat (2017-2021), et encore davantage Joe Biden (2021-2025) poursuivent dans cette voie. En vingt ans, Elon Musk a ainsi perçu plus de 22,6 milliards de dollars (près de 21 milliards d’euros) d’aides, de financements et de commandes publiques pour le compte de SpaceX, selon une enquête du Washington Post, publiée le 26 février. Le milliardaire, dont la mission auprès du président américain consiste aujourd’hui à sabrer dans les dépenses fédérales, est donc l’un des plus grands bénéficiaires de la caisse des contribuables américains.

Du Groenland au Sahara
Les incrédules ont changé d’avis. Admirateurs et contempteurs d’Elon Musk s’accordent désormais à reconnaître ses performances technologiques, inégalées dans le secteur, ainsi que la force de son modèle économique : il contrôle toute la chaîne de valeur, allant de la fabrication des fusées, des satellites et des terminaux à la mise en orbite et au service. Starlink tire sa puissance d’un ensemble de caractéristiques. Sa constellation de satellites est située en orbite basse (LEO, pour low earth orbit) – environ 500 kilomètres d’altitude –, permettant de transférer des données entre la Terre et l’espace beaucoup plus rapidement qu’avec des satellites classiques, géostationnaires, évoluant à 36 000 kilomètres au-dessus de nos têtes.


« Le positionnement en orbite basse est aujourd’hui intégré par d’autres, à l’instar d’Iridium, un service de téléphonie américain développé depuis la fin des années 1980, ou de OneWeb, aujourd’hui commercialisé par l’opérateur français Eutelsat, précise Célestine Rabouam, doctorante à l’Institut français de géopolitique et au centre Géode de l’université Paris-VIII. Mais la spécificité de Starlink réside dans les liaisons optiques qui connectent entre eux tous les satellites de sa constellation. Cette prouesse technologique lui permet d’augmenter considérablement la résilience du réseau, sa robustesse et sa fiabilité. »

« Si un ou plusieurs de ses satellites se montrent défaillants, les autres prennent le relais, assurant la continuité du service, explique la chercheuse. L’autre atout majeur, lié à cette interconnectivité, est une dépendance réduite aux infrastructures terrestres. Contrairement à ses concurrents, Starlink n’a, techniquement, pas besoin de stations au sol dans tous les territoires où il opère. » Internet devient potentiellement accessible à tous, des terres glacées du Groenland jusqu’au désert du Sahara, en passant par les îlots du Pacifique, les plateformes pétrolières et les avions de ligne. Ou encore dans les zones dévastées par une catastrophe naturelle.


Ces avantages ont déjà fait leurs preuves. Depuis 2020, Starlink a conquis plus de 5 millions d’abonnés – particuliers et entreprises – dans une centaine de pays. Les compagnies aériennes Qatar Airways et United Airlines ont opté pour Starlink, ainsi qu’Air France, qui l’a préféré à Eutelsat, dont le siège est pourtant à Paris. Les opposants iraniens ont trouvé le moyen d’introduire clandestinement des antennes Starlink dans leur pays, malgré l’interdiction du régime et les sanctions internationales, souvent en les enregistrant dans d’autres pays, comme en Turquie ou dans les Emirats arabes unis. Ces récepteurs sont aussi utilisés par des groupes armés de tout acabit, notamment au Sahel, des rebelles indépendantistes dans le nord du Mali aux katibas djihadistes liées à Al-Qaida ou à l’organisation Etat islamique qui écument la région. Un officier de l’armée tchadienne a même confié au Monde que, pour pallier les difficultés de communications sur le terrain, certains de ses hommes équipaient leur véhicule d’une antenne.

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Lorsque, en juillet 2021, l’ouest de l’Allemagne fut ravagé par des inondations meurtrières (plus de 100 morts), les kits fournis par Starlink ont permis aux autorités locales de coordonner les secours en rétablissant le réseau Internet dans les zones où les infrastructures avaient été balayées par les intempéries. Plus récemment, après le passage dévastateur du cyclone Chido à Mayotte, en décembre 2024, le premier ministre français, François Bayrou, a annoncé le déploiement de 200 récepteurs Starlink « pour assurer les télécommunications en urgence ». Les exemples d’interventions salvatrices et rapides à la suite de cataclysmes foisonnent sur le site officiel de la compagnie.

« Il s’agit d’un service dual par essence : Starlink peut apporter de la sécurité civile, mais aussi façonner le champ de bataille », souligne Julien Nocetti, chercheur associé au Centre géopolitique des technologies de l’Institut français des relations internationales (IFRI) et à Sciences Po. Ces implications militaires et stratégiques ont été brutalement mises en évidence par la guerre en Ukraine. Une heure avant l’invasion russe, au petit matin du 24 février 2022, une cyberattaque visant le satellite KA-SAT de l’américain Viasat désactive la plupart des communications militaires ukrainiennes. « Les connexions satellites historiques comme celles de Viasat, utilisées dans le pays, avaient été mises hors d’état par Moscou, rappelle Joscha Abels, chercheur à l’université de Tübingen, en Allemagne, et auteur d’un article sur « Les infrastructures privées dans les conflits géopolitiques : le cas de Starlink et de la guerre en Ukraine », paru dans l’European Journal of International Relations, en 2024. Starlink est alors apparu comme la seule solution viable pour disposer d’un accès à un Internet rapide et sécurisé. Elon Musk a été malin en rendant Starlink rapidement accessible en Ukraine. Cela a donné le sentiment aux responsables militaires et politiques du monde entier qu’ils auraient besoin de cet opérateur en cas de conflit. »

« Nerf optique » de l’armée ukrainienne
Starlink s’avère décisif dès la bataille de Kiev, qui s’achève, début avril 2022, par le retrait des forces russes des alentours de la capitale. L’efficacité des communications est telle que, trois mois plus tard, le commandant en chef des forces armées ukrainiennes de l’époque, Valeri Zaloujny, demande à Elon Musk de lui fournir 8 000 terminaux supplémentaires. « L’arrivée de Starlink (…) a changé la donne, c’était exactement l’élément qui nous manquait », insiste Yaroslav Honchar, directeur d’Aerorozvidka, une organisation spécialisée dans la technologie militaire ukrainienne.

A l’heure où Donald Trump se rapproche du président russe, Vladimir Poutine, et où se pose la question de la pérennité de Starlink en Ukraine, M. Honchar a rappelé, dans le journal ukrainien Ekonomitchna Pravda daté du 23 février, à quel point la mobilité des postes de commandement, des groupes d’observation et des unités de frappe a été accrue par la technologie propre aux satellites d’Elon Musk. Moins vulnérable aux dispositifs de brouillage russes que les communications radio traditionnelles, celle-ci joue un rôle-clé dans la guerre électronique, dans le fonctionnement des systèmes de vidéosurveillance et, bien sûr, dans celui des drones – devenus essentiels sur la ligne de front.

Concrètement, les dronistes envoient leurs appareils de reconnaissance sur les positions russes. Les images et les informations qu’ils enregistrent sont partagées sur un cloud accessible aux batteries d’artillerie et aux postes de commandement. Ces derniers identifient les cibles, les communiquent aux artilleurs qui entrent leurs coordonnées géographiques dans leur système, avant de frapper.

L’attaque est observée grâce aux drones, en temps réel, par le commandement, qui peut éventuellement réajuster le tir, par le même système de communication. Starlink s’est imposé comme le « nerf optique » de l’armée de Volodymyr Zelensky. Les terminaux sont aussi utilisés par les soldats pour appeler leurs familles, envoyer des images du front sur les réseaux sociaux et même jouer à Call of Duty ou à Battlefield entre les combats. Le moral des troupes est une variable non négligeable de cette guerre longue de haute intensité.
Les prouesses de Starlink et leurs implications militaires ne sont pas passées inaperçues. En Asie, continent le moins ouvert à l’opérateur d’Elon Musk, elles suscitent l’inquiétude, tant de la Chine que de Taïwan. Pour Pékin, les avancées permises par SpaceX au programme spatial américain constituent un challenge immense.

Dans un entretien accordé au Financial Times, en octobre 2022, Elon Musk révélait que « Pékin a[vait] clairement exprimé sa désapprobation quant au déploiement de Starlink en Ukraine » et « cherché à obtenir l’assurance qu’[il] ne le vendrait pas en Chine ». Dans l’hypothèse d’un conflit entre la Chine et Taïwan, « l’excellente performance des satellites de Starlink dans la guerre en Ukraine amènera certainement les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux à [les] utiliser » au détriment de Pékin, avaient écrit, en septembre 2022, des chercheurs de l’université d’ingénierie militaire de l’Armée populaire de libération. Leur recommandation, outre celle d’investir dans des constellations de satellites chinoises, était de se doter des moyens de rendre Starlink inopérant, de toute urgence.

L’affaire n’est pas simple, puisque le réseau d’Elon Musk peut fonctionner même si certains de ses quelque 7 000 satellites sont neutralisés. Des opérations de simulation ont été menées pour voir s’il était possible de les traquer. Des chercheurs de l’université de Nankin affirment, dans une étude publiée en janvier, avoir créé un algorithme capable, à l’aide de l’intelligence artificielle, de localiser les satellites de Starlink et de les détruire avec leurs propres satellites munis de lasers. Dans leurs simulations, 99 satellites chinois parviennent à s’approcher de 1 400 satellites Starlink en moins de douze heures – sans que l’on sache si, en conditions réelles, le réseau de M. Musk serait rendu inopérant.

La constellation des « mille voiles » chinoise
Le constat de la supériorité technologique apportée par Elon Musk pousse la Chine à chercher à rattraper son retard. « En avril 2021, le gouvernement chinois fonde officiellement, mais assez discrètement, une nouvelle entreprise d’Etat nommée China SatNet, écrit Marc Julienne, responsable des activités Chine au Centre Asie de l’IFRI, dans une étude d’avril 2023. Celle-ci a pour mission de porter le programme de mégaconstellation de satellites Internet en orbite basse, baptisée Guowang (“réseau national”). »

Un groupe du nom de Spacesail, contrôlé par la municipalité de Shanghaï – l’un des pôles de l’industrie spatiale chinoise –, prévoit aussi de lancer 648 satellites en orbite basse en 2025, pour une constellation baptisée Qianfan, la constellation des « mille voiles », qui à terme pourrait en compter 14 000. Le rythme des lancements auquel est parvenu SpaceX (ses fusées propulsent les satellites par grappes de 15 à 60) constitue un autre défi que tentent de relever des start-up chinoises. Pour l’heure, les lancements sont réalisés par l’Etat, à un rythme très inférieur à celui des Etats-Unis.

Taïwan ne profite pas non plus de Starlink. L’île que revendique Pékin avec des accents de plus en plus belliqueux se méfie des positions explicitement prochinoises d’Elon Musk. Le milliardaire, qui n’a jamais émis de critique à l’encontre de la politique du président Xi Jinping, a régulièrement rencontré des responsables du Parti communiste pour discuter de ses intérêts commerciaux. La Chine est cruciale pour la production et la vente de ses voitures Tesla. En 2024, la moitié de ses véhicules électriques ont été fabriqués dans l’usine qu’il possède à Shanghaï.

Intervenant lors d’une conférence réunissant en septembre 2023, à Los Angeles, des pontes de la tech et de la finance, le créateur de Starlink est allé jusqu’à affirmer que Taïwan est une « partie intégrante de la Chine, au même titre que Hawaï pour les Etats-Unis ». Auparavant, il avait conseillé que lui soit conféré un statut comparable à celui de Hongkong. L’ancienne colonie britannique rétrocédée à la Chine en 1997 subit depuis une reprise en main politique, sociale et économique draconienne par Pékin – un scénario que rejette avec véhémence la société taïwanaise.

Starlink n’est pas disponible à Taïwan. De premières négociations ont achoppé en raison d’une loi qui exige qu’un acteur taïwanais détienne une part majoritaire dans le capital de toute entreprise – a fortiori dans le secteur ultrastratégique de l’aérospatial. L’angoisse que suscitent désormais les positions d’Elon Musk a pris le dessus sur toute autre considération.

En février 2024, le républicain Mike Gallagher, alors président du comité sur la Chine de la Chambre des représentants des Etats-Unis et très critique à l’égard de Pékin, s’était inquiété de constater que Starshield, la branche militaire de SpaceX, ne fournissait pas ses services – malgré ses obligations contractuelles – lorsque ses usagers se trouvaient à Taïwan ou dans ses parages immédiats. Neuf mois plus tard, l’agence Reuters révélait que SpaceX avait ordonné à ses fournisseurs taïwanais (nombreux dans le secteur des semi-conducteurs) de transférer leur production hors de l’île, « en raison des risques géopolitiques ». Depuis, certains se sont relocalisés, au Vietnam et en Thaïlande.

Alors que les opérations de sabotage de câbles sous-marins autour de l’ancienne Formose se sont multipliées ces dernières années, et que la menace d’un blocus imposé par Pékin est prise très au sérieux, se doter de capacités d’accès à Internet par satellite est une priorité pour Taïwan. Mais Starlink a pris une telle avance qu’il est difficile d’envisager des services aussi performants en faisant appel à ses concurrents.

« Premier arrivé, premier servi »
Les prises de parole controversées d’Elon Musk ont d’abord été considérées à l’aune de ce qu’il a longtemps incarné – un milliardaire farfelu et lunatique selon les uns, un innovateur de génie selon les autres. Elles sont scrutées au travers d’un prisme radicalement différent depuis qu’il a rejoint la Maison Blanche.

Après avoir investi plus de 250 millions de dollars (une fraction de sa fortune estimée par le magazine Forbes, le 1er mars, à 360 milliards de dollars) pour assurer le retour de M. Trump à la présidence, l’homme le plus riche de la planète dispose, à Washington, de leviers d’influence inédits. Si sa mission, à la tête du nouveau département de l’efficacité gouvernementale, consiste à démanteler l’« Etat profond », son soutien affiché aux extrêmes droites européennes, dont l’AfD en Allemagne, ou encore sa reprise des accusations de « génocide blanc » dans son pays natal, l’Afrique du Sud, soulèvent des interrogations sur la manière dont il compte se servir de son pouvoir. « Maintenant qu’Elon Musk est associé à l’administration Trump, on ne peut définitivement plus considérer Starlink comme un acteur neutre, comme une entreprise mue par des seuls intérêts économiques. C’est un acteur politique », tranche Joscha Abels, de l’université de Tübingen.

Sa présence à la tête d’entreprises qui sont d’importants sous-traitants du gouvernement américain pose en outre la question du conflit d’intérêts. Des employés de SpaceX ont confié au New York Times leurs inquiétudes sur la manière dont M. Musk gère les données sensibles, qu’il expose parfois sur X, le réseau social qu’il a acheté en 2022 et qui lui offre une formidable caisse de résonance. Le milliardaire de 53 ans dispose d’une habilitation de sécurité « top secret » chez SpaceX, lui donnant accès à des informations classifiées, notamment dans le domaine des technologies militaires de pointe.

Sa dépendance vis-à-vis du marché chinois et sa vision favorable au régime de Pékin – « J’ai des intérêts particuliers en Chine, mais, honnêtement, je pense que la Chine est sous-estimée et que le peuple chinois est vraiment génial et qu’il y a beaucoup d’énergie positive là-bas », a-t-il déclaré en 2023 – sont un problème pour les Etats-Unis. En témoigne le scandale provoqué par un article du New York Times, le 20 mars, affirmant qu’Elon Musk devait assister à une réunion au Pentagone au sujet des menaces posées par la Chine. La rencontre a été annulée in extremis, Donald Trump niant qu’elle ait même été envisagée : « Il est évident que l’on ne montrerait pas ce genre de choses à un homme d’affaires. Elon a des entreprises en Chine », a-t-il déclaré, ajoutant que sa présence aurait été inappropriée. De son côté, la Chine perçoit désormais SpaceX comme une émanation du département de la défense américain, selon le Centre d’études internationales et stratégiques, un think tank basé à Washington.

En Ukraine, les craintes liées à la vision du monde d’Elon Musk se sont rapidement matérialisées. Le milliardaire, qui dès l’été 2022 avait exposé un « plan de paix » reprenant nombre d’exigences du Kremlin, y a restreint l’accès à Starlink à plusieurs reprises et a refusé de l’activer près de la Crimée. Le site commercial en ligne de l’entreprise montre que le service n’est pas accessible dans la péninsule annexée par Moscou en 2014, ni dans les territoires occupés du Donbass.

L’altercation entre Donald Trump, son vice-président, J. D. Vance, et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 28 février, dans le bureau Ovale, a convaincu les Européens de la nécessité de chercher une alternative. « Le rôle [de Musk] en Ukraine a achevé de convaincre l’Europe de lancer son propre projet de constellation, IRIS² [infrastructure de résilience, d’interconnectivité et de sécurité par satellite], afin d’être indépendante de Starlink, mais IRIS² ne sera pas opérationnelle avant plusieurs années », explique Joscha Abels. Lancée fin 2022, la constellation IRIS2 ne pourra pas fonctionner avant 2030.

Or, le temps est compté. Pour organiser la riposte, les acteurs – privés ou gouvernementaux – ne peuvent déployer leurs constellations qu’après avoir obtenu, auprès de leur organisme de régulation national, des autorisations pour utiliser des fréquences et des positions orbitales spécifiques, puis présenté cette demande auprès de l’Union internationale des télécommunications (UIT). Si l’orbite basse peut paraître immense vue du sol, le nombre de fréquences y est limité. Les opérateurs ont besoin de bandes de fréquence disponibles, mais aussi utilisables sans provoquer d’interférence avec les systèmes existants ou qui se sont déjà inscrits dans les registres de l’UIT. A l’instar de la mégaconstellation chinoise Guowang, qui a déjà déposé une demande de mise en orbite pour 12 992 satellites, soit environ 1 000 de plus que les autorisations actuelles accordées à Starlink. Organisme dépendant des Nations unies, l’IUT a un rôle de gestionnaire des orbites comparable à celui d’un régulateur d’accès dans un parking public, fonctionnant selon la logique du « premier arrivé, premier servi ».


L’avance technologique joue aussi en faveur de Starlink. Quatre grands opérateurs – le luxembourgeois SES, l’espagnol Hisdesat, l’américain Viasat et le français Eutelsat/OneWeb – sont en pourparlers pour fournir une connectivité de secours à Kiev. « Il sera difficile de survivre sans Starlink, a admis Ihor Lutsenko, commandant d’une unité d’opérateurs de drones ukrainienne et fondateur du Centre de soutien à la reconnaissance aérienne, le 22 février, sur sa page Facebook. Ce sera un coup dur, mais pas une catastrophe. La preuve : nous nous battons dans la région de Koursk [en Russie], où Starlink ne fonctionne pas. Les solutions que nous utilisons là-bas sont plus complexes, plus coûteuses et moins pratiques, mais elles existent. »

Le programme IRIS2 a été pensé comme un concurrent de Starlink et de la future constellation Kuiper de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, qui commence à lancer ses premiers satellites, mais surtout comme un moyen d’assurer des communications ultrasécurisées aux Etats membres de l’Union européenne et à leurs armées. Mais, politiquement, les ambitions européennes se heurtent à des clivages internes. Début janvier, l’agence Bloomberg a fait état de négociations entre Rome et SpaceX sur une possible utilisation des technologies d’Elon Musk pour les communications gouvernementales et militaires italiennes.

Bien qu’elle joue le jeu européen à Bruxelles, la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, a un passé d’eurosceptique radicale. Dans sa vision, l’intérêt national et l’intérêt européen ne sont pas nécessairement convergents. Elle a par ailleurs tissé une relation privilégiée avec Elon Musk, avant même la réélection de Donald Trump. Ces rapports personnels se doublent de convergences idéologiques. Après les révélations de Bloomberg, le gouvernement italien a réagi en rappelant qu’aucun contrat n’avait été signé à ce stade, mais que la technologie de Starlink était la meilleure. Depuis, Eutelsat a annoncé avoir entamé des négociations avec le gouvernement italien. Une alternative à Starlink se dessine donc, bon gré mal gré, sur fond d’une crise transatlantique que même Mme Meloni ne peut plus ignorer.

Si Eutelsat est pour l’heure incapable de rivaliser avec les faibles coûts et l’envergure de Starlink, c’est un opérateur historique (créé en 1977) déjà lié à de nombreux gouvernements. Depuis sa fusion avec OneWeb, en 2023, il dispose d’une technologie améliorée en orbite basse. Fort de cette longue expérience et conçu dès l’origine pour fournir ses services à des entités privées et gouvernementales, et non à des particuliers, Eutelsat a vu le cours de son action s’envoler. Entre le 1er janvier et le 31 mars, le titre a progressé de 96 % – preuve que, en ces temps de bouleversements d’alliances et de recherche de garanties de souveraineté, Starlink n’est peut-être pas tout à fait irremplaçable. Eutelsat dispose surtout d’un fort capital de confiance. Face à la personnalité explosive et de plus en plus imprévisible d’Elon Musk, c’est là, sans aucun doute, son meilleur atout.

WWD : Retailers Rush to the Tariff War Room, But Wait to See What Comes Next

Retailers Rush to the Tariff War Room, But Wait to See What Comes Next
Brands and retailers are standing pat for now, watching to see how President Donald Trump’s trade war plays out.

President Donald Trump’s “Liberation Day” tariffs have sent fashion’s C-suites to the war room.

Right now leaders are still planning, taking the lay of the land, exploring their options and re-running their numbers.

But if Trump’s dramatic bid to remake global trade sticks for any length of time — adding a 34 percent tariff on goods made in China, a 46 percent levy on Vietnam and more — there are few business plans in retail and fashion that won’t have to be thrown out.

Luxury goods might fare better than more price sensitive products, but a fallout in the economy would hit everyone.

And so Wall Street tanked for a second straight day on Friday, sending the S&P 500 down 6 percent to 5,074.08 — forcing the market down 21.2 percent in just six weeks.

The megacap consumer stocks — Amazon.com, Alibaba, Procter & Gamble Co. and Walmart Inc. — collectively lost more than $161 billion in market capitalization on Friday.

Hopes that Trump could cut a deal with Vietnam, which proposed bringing their own tariffs on U.S. goods down to zero, helped Nike Inc. and Lululemon Athletica recoup some of their losses from Thursday.

But plenty of others fell further. TJX Cos. Inc., Simon Property Group Inc. and Estée Lauder Cos. Inc. gave up a total of $7.9 billion in the market.

As action-oriented as retailer’s high-powered C-suites tend to be, consultant Sonia Lapinsky, a managing director at AlixPartners, said chief executive officers need to sit on their hands a little while longer and see what happens next.

“They shouldn’t be reacting and doing things just yet, but they better be doing some scenario planning,” Lapinsky said. “They better figure out what their options are and what they could do depending what happens. This is major. This is not the 5 percent to 10 percent [tariff increase] that we were talking about before.

“No way we think we can just pass all the price along” to shoppers, she said. “That’s not going to happen at a point where consumer confidence is at the lowest in 12 years. Many retailers we’re talking to have had their worst months in February and March than in many years.”

Instead, retailers need to get a real feel for the market right now so when they do start to adjust, they can move with some surety.

“We need a tariff war room,” Lapinsky said. “We need a command center where the data is available and we start to build real projections on real data and are ready to make these decisions when we have to make these decisions.”

When retailers do move, Lapinsky said they’re likely to start to cancel and delay orders from vendors as they look at “their entire margin profile.”

Brian Ehrig, a partner in Kearney’s consumer practice, said the industry was in a state of “shock and awe” on Friday.

“You can’t just lift a factory out of Cambodia because you don’t like the tariffs, because you’ve got to find somewhere else that can make it, you’ve got to qualify them. We can’t forget that they also need to take care of human rights and all these other things. Half a year is probably the best case to reposition something.

“But would you even want to do that right now before the inevitable — at least what I think is the inevitable — bilateral negotiations happen?” he said.

Companies are also going to have to start listen more closely when Trump talks.

“One of the things that we’ve been encouraging clients to do since Trump won the election is to take seriously what he has to say about foreign policy,” Ehrig said. “He’s told us what he planned to do, and he’s pretty faithfully, whether you like it or not, he’s executing against that plan.”

Fashion players all along the supply chain are going to have to figure out where they fit in that plan and how they will work together as it and the economy evolves.

While there already have been a lot of price increases in luxury — with pushback from consumers in some cases — retailers think prices could still go higher without any resistance from customers.

One chief executive officer said that while the European luxury brands face a new 20 percent tariff, not as much of it will pass through as some think.

Instead of importing a $1,000 handbag and paying an additional $200 at the border, leading to a $2,400 retail price, brands are bringing the bag in at $800, paying $160 extra and transferring it to their U.S. subsidiary at something closer to $1,100.

That would equal a $2,200 retail price.

“You’re probably going to end up with a 10 percent price increase,” the CEO predicted of luxury goods made in Europe. “If you look at retail prices over the last couple of years, they’ve gone up 10 percent a year. If everything else was equal, you’re not looking at the luxury consumer even really flinching.

“The bigger problem for that business right now is the market itself and the uncertainty and the fact that this is an actual trade war,” with China now retaliating with a new tariff on U.S. goods.

Even so, that won’t be true for everybody and tension in the system will only grow as both supply and demand get disrupted at the same time.

“Brands will have to absorb the tariff costs for the next three to six months,” said Gary Wassner, who as CEO of Hilldun Corp. helps finance orders designers send to retailers. “Those goods have already been sold to the retailers but not yet delivered to the brands. Their only option is to go back to their suppliers and bargain with them.

“The problem is that presidential policy is so unpredictable,” he said. “There is a bit of wait and see. But everyone must weigh their options should this trade war linger on. The uncertainty is not healthy for the economy. Everyone is in a frenzy. If consumers pull back on spending out of fear and uncertainty, retail will suffer, which will impact how fast they pay vendors. The brands will suffer the most. We will see quite a few failing.”

For now, both retailers and vendors seem watchful, careful not to make any big moves that can’t be undone.

“We’re being told it’s business as usual from the big brands,” said Bob Mitchell, co-CEO of Mitchells Stores. “We haven’t seen any reactionary moves. It’s just too early. Brands are all still honoring their pricing.”

Tariffs aside, prices inched up some 3 to 5 percent over the past few seasons without customer backlash.

Besides the tariffs themselves, there’s the impact that such a broad-based change in trade policy will hurt the economy.

But what is concerning to both him and his vendors now is the impact of tariffs on the macro economy. “If it puts us into a recession, people will buy less,” Mitchell said.

Ken Giddon of Rothmans in New York agreed.

“Consumer confidence and what they feel about their lives is more important than tariffs,” Giddon said, adding that 8 percent of wealth “evaporated in two days. That’s a bigger deal than 10 to 20 percent tariffs.”


Even so, tariffs still bite and Giddon said 95 percent of his assortment is imported. He has spoken to a few vendors and the consensus is that if the tariffs stick, hopefully the costs can be split.

Giddon said he’ll decide on a “case-by-case basis,” however, if he’ll play ball with the vendors. “No one is stepping up for me when I have problems, but we’ll see.”

The wave of tariffs is big enough to get almost everyone soaking wet and it could also bring partners closer together.

Carolyn D’Angelo, who oversees the Nicole Miller brand as senior managing director of brand operations at Gordon Brothers, doesn’t have the burden of producing apparel, but has to work with the licensees who do.

“They’re the ones that are figuring out, ‘How am I going to make this product, keep the integrity of the product, keep the design of the product, keep the look, feel, but offer a really good value to the consumer?’” D’Angelo said. “It’s working really closely hand in hand with them. We don’t exist without our licensees or our retail partners. So we are doing a lot of listening. We are doing a lot of meetings with our licensees to figure out how all three can win in this.

“It’s the brand owner, it’s the license state, and it’s the retailers,” she said. “The three of us really have to be working together because we all need that end consumer to buy our product.”

WSJ : On Foreign Policy, Party Divisions Become a Chasm, WSJ Poll FindsOn Foreig

On Foreign Policy, Party Divisions Become a Chasm, WSJ Poll Finds
New survey also finds little support for President Trump’s territorial expansion to include Canada, Greenland

Divisions between the two political parties over American foreign policy have grown into a chasm, Wall Street Journal polling shows, as Republican voters have increasingly turned against aid to Ukraine, free trade and international commitments.

The gaping difference shows in a new Wall Street Journal poll, which tested two competing statements about America’s foreign alliances. Some 81% of Republicans agreed that U.S. allies haven’t shouldered enough responsibility for their own defense and that the U.S. should stop using tax dollars to defend them. By contrast, 83% of Democrats agreed with an alternative statement that international alliances are a source of strength and should be supported with tax dollars.

The difference between the two parties follows years of Republicans taking an increasingly isolationist view of America’s role in the world, while Democrats continue to support international alliances.

In 2019, the Chicago Council on Global Affairs found that 15 points separated the two parties when voters were asked whether the U.S. and its European allies benefit from security alliances among those nations. By 2023, the gap had grown to 30 points, with 80% of Democrats but only 50% of Republicans seeing a benefit.

In the new Journal survey, 83% of Democrats supported continuing U.S. financial aid to Ukraine for its defense against Russia, while 79% of Republicans opposed it. Throughout 2003 and 2004, Journal polling found that Democrats increasingly said the U.S. needed to do more to support Ukraine, while Republicans said the U.S. was already doing too much.

Among all voters in the new survey, 49% supported continuing aid to Ukraine, with 44% opposed.

In a rebuke to President Trump, the Journal survey found lopsided opposition to his ambitions for expanding U.S. territory to include Greenland and Canada, one of the president’s signature foreign policy goals.

Some 62% of voters said that Trump’s constant musing about expanding U.S. territory to include Greenland and Canada represented a bad idea. Only 25% said controlling those two places was a good idea and would boost national security and the American economy. The question didn’t reference Trump’s similar desires to control the Panama Canal or, at least temporarily, the Gaza Strip.

Among Republicans, 51% called Trump’s comments on territorial expansion a good idea, while 28% called them a bad idea—a far narrower majority than Republican voters offered for most of the president’s other policy proposals.

Generally, the survey findings echoed the positions of party leaders. Former President Joe Biden and Democrats staunchly supported the defense of Ukraine, often saying the U.S. would do so “as long as it takes.” Since coming to office, Trump, Vice President JD Vance and their allies have shown less interest in Kyiv’s plight, choosing to broker an end to the war with Russia instead of further assisting Ukraine in its defense.

“It is Democrats who are the champions of U.S. internationalism and multilateralism, including alliances,” said Dina Smeltz, a foreign-policy polling expert at the Chicago Council on Global Affairs.

In another example of the two parties’ differing orientations: 81% of Democrats in the new survey held a favorable view of the North Atlantic Treaty Organization, compared with 31% of Republicans.

Republican skepticism of free trade surfaced when voters were asked whether tariffs help or hurt the U.S. economy. Some 77% of Republicans said tariffs help create U.S. jobs and are beneficial, while 93% of Democrats said they raise prices and are mostly a negative force. The survey was taken before the big stock market downturn of Thursday and Friday, which occurred after Trump announced the specifics of tariffs on most U.S. trading partners.

There were some clear bright spots for Trump in the foreign-policy polling.

A slight majority of Americans backed a significant reduction in foreign aid, 51% to 45%. Again, the results split sharply by party affiliation, with 92% of Republicans supporting cuts and 85% of Democrats opposing them.

Those results followed the dramatic shrinking of the U.S. Agency for International Development by Trump and Elon Musk, who has been leading the administration’s budget-cutting efforts. In recent years, the U.S. has spent about 1% of the federal budget on foreign assistance.

Asked about deporting illegal gang members to El Salvador, 62% said they were in favor while 32% were opposed. A majority supported the deportations even when the question asked whether suspected foreign gang members should be removed without a court hearing to prove their gang affiliation.

Last week, the Trump administration admitted that it, by mistake, sent a Maryland man suspected of MS13 gang ties to a dangerous prison in El Salvador, though Vance and other senior leaders continue to defend the decision.

The Wall Street Journal poll surveyed 1,500 registered voters by phone from March 27 through April 1, with some respondents reached by text and asked to take the survey online. The margin of error for the full sample was plus or minus 2.5 percentage points.

WSJ : A Republican Tax Proposal Could Harm American Businesses

A Republican Tax Proposal Could Harm American Businesses
Lawmakers are considering limiting the corporate state and local tax deduction, or C-SALT.

Republicans in Congress are drafting a tax bill that raises the state and local tax deduction cap for individuals from $10,000 to $25,000. It’s a good start, but not good enough. The bill would extend most other parts of the 2017 Tax Cuts and Jobs Act—at a cost of more than $4.5 trillion. To offset the deduction cap increase, some lawmakers are considering a dangerous idea: limiting the corporate, and other business, state and local tax deduction, or C-SALT.

As one of the few members of Congress trained as a certified public accountant, I’ve spent my career focused on balancing budgets and fostering economic growth. Eliminating the C-SALT deduction would be a devastating, ill-advised move that would thrust American businesses into turmoil. Even conservative-leaning groups, including the Tax Foundation and Americans for Tax Reform, agree that limits on C-SALT would shrink economic output, reduce jobs and burden businesses nationwide.

State and local taxes aren’t optional. They’re a business cost, just like payroll, rent or electricity. If businesses can no longer deduct state and local taxes from their federal returns, it means they’re taxed on income they never actually made. That’s not only unfair—it’s economic malpractice.

A manufacturer or restaurant could have a tough year, post no profits and then be asked to pay federal taxes on money it already handed over to state and local governments. Eliminating C-SALT might make that business appear profitable, because it wasn’t allowed to deduct its property or sales taxes on its federal return. It would then be liable to pay additional taxes to the federal government out of funds it doesn’t have. That’s unsustainable—and it certainly doesn’t encourage hiring, investment or expansion.

For small businesses operating on tight margins, this change could mean the difference between keeping the lights on or shutting their doors for good. If businesses close, it would mean lost jobs and declining tax revenues for communities to fund such essential services as police, fire departments and public schools.

Some may try to cast this as a problem only in “high tax” states. They’re wrong. This isn’t a blue state versus red state issue. C-SALT deductions matter everywhere: In Texas—a state often touted as “low tax”—62% of all state tax revenue comes from businesses. In Florida, 50% comes from businesses. Limiting C-SALT punishes the businesses that provide essential support for state and local governments.

Further, businesses bear nearly three-quarters of state and local taxes in rural states such as Wyoming and North Dakota—much higher than the nationwide average of businesses bearing about half the tax load. Many red states—including Tennessee and Alabama—have higher-than-average corporate income tax burdens. Eliminating C-SALT would hit businesses in these states particularly hard.

Shockingly, eliminating C-SALT would treat taxes paid in foreign countries more favorably than those paid to U.S. states. American corporations operating abroad use the foreign tax credit to deduct taxes paid to foreign governments. Our tax code is also structured to tax profits earned by U.S. businesses overseas at a lower rate than profits earned domestically.

Why would we encourage American businesses to move abroad? If we punish companies for investing in American communities while rewarding them for moving overseas, we’re simply exporting jobs, innovation and growth.

It’s easy to imagine a large corporation relocating to a tax haven. But for brick-and-mortar businesses such as hotels, restaurants and shopping centers, moving isn’t an option. Landlords, developers and retirees invested in real-estate investment trusts will get hammered. Communities count on these institutions. If Congress strips them of C-SALT deductions, they’ll go under.

In 2023 alone, U.S. businesses paid some $1.1 trillion in state and local taxes. Eliminating the C-SALT deduction could translate to a stealth federal tax increase of between about $430 billion and $800 billion over a 10-year period. That’s not tax reform—that’s a job-killing, growth-slowing economic land mine.

C-SALT deductions aren’t a loophole. They’re a longstanding, bedrock principle of the tax code. They protect against double taxation, support local economies and ensure that businesses aren’t penalized for operating in America. Eliminating these deductions is misguided and reckless. To protect American jobs, strengthen small businesses and keep the economy on solid ground, lawmakers must preserve the C-SALT deduction.