Le Figaro : CMA CGM et Mistral AI nouent un partenariat de 100 millions d’euros

CMA CGM et Mistral AI nouent un partenariat de 100 millions d’euros dans l’intelligence artificielle

Le troisième armateur mondial va s’appuyer sur les solutions d’IA de la start-up française pour être plus efficace dans l’ensemble de ses métiers, du transport à la logistique en passant par les médias.

Entre le PDG de CMA CGM, Rodolphe Saadé, et le cofondateur de la start-up française d’intelligence artificielle générative, Mistral AI, Arthur Mensch, c’est presque de l’histoire ancienne. « Je faisais partie des investisseurs lors de la première levée de fonds de Mistral AI », sourit le patron du géant du transport maritime et de la logistique, également présent dans les médias (BFMTV, RMC, La Tribune…). Un tour d’amorçage de 105 millions de dollars finalisé en juin 2023, à peine un mois après la création de la jeune pousse. Deux ans plus tard, Mistral AI a bien grandi et vaut un peu moins de 6 milliards d’euros. Elle est l’un des rares espoirs de l’IA au niveau européen, grâce notamment à ses modèles de langage rivaux des géants américains comme OpenAI, Google ou encore Anthropic.

Les deux entreprises vont encore approfondir leurs liens avec un partenariat inédit à hauteur de 100 millions d’euros : au cours des cinq prochaines années, Mistral AI utilisera ses technologies d’intelligence artificielle pour résoudre quelques casse-tête consommateurs de temps ou d’énergie chez CMA CGM. Les fameux cas d’usage où ces algorithmes surpuissants font merveille pour apporter une réponse simple à un problème en traitant très vite une énorme masse de données. « Avec l’IA générative, il suffit de deux minutes contre dix habituellement pour identifier la meilleure route maritime pour un bateau qui fait Shanghaï-Santos », illustre Rodolphe Saadé.

Concernant la logistique, où la filiale de CMA CGM, Ceva, fait partie des leaders mondiaux, l’intelligence artificielle peut servir à optimiser le rangement des colis dans les entrepôts. Dans les médias, le groupe marseillais compte utiliser la force de calcul de Mistral pour développer un « fact-checking » fiable en temps réel. Un domaine où la start-up française devrait être pointue grâce à son partenariat mondial signé avec l’AFP au début de l’année.

Bref, les champs d’application de ces outils sont innombrables et beaucoup reste à défricher. « Il s’agit d’une nouvelle technologie, souligne Rodolphe Saadé. Il faut donc ajuster le tir en permanence. Il y aura forcément des difficultés à surmonter. Mais je suis fier d’avancer dans ce domaine avec un leader français et européen. » CMA CGM n’en est pas à son coup d’essai. Depuis l’été dernier, il fait aussi route avec Google dans le domaine de l’intelligence artificielle. « Nous allons réfléchir à des sujets qui ne sont pas traités avec Google, il y a de la place pour tout le monde », assène encore Rodolphe Saadé.

Vingt personnes de Mistral AI chez CMA CGM
Mistral AI, lui aussi, plaide pour cette approche complémentaire. « D’un point de vue technologique, nous fournissons plutôt des solutions alors que Google fournit son infrastructure informatique (autrement dit, les machines pour faire tourner l’IA, NDLR) », explique Arthur Mensch. De façon très concrète, la start-up française va dépêcher une vingtaine de collaborateurs à temps plein chez CMA CGM à Marseille, sur le modèle de ce qu’elle fait déjà chez certains clients comme Veolia ou encore Cisco. Et ce, aussi bien dans les métiers du transport et de la logistique que des médias. « L’IA est une technologie très horizontale qui nécessite de la spécialisation pour générer de la valeur », indique le cofondateur et patron de Mistral AI.

Dans cette affaire, les 100 millions d’euros d’investissement de CMA CGM peuvent sembler bien faibles comparés aux 40 milliards de dollars levés par OpenAI le 1er avril. Arthur Mensch note néanmoins qu’il s’agit dans ce dernier cas d’un investissement, alors que l’accord avec CMA CGM est un partenariat commercial. C’est évidemment une bonne nouvelle pour la pépite française, qui compte déjà plusieurs dizaines de clients dont Veolia, Cisco, BNP Paribas, Axa, l’AFP, Orange, Mirakl, IBM, SAP ou Snowflake. Alors que les débats montent sur le niveau des énormes capitaux déversés dans l’IA, y compris pour les levées de fonds des start-up, le groupe français doit démontrer qu’il peut apporter un retour sur investissement à ses clients. « L’IA génère de la valeur très rapidement », indique Arthur Mensch.

CMA CMG, de son côté, multiplie les initiatives dans l’IA. Le groupe avait déjà investi 500 millions d’euros dans la technologie ces derniers mois. Aussi bien via les partenariats avec Google ou encore Perplexity, qu’en rentrant au capital de start-up en vue du secteur, comme Poolside et Dataiku. Enfin, le groupe basé à Marseille avait mis un ticket avec Xavier Niel dans la création du laboratoire d’IA basé à Paris, Kyutai. Sur son propre métier, CMA CGM n’est pas le seul à avancer sur ces sujets. Le deuxième armateur mondial, le danois Maersk, estime qu’il pourra d’ici 2030 confier à l’intelligence artificielle la tâche de gérer l’acheminement de produits de A à Z (de l’enlèvement dans une usine en Chine à la livraison au client final en Europe)… à condition qu’il n’y ait pas de situation trop atypique. Dans le cas contraire, l’homme restera toujours seul décisionnaire.