Stationnement payant à Paris pour les 2 et 3 roues à essence
Le stationnement devient payant à Paris pour les 2 ou 3-roues à essence. Avec la pénurie de places organisée par la Mairie, les motards et scootéristes n'auront bientôt plus grand-chose à envier aux automobilistes.
Armada de scooters garés devant la Gare de Lyon, à Paris
C'est officiel. Motos et scooters à moteur thermique paieront le stationnement à Paris, à partir de 2022.
L'annonce du passage au payant pour le stationnement à Paris des motos et scooters à moteur à essence promet des jours heureux à tous les automobilistes, et pas seulement aux usagers des 2-roues et 3-roues. Car la confirmation, par la Mairie de Paris, que les 2 et 3-roues motorisés peuvent continuer à se garer sur les emplacements pour voitures accompagne la concrétisation de cette promesse de campagne : la moitié des places de stationnement en surface (entre 60.000 et 65.000 places, pour l'équivalent de 60 hectares) vont être transformées au cours du mandat en trottoirs élargis, en pistes cyclables, en espaces végétalisés, en terrasses ou en mobilier urbain. Quand on sait que l'interdiction de stationner sur les trottoirs perdure (au grand soulagement des piétons), on comprend que la concurrence risque d'être rude, pour trouver à se garer !
Pas sûr que la volonté affirmée de la Mairie de Paris d'ajouter 5.000 places de stationnement aux 40.000 existantes destinées aux 2-roues et 3-roues suffise à soulager la tension. Bonne nouvelle, certains usagers disposeront d'un surcroît de places réservées à leur usage. Il en va ainsi des personnes handicapées (+1.000 places promises), des véhicules en autopartage (+1.000 places), des professionnels (+1.000 places de livraison) et des taxis (+100 places). C'est un engagement de la Mairie de Paris.
Les motos et les scooters à essence devront payer 50% des tarifs des voitures
Les obstinés qui continuent de dédaigner les transports en commun bondés devraient pourtant s'estimer heureux. David Belliard (EELV), adjoint à la maire PS Anne Hidalgo chargé de la transformation de l'espace public a fait remarquer qu'il en coûte à Londres l'équivalent de 8 euros pour stationner sa voiture dans le cœur de la capitale. Or, la Mairie de Paris a décidé de s'en tenir à un tarif visiteur pour automobiles de 6 euros seulement (contre 4 euros aujourd'hui), applicable à compter du 1er août 2021 (du Ier au XIe arrondissement). Et de 2,4 à 4 euros l'heure dans les arrondissements extérieurs. Les motos et les scooters à essence devront payer 50 % des tarifs des voitures.
Les forfaits post-stationnement (FPS), qui remplacent depuis 2018 les contraventions, vont également connaître une nette augmentation : de 50 à 75 euros dans le centre, de 35 à 50 euros dans les arrondissements extérieurs. Quant au stationnement dans les bois de Vincennes et de Boulogne, jusqu'ici gratuit, il progressivement devenir payant, à partir de l'automne, à 4 euros de l'heure.
Qu'ils pilotent une machine à motorisation électrique ou bien thermique, les professionnels du soin à domicile qui se déplacent en 2-roues ou en 3-roues bénéficieront du stationnement gratuit, et les autres professionnels d'un tarif spécifique, a précisé David Belliard. La grille tarifaire restera la même pour les bénéficiaires de la carte de résident, et les avantages tarifaires des professionnels seront étendus à ceux de la grande couronne, a-t-il fait valoir.
D'ci 2026, suppression d'au moins 60.000 places de stationnement en surface
Alors que la Ville annonçait la gratuité du stationnement résidentiel mercredi 16 juin, en raison d'un épisode de pollution atmosphérique, le candidat écologiste à la mairie en 2020 a développé sa vision d'une ville "adaptée aux fortes chaleurs" : aux places de stationnement supprimées pourront succéder trottoirs élargis, espaces végétalisés, terrasses, pistes cyclables...
"Nous avons un besoin impératif de récupérer de l'espace public pour y faire des espaces verts, (...) plus de place pour les piétons, les vélos, (...) parce que nous subissons de plein fouet la crise climatique, les pollutions de l'air qui tuent", a expliqué David Belliard, défendant également le "besoin de changer nos manières de nous déplacer" dans une ville "extrêmement dense, bétonnée comme Paris".
Dans le même temps, David Belliard a promis de "travailler avec les gestionnaires et bailleurs sociaux pour développer le parking en sous-sol", 1.000 places de stationnement supplémentaires pour les personnes à mobilité réduite, autant pour les professionnels et autant pour les véhicules en autopartage... autant de places "sanctuarisées" qui lui font dire que "l'idée n'est pas de supprimer toutes les voitures".
"L'idée, c'est effectivement de réduire la place de la voiture et ça c'est un engagement de campagne très clair : nous faisons ce pour quoi nous avons été élus", a-t-il résumé avant la présentation de son plan début juillet au Conseil de Paris.
Le stationnement payant, toujours plus cher : une forme de péage ?
Contactée par l'AFP, l'opposition de droite voit rouge. "On n'est pas dans une recherche de la réduction de la place de la voiture, on n'est dans la recherche de la suppression de la voiture", a ainsi réagi Aurélien Véron (LR). L'élu de Paris Centre a l'impression qu'Anne Hidalgo veut "remplir les caisses de la Ville en allant chercher l'argent dans la poche des conducteurs d'automobiles" et de faire de la circulation en voiture "un produit de luxe".
"Ils refusaient le péage mais de fait, c'est une forme de péage avec un côté usine à gaz de plus", dit encore Aurélien Véron, pour qui un message négatif est envoyé : "On veut couper Paris de la banlieue".
Et d'anticiper des "révoltes numériques", à l'image du
#saccageParis qui protestait contre la propreté et certains aménagements urbains, de la part des présumés perdants de la réforme. "Les artisans qui refusent des chantiers, des familles qui ne peuvent plus accueillir des amis parce que l'accès est trop cher, les théâtres qui vont perdre des clients qui venaient le soir..."
Les défenseurs du 2-roues agitent ses avantages
D'autres villes de France, avant Paris, on fait le choix du stationnement payant pour les motos et les scooters. La Fédération française des Motards en Colère (FFMC) a donc eu le temps de fourbir ses arguments. Elle rappelle "que les gabarits et masses de ces véhicules ne nécessitent aucun aménagement et n’entraînent pas de dégradation des infrastructures". Autre atout vanté, les 2-roues motorisés "améliorent la fluidification de la circulation en agglomération donc favorisent une moindre pollution par une diminution des bouchons, et ne sont que très faiblement contributif de la pollution de l’air".
Interrogé par nos confrères du quotidien Le Parisien Aujourd'hui en France pour son édition du 16 juin, le coordinateur de la FFMC pour Paris et sa petite couronne Jean-Marc Belotti n'hésite pas à parler "d'escroquerie". A l'entendre, "les 2-roues sont une solution, pas un problème".
Pour Anne Hidalgo, possible candidate du PS à l'élection présidentielle, ce dossier est, comme la zone à trafic limité (ZTL) annoncée pour 2022 dans le centre de la capitale, une occasion de plus de montrer son volontarisme politique pour faire de la capitale une ville "moins polluée, plus écologique, plus apaisée et plus sûre".
Lors de son premier mandat, l'ancienne adjointe de Bertrand Delanoë était sortie vainqueur d'un long bras de fer pour piétonniser les voies sur berges, avant d'être confortablement réélue en 2020... en pleine crise sanitaire, qu'elle a mis à profit pour réaliser 60 km de pistes cyclables, les fameuses coronapistes.