LVMH : la holding médias et immobilier en déficit de 220 millions d'euros
Ufipar, véhicule financier qui possède des médias comme Le Parisien et Les Echos, ainsi que des actifs immobiliers et un palace du groupe LVMH à Saint-Barth, voit son déficit se creuser depuis trois ans. La majorité des sociétés qu'il détient à plus de 50 % ont connu des pertes en 2020.
Parmi les gros bailleurs de fonds du groupe LVMH, la société Ufipar vient de déposer des comptes 2020 au greffe. Dirigée par Jean-Jacques Guiony, grand manitou des finances du groupe de luxe depuis près de vingt ans, cette holding apporte des fonds aux sociétés gérées en participation et a dû procéder à une dépréciation d'actifs de 92 millions d'euros l'an dernier. En conséquence, ses réserves ont encore fondu avec un déficit de 82 millions d'euros sur l'exercice 2020.
Compte tenu des pertes cumulées de 138 millions d'euros en 2019, la holding enregistre désormais un déficit cumulé de 220 millions d'euros. La seule entité gérée en participation à avoir fait remonter des dividendes l'an dernier - pour un montant de 10 millions d'euros - est la Société Montaigne Jean Goujon. Parmi les onze actifs détenus à plus de 50 % par Ufipar, il s'agit du seul à ne pas avoir été dans le rouge en 2020.
Lourde perte pour Le Parisien
Alors qu'Ufipar avait été recapitalisé début 2019 (LLA du 15/02/19), à hauteur de 440 millions d'euros par son actionnaire à 100 % LVMH Finance - rebaptisé LVMH Miscellanées l'an dernier - ses filiales détenues de façon majoritaire n'ont pas fini de quémander des fonds. Les deux plus importantes capitalisations appartiennent au pôle média, constitué de Groupe Les Echos et du Parisien Libéré SAS. La société éditrice du Parisien-Aujourd'hui en France, présidée par Pierre Louette, n'a pas déposé ses comptes depuis 2017. Toutefois, ceux d'Ufipar permettent de constater que le quotidien a enregistré une lourde perte de 47,9 millions d'euros l'an dernier, pour un chiffre d'affaires de 139,9 millions d'euros.
Quant à Team Media, la société abritant la régie publicitaire du groupe Les Echos-Le Parisien - renommée Les Echos Le Parisien Médias - elle s'est vue injecter 2,4 millions d'euros dans le cadre d'une augmentation de capital (LLA du 22/08/19). Si le groupe LVMH réfléchit depuis trois ans à regrouper ses activités médias dans une même holding, il n'a toujours pas concrétisé son projet.
Parmi le portefeuille d'Ufipar, figurent également quelques actifs immobiliers comme le Jardin d'acclimatation et la société Investissement hôtelier Saint-Barth plage des Flamands (IHSBPF), devenu Cheval Blanc Saint-Tropez SAS en 2020. Dirigé par Olivier Lefebvre, cet ensemble immobilier et ses 60 bungalows de haut standing se situent à deux pas de la baie des Flamands, réputée pour être la plus belle plage de Saint-Barthélemy, l'île des stars aux Caraïbes. Ufipar lui a accordé un prêt de 50 millions d'euros pour la réalisation de conséquents travaux l'an dernier, via sa filiale Alderande. Touché par la pandémie, l'établissement a enregistré une perte de 1,2 million d'euros sur son dernier exercice.
Une banque interne en Belgique
A l'arrivée, le portefeuille brut d'Ufipar, valorisé 2,1 milliards d'euros, ne pèse cependant que 1,3 milliard d'euros, compte tenu des dépréciations orchestrées par sa direction. La holding a par ailleurs une dette financière intragroupe du même montant (1,3 milliard d'euros) - un hasard - constituée d'un encours auprès de la société effectuant une gestion centralisée de la trésorerie (cash pooling) pour toutes les entités du groupe LVMH, en France comme à l'étranger. Si l'entité n'est pas nommée dans les comptes, il s'agit d'une société basée à Bruxelles nommée LVMH Finance Belgique (LLA du 22/08/18).