Le Figaro : L’antisémitisme de gauche : une vieille histoire depuis 200 ans

L’antisémitisme de gauche : une vieille histoire depuis 200 ans


GRAND RÉCIT - Les propos de Mélenchon et ses proches sur Israël et le Hamas n’ont rien d’un «dérapage» isolé. L’antisémitisme existe, à gauche, depuis deux siècles, mais a été occulté, refoulé. Il y a des épisodes sur lesquels on préfère garder le silence. Or ce passé peu connu est éclairant.

Jean-Luc Mélenchon est accusé de complaisance envers l’antisémitisme islamiste, voire d’être devenu lui-même antisémite, après ses déclarations sur l’Etat hébreu et le Hamas. Pour mesurer la portée de ce que nous vivons, le recul de l’histoire est nécessaire. Car il existe bien, depuis 200 ans, un antisémitisme de gauche, qui ne cadre guère avec l’image flatteuse que cette famille de pensée aime donner d’elle-même.

Cette histoire commence sous la Révolution française. L'Assemblée constituante, poursuivant un processus engagé dès le règne de Louis XVI, reconnaît les Juifs comme des citoyens à part entière, sous réserve qu'ils renoncent à leur organisation communautaire. La décision est adoptée le 27 septembre 1791 à la quasi-unanimité. L'émancipation des Juifs, parachevée par Napoléon qui œuvre de façon autoritaire en vue de leur assimilation, fait de la France, au début du XIXe siècle, un cas unique en Europe, un pays d'avant-garde à cet égard.

Mais l'émancipation des Juifs -dont le nombre est estimé à 40.000 pour 28 millions d'habitants en France en 1789, soit 0,2% de la population- coïncide avec les prémices de la révolution industrielle. Un antijudaïsme séculaire d'origine chrétienne, vif au Moyen-Age, percevait les Juifs comme un peuple déïcide et hostile au message des Evangiles. La vieille image du Juif de cour, riche et influent, s'est ensuite développée. À ces représentations, qui n'ont pas disparu au début du XIXe siècle, s'ajoute désormais la figure du Juif comme symbole de la bourgeoisie conquérante, singulièrement dans le domaine de la finance.

L'Eglise, au Moyen-Age, interdisait aux chrétiens de prêter à un taux dit usuraire, de sorte que le commerce de l'argent a été longtemps l'une des rares professions accessibles aux Juifs. Sous le Second Empire, en 1865, 45 à 50 des 300 principaux banquiers français seraient des Juifs, et, aux débuts de la IIIe République, leur nombre est évalué à 90-100 sur 440 dirigeants d'établissement financiers, selon les chiffres indiqués par l’historien Michel Dreyfus dans L’antisémitisme à gauche - histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours (2011), ouvrage fruit de recherches minutieuses.

La réussite exceptionnelle des Rothschild dans cinq pays européens, au début du XIXe siècle, les fait décrire comme « les banquiers de la Sainte-Alliance», c’est-à-dire l’union des puissances européennes qui ont vaincu Napoléon en 1815. Le renom de cette famille accrédite la représentation, dans l'imaginaire collectif, de « la banque juive » cosmopolite, vivant du travail des autres. Le thème du parasite sera appelé à un grand succès.

En réalité, si le dynamisme des minorités est un phénomène bien connu (il se vérifie aussi, par exemple, pour les Arméniens), les conditions sociales des Français juifs au XIXe siècle sont beaucoup plus variées que la focalisation sur quelques brillantes réussites individuelles ne le laisse supposer. Mais, en raison de l'assimilation des Juifs au grand capitalisme, et de la bienveillance du régime de Louis-Philippe envers eux, l'antipathie à leur égard est fréquente parmi les Français d'alors.

À gauche, une partie importante des socialistes pré-marxistes (également appelés socialistes utopiques) portent ainsi un regard de réprobation morale envers les Juifs, symboles pour eux du monde nouveau en train de s'imposer et qui déstabilise une société encore rurale et traditionnelle. En 1838-1839, la romancière George Sand, dont le cœur vibrera pour les ouvriers insurgés en juin 1848 et conspuera la majorité conservatrice de l'Assemblée, séjourne à Majorque avec Chopin. Or elle juge que les Juifs sont, dans l'île, en train d'accaparer la richesse. Dans vingt ans, ils « pourront s'y constituer à l'état de puissance comme ils l'ont fait chez nous », ajoute-t-elle. En 1857, elle écrit encore, comme une conséquence du triomphe du capitalisme industriel et financier : « dans cinquante ans, la France sera juive » (cité par l’historien Michel Dreyfus dans son livre).

L'inventeur du mot « socialisme », le Français Pierre Leroux (1797-1871), décrit les « plus grands capitalistes de France [comme] des juifs qui ne sont pas des citoyens français mais des agioteurs de tous les pays » (De la Ploutocratie, 1843). Trois ans plus tard, Leroux publie, dans la Revue sociale, financée par George Sand, un article où il assure ne pas incriminer les Juifs en tant que tels, qu'il qualifie de « race humiliée » mais affirme s'attaquer à l'«esprit juif, c'est-à-dire à l'esprit de gain, de lucre, de bénéfice, à l'esprit de négoce et d'agio».

Pour une autre figure du socialisme utopique de l'époque, Charles Fourier (1772-1837), la Révolution a eu tort d'émanciper les Juifs, car ce sont des marchands que l'Etat doit contraindre à prendre part au «travail productif», c'est-à-dire embrasser les professions d'agriculteur ou d'ouvrier.

Un de ses disciples, Alphonse Toussenel (1803-1885), qui se revendique comme socialiste et réclame la nationalisation des banques et des chemins de fer, publie Les Juifs, rois de l'époque (1845). Il se distingue par la violence de son ton, accuse les intéressés de régner aussi sur la presse, et englobe les protestants dans sa vindicte anticapitaliste. L'auteur somme chacun de choisir son camp : « Il n'y a plus que deux partis en France : celui des rouges, celui des blancs ; celui des républicains, celui des cosaques ; celui des travailleurs, celui des fainéants ; le parti français, le parti juif ». Toussenel aura des lecteurs fervents.

Lors de la même décennie, un penseur d'une tout autre stature, Proudhon (1809-1865), théoricien d'une contre-société de petits propriétaires indépendants, député en 1848, et qui aura une influence considérable sur le syndicalisme et le mouvement ouvrier, confie à ses Carnets l'aversion qu'il éprouve pour les Juifs. Puis, en date du 26 décembre 1847, sa notation ne marque plus l'hostilité, mais la haine : «Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l'exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l'abolition de ce culte.» Proudhon poursuit : « Le Juif est l'ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l'exterminer… Par le fer ou par le feu, ou par l'expulsion, il faut que le Juif disparaisse ». Et il conclut : « La haine du Juif et de l'Anglais [berceau de la révolution industrielle et du capitalisme libéral, NDLR] doit être notre premier article de foi politique ».

Si l'on en croit Mgr Pierre Haubtmann, spécialiste de Proudhon, ces lignes, qui n'ont pas vocation à être rendues publiques, sont exceptionnelles dans son œuvre, et reflèteraient son amertume alors qu'il perd du terrain dans la polémique qui l'oppose à Marx, par livres interposés, depuis 1846. Si l'antijudaïsme de Proudhon est avéré, ce trait de sa pensée n'occuperait chez lui qu'une place accessoire, estime Haubtmann. Il reste que Proudhon, dans ses Carnets, qualifie aussi les Juifs de «race insociable, obstinée et infernale». Par ailleurs, ce penseur prolifique, nostalgique d'un âge d'or, cherchant un homme providentiel à qui confier un pouvoir dictatorial pour instaurer un ordre social nouveau, peut être qualifié d'ultra-nationaliste avant l'heure. Proudhon est hostile à tout ce qui vient de l'étranger.

À la même époque, néanmoins, d'autres courants du socialisme utopique ne manifestent aucune hostilité envers les Juifs. Le plus illustre a pour fondateur le comte de Saint-Simon (1760-1825), qui considère la révolution industrielle comme un bienfait et a foi dans le progrès technique. Nombre de ses disciples, les saint-simoniens, fréquenteront les allées du pouvoir sous le Second Empire. Louis Blanc (1811-1882), de même, qui représente l'extrême gauche de l'époque dans le gouvernement provisoire de Février 1848, est indifférent envers les Juifs.

De façon paradoxale, Marx, dans un texte de jeunesse, À propos de la question juive (1843), traduit en français sept ans plus tard, paraît apporter la caution de son autorité ultérieure à des arguments qui nourriront l'antisémitisme de gauche. Il accuse les Etats allemands d'avoir, par des législations iniques leur interdisant de nombreuses professions, emprisonné les Juifs dans les métiers d'argent. Le jeune Marx en déduit que la représentation du Juif est indéfectiblement liée à l'« empire de la propriété privée et de l'argent ». Et il conclut que l'émancipation des intéressés réclame leur sortie du judaïsme. Dans sa correspondance, par ailleurs, Marx agrémentera son hostilité envers un socialiste allemand de premier plan, Ferdinand Lassalle, de remarques qui peuvent relever de l'antisémitisme.

Dans l'histoire de la gauche en France, la période du socialisme prémarxiste ou utopique s'achève, schématiquement, au début des années 1850. La décennie suivante est marquée par la fondation de l'Association internationale des travailleurs (1864), tour à tour dominée par les partisans de Proudhon et de Marx. Or une figure de l'extrême-gauche assure un lien entre ces deux périodes : Auguste Blanqui (1805-1881). L'homme conspue les élections et le régime représentatif. Des Bourbons restaurés à la IIIe République naissante, il participe à toutes les insurrections et multiplie les tentatives de coups d'Etat, qui échouent à chaque fois. Ses séjours consécutifs en prison sont si fréquents qu'ils lui vaudront d'être surnommé «l'enfermé».

Blanqui se réclame des sans-culottes jacobins et des Hébertistes de la Terreur. Il rêve d'instaurer une dictature censée être exercée au nom du peuple par une organisation révolutionnaire centralisée. Son antisémitisme, sans être central, est nourri de la lecture de Voltaire et de certains Encyclopédistes de second rang, pas moins hostiles au judaïsme qu'à l'Eglise catholique et même au christianisme qui en est issu. L'aversion envers les Juifs paraît à Blanqui le corollaire du caractère révolutionnaire de sa révolte contre la « démocratie bourgeoise ». L'homme a des disciples. Ces tenants d'une extrême-gauche antiparlementaire participent à la Commune en 1871 et, à la fin des années 1880, soutiendront souvent le général Boulanger.

Le terme d'antisémitisme lui-même apparaît en Allemagne en 1879. Il est forgé et revendiqué par un journaliste, l'ancien socialiste Wilhelm Marr (1819-1904). Certains auteurs considèrent donc qu'il n'est pas rigoureux de parler d'antisémitisme pour des faits antérieurs à cette date et qu'ils relèvent plutôt du vieil antijudaïsme. Quoi qu'il en soit, une poussée d'antisémitisme affecte la France dans les années 1880. La France juive (1886), d'Edouard Drumont, qui sera longtemps le maître de Bernanos, est un best-seller à l'époque, salué par plusieurs socialistes. Zola, dans L'Argent (1891), inspiré du krach de l'Union générale neuf ans plus tôt, et qui met en scène la lutte entre un banquier catholique et un banquier juif inspiré du baron de Rothschild, a des mots très durs pour les Juifs qui travaillent dans la finance.

Lorsque les pogroms deviennent, en Russie, un dérivatif encouragé par les Tsars face aux difficultés intérieures, une personnalité socialiste, l'ouvrier Benoît Malon (1841-1893), ancien communard proche de Jules Guesde, juge en 1886, dans la Revue socialiste qu'il dirige, que les Juifs russes, « caste » de « rapaces et d'usuriers sans scrupules », portent une large responsabilité dans les pogroms dont ils sont victimes. Le scandale de Panama, à partir de 1892, qui révèle la connivence entre la compagnie du Canal et certains parlementaires, nourrit l'antiparlementarisme d'extrême-gauche et d'extrême-droite et, indirectement, l'antisémitisme, en incriminant des personnalités comme le lobbyiste Cornélius Herz mais aussi le député Joseph Reinach, ancien secrétaire de Gambetta.

Par ailleurs, dès les années 1860, l'antisémitisme, trouvant un appui dans un livre de Renan et dans les thèses de Gobineau, avait pris une tournure raciale. Or ce virage s'accentue à la fin du XIXe siècle. Le scientisme contribue à la fondation de l'anthropologie et favorise la conviction qu'il est possible et légitime d'élaborer de grands systèmes de classification des « races », conviction qui peut s'accompagner d'une volonté de les hiérarchiser. Certains auteurs antisémites à prétention scientifique s'engouffrent dans la brèche et se réclament désormais de l'autorité de la science.

Les organisations syndicales socialistes, pour leur part, sont partagées. Elles affichent leur caractère révolutionnaire et leur priorité est de mettre à bas la société bourgeoise. En 1891, lors du deuxième congrès de l'Internationale socialiste, le délégué américain Abraham Cahan propose une motion condamnant l'antisémitisme. Pour lui, en effet, l'antisémitisme est une ruse des capitalistes pour détourner de la lutte des classes. Les congressistes, divisés, hésitent. Puis, à l'initiative de deux délégués français opposés à la demande de leur camarade américain, un compromis est élaboré : les congressistes votent une motion qui condamne, en les mettant sur le même plan, les « excitations antisémitiques et philosémitiques ».

Dans le journal Le cri du peuple, fondé par l'ancien communard Jules Vallès, Jules Guesde vitupère Rothschild, le « mauvais Juif de Francfort installé depuis près d'un siècle comme une pieuvre au cœur de la France dont il aspire le sang par tous les suçons ». Lors d'un meeting à Paris, en 1886, Guesde exprime son souhait que le banquier soit emprisonné, voire fusillé. Rothschild l'attaque en justice pour injures publiques, ainsi que Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, mais perd son procès. À un lecteur qui s'étonne de voir Le cri du peuple réserver ses attaques, parmi tous les banquiers parisiens, à un Juif, Lafargue répond, non sans embarras, que les socialistes « n'ont ni haine de race ni haine de nationalité », et qu'ils incriminent Rothschild uniquement parce qu'il «personnifie la finance moderne».

Le même journal, en octobre 1888, publie une critique aimable du nouveau livre de Drumont, La fin d'un monde. Le critique, le blanquiste Henri Place, se félicite que, « Lassé de s'en prendre aux seuls Juifs, […] il attaque aujourd'hui les bases mêmes de la société ». Certes, pour le collaborateur du journal, Drumont a tort de penser que le catholicisme a encore « un rôle à jouer », mais il se félicite de l'« aide » apportée par l'auteur aux thèses socialistes et semble lui reconnaître le prestige de la radicalité. Pour beaucoup de socialistes d'alors, l'antisémitisme est une sorte d'étape qui peut mener, ensuite, à des vues plus larges, à savoir la lutte du prolétariat contre toute la bourgeoisie, sans qu'il y ait lieu de faire des distinctions entre différents clans d'exploiteurs.

Le 9 novembre 1888, Le cri du peuple fait ainsi l'hommage à Drumont d'une grande interview pour son livre. Dans ces colonnes, l’auteur se réclame d'un socialisme qui serait ancré dans l'histoire de France. Et Drumont estime observer des convergences de vues entre le journal de Vallès et la droite révolutionnaire et populaire qu'entend incarne.

Les disciples de Blanqui, Edouard Vaillant en tête, font aussi fête à un déconcertant personnage de la scène parisienne de l'époque :le journaliste Henri Rochefort. Talentueux, opposant célèbre à Napoléon III sous le Second Empire, auteur de formules cinglantes dans son journal La Lanterne et duelliste émérite, il a été sympathisant de la Commune de Paris en 1871. Condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie, il s'en évade, s'exile et revient en France après l'amnistie de 1880. Jouissant d'un grand prestige dans les milieux socialistes, l'homme est à la fois antiparlementaire, anticlérical, anticapitaliste (une amitié le lie à Louise Michel), antisémite et nationaliste. Rochefort est un acteur central de l'équipée du général Boulanger.

Arrive l'affaire Dreyfus, très complexe et qui défie le manichéisme. On ne l'envisage ici que sous le rapport des relations entre l'antisémitisme et la gauche. Le drame commence en 1894 par la première condamnation du capitaine et s'achève en 1906 avec sa réhabilitation.

Bourgeois, juif et officier, Dreyfus a trois titres à l'antipathie des socialistes, alors l'extrême gauche révolutionnaire. Un proche de Jules Guesde, Maurice Charnay, est bien seul lorsque, dans Le Parti ouvrier, il évoque dès le procès de 1894 la possibilité d'une « épouvantable machination » contre Dreyfus. Jean Jaurès est beaucoup plus représentatif des siens. À l'énoncé du premier verdict, il écrit en première page de La Dépêche de Toulouse : «On a surpris un prodigieux déploiement de la puissance juive pour sauver l'un des siens » de la peine capitale (26 décembre 1894). « La vérité, c'est que si on ne l'a pas condamné à mort, c'est que l'immense effort juif n'a pas été tout à fait stérile » ajoute le socialiste. Jaurès en tire argument pour réclamer une plus grande clémence de la justice militaire envers les soldats du rang, passibles de la peine de mort, selon lui, pour une simple insubordination passagère.

Autre indice de sa vision du monde à l'époque : six mois plus tard, de retour d'Algérie, où se déroulent alors des manifestations où l'on crie « à bas les Juifs ! », le député de Carmaux les commente sans les blâmer dans La dépêche de Toulouse (8 mai 1895). Ce « mouvement antijuif », juge-t-il, illustre « la condamnation nouvelle et saisissante d'un régime social qui permet l'accaparement de presque toute la fortune, mobilière et immobilière, par une classe qui ne produit pas ». Or tel est le cas des Juifs en Algérie, soutient Jaurès. « Depuis le décret Crémieux », qui, en 1870, a accordé la citoyenneté française aux Juifs d'Algérie, « l'usure juive » est à l'œuvre et est «aujourd'hui le vrai conquérant de l'Algérie», insiste le député socialiste. Puis Jaurès élargit son propos : « On entend des hommes, qui passent pour modérés, regretter le temps où les deys d'Alger faisaient rendre gorge, périodiquement, aux usuriers. Ils ne se doutent pas tous que cette opération hardie contre la finance, si elle se renouvelait, ne porterait pas seulement sur les juifs, et c'est ainsi que sous la forme un peu étroite de l'antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire ».

Un an plus tard, Jaurès polémique avec Drumont en première page de La petite République comme on le fait avec un contradicteur honorable. Or les propos du député de Carmaux laissent pantois. « Et que dirait M. Drumont, qui accuse le socialisme d'être un truquage juif, si nous lui répondions que l'antisémitisme est un truquage destiné à sauvegarder l'ensemble de la classe banquière, industrielle et propriétaire, par une petite opération sagement limitée ? Le capital se laisserait circoncire de son prépuce juif (sic) pour opérer ensuite avec plus de garanties », écrit Jaurès (7 juin 1896).

Nul ne parle plus de Dreyfus en 1895 et 1896, hormis l'anarchiste Bernard Lazare, cas unique dans sa famille de pensée, et Le Figaro, qui ouvre ses colonnes à Émile Zola. Le journal publie en Une son texte intitulé «Pour les Juifs» (16 mai 1896), où l'écrivain s'inquiète du regain d'antisémitisme. Une partie du lectorat conservateur et libéral du quotidien -mais une partie seulement- considère en effet l'antisémitisme, comme une passion populacière et vulgaire, analogue à la haine des sans-culottes de 93 contre les aristocrates. Le Figaro engage ainsi, en 1897, une véritable campagne pour prouver l'iniquité du jugement du capitaine et réclamer un nouveau procès. Il est le seul grand journal à s'y risquer à l'époque.

On pourrait croire que Jaurès applaudit alors le dreyfusisme résolu du Figaro. Tout au contraire, il le porte à son débit et l'accuse d'être vendu à un «Syndicat Dreyfus», poncif antisémite alors en vogue : «Ce n'est pas que l'existence et l'action de ce syndicat soient contestables. Je défie qu'on explique autrement l'attitude du Figaro, et la campagne systématique que, sous couleur d'impartialité, il mène pour Dreyfus», écrit Jaurès dans La Petite République (27 novembre 1897). Jaurès poursuit : «Que Dreyfus soit ou non coupable, je n'en sais rien et nul ne peut le savoir, puisque le jugement a été secret ; que Dreyfus soit juif ou chrétien, il m'importe peu: et si l'odeur du ghetto est souvent nauséabonde (sic), le parfum de rastaquouère catholique (sic) des Esterhazy et autres écœure aussi les passants».

Daniel Halévy résume alors la situation dans son journal : «L'état du pays est celui-ci: 3000 personnes, l'élite de Paris, soulevées, Le Figaro, leur organe, Zola, dès à présent, leur voix ; la presse et tout le reste de la France, indifférents, malveillants ou déchaînés». Le quotidien accueille un troisième texte de Zola, «Le Syndicat» (1er décembre), qui ridiculise la théorie du complot évoquée par Jaurès et beaucoup d'autres, et un quatrième (5 décembre). Puis, le 18 décembre 1897, Le Figaro suspend son offensive dreyfusarde. Dans un texte en Une, le patron du journal reconnaît l'irritation d'une partie de ses lecteurs qui se désabonnent, son isolement au sein de la presse et s'engage désormais à une neutralité scrupuleuse. L'acquittement d'Esterhazy (janvier 1898), qui se révèlera être le vrai traître comme l'affirmait Le Figaro, dépite la direction de ce journal mais conforte sa nouvelle ligne. Déçu, Zola se tourne alors vers Clemenceau et publie aussitôt dans L'Aurore «J'accuse…!» (13 janvier 1898), rejetant dans l'oubli tout ce qui l'a précédé.

Encore Jaurès n'est-il pas d'emblée convaincu, malgré « J'accuse… ! ». Le 20 janvier 1898, il signe, avec Guesde, Vaillant et les autres leaders de sa famille de pensée, un Manifeste des députés socialistes qui appelle le prolétariat à ne pas prendre parti dans une guerre civile bourgeoise. Le texte renvoie dos à dos « les cléricaux bourgeois » et «les capitalistes juifs » qui rêvent de prouver l'erreur judiciaire pour obtenir « la réhabilitation indirecte de tout le groupe judaïsant et panamisant. Ils iraient laver à cette fontaine toutes les souillures d'Israël. » (sic). Le manifeste conclut : « Certes, le prolétariat qui doit défendre à la fois ses hauts intérêts de classe et le patrimoine de la civilisation humaine qu'il gérera demain, ne doit pas être insensible à l'injustice, même si elle frappe un membre de la classe ennemie. Non, il n'y est pas insensible. Mais il n'est pas dupe».

C'est ensuite seulement, au cours du premier semestre de 1898 que Jaurès s'extrait de ses préjugés et se convainc de l'erreur judiciaire. Et il devient un défenseur ardent du capitaine. Certes, dans le discours du 7 juin 1898 prononcé dans un des hauts lieux des réunions politiques parisiennes du XIXe siècle, la salle Tivoli-Vauxhall, discours qui marque son plein engagement pour Dreyfus, Jaurès fustige encore, peut-être comme une concession pour ménager « le peuple socialiste de Paris » venu l’écouter, « la « race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n'est pas par la fièvre du prophétisme [, qui] manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corruption et d'extorsion ». Mais il précise : « Ce n'est pas la race qu'il faut briser, c'est le mécanisme dont elle se sert et dont se servent comme elle les exploiteurs chrétiens ».

L'affaire bascule avec le suicide du lieutenant-colonel Henry (31 août 1898), l'auteur du faux bordereau. Le scandale est énorme. Fin septembre 1898, Jaurès publie Les Preuves et écrit, au sujet de Dreyfus : «Il n'est plus ni un officier ni un bourgeois: il est dépouillé, par l'excès même du malheur, de tout caractère de classe.» Mais l'argument même illustre les préventions que Jaurès a à surmonter, d'abord chez lui, puis dans sa propre famille de pensée. La majorité socialiste -ainsi que des anarchistes et des syndicalistes- ne se rallient à la défense de Dreyfus qu'après le suicide de Henry, et après de vifs débats internes. Une minorité s'y refusera toujours et des manifestations d'antisémitisme perdureront dans ses rangs. Par ailleurs, le regard rétrospectif tend à surestimer le poids de Jaurès par rapport à un Guesde ou à un Vaillant, au sein des socialistes, pendant les années cruciales de l'Affaire, car ce n'est qu'à son terme qu'il acquiert une aura nouvelle et s'impose, ensuite, comme un des plus grands orateurs de la Chambre.

A la défense de la justice a pu, chez les socialistes devenus dreyfusards, s'ajouter des mobiles moins désintéressés. Après les législatives du printemps 1898, au plus fort de l'Affaire, les radicaux, élus en nombre à la Chambre, accordent le label «républicain» à une partie de l'extrême gauche socialiste et révolutionnaire, disposée à se rapprocher d'eux au Palais-Bourbon dans un combat commun contre conservateurs et nationalistes. Des majorités de gauche plus homogènes se constituent, cimentées par la volonté de relancer la politique anticléricale. Le président du conseil Waldeck-Rousseau (au pouvoir de 1899 à 1902) puis surtout Emile Combes (1902-1905) accusent congrégations et écoles catholiques d'être l'âme d'un complot antidreyfusard qui menace la République elle-même.

En réalité, au sein du monde catholique, seuls les assomptionnistes s'étaient distingués par leur antidreyfusisme à caractère antisémite, comme l'a souligné l'historien Bertrand Joly dans sa remarquable Histoire politique de l'affaire Dreyfus. Mais désigner un ennemi permet de mobiliser contre lui, la vérité des faits dût-elle en souffrir. L’atmosphère est au manichéisme. La Ligue des droits de l’homme, fondée pour obtenir la révision du capitaine Dreyfus et sa réhabilitation, approuve l'expulsion des congrégations. Un de ses fondateurs, le catholique Paul Viollet, démissionne de la Ligue en signe de protestation contre ce qu'il tient pour une dérive sectaire. Un dreyfusard illustre, Péguy, exprime son écoeurement. Il juge qu’une noble cause est devenue un prétexte utilisé par le «Bloc des gauches» pour écraser conservateurs et catholiques et, par-dessus-tout, occuper des places. Bref, le dreyfusisme serait devenu une rente de situation.

Quoi qu'il en soit, c'est dans ce contexte que Jaurès réunit à rassembler la majorité des socialistes dans le Parti socialiste-SFIO (1905). Le socialisme est intégré dans la famille républicaine et devient son extrême-gauche. L'antisémitisme, sans disparaître dans cette famille, régresse beaucoup, devient mal vu, cesse d'être de bon ton. Car les socialistes le perçoivent désormais, le plus souvent, comme l'attribut spécifique de l'extrême-droite révolutionnaire ou nationaliste, bref de la « réaction » à combattre.

L'antisémitisme demeure en revanche présente chez certains anarchistes et des syndicalistes révolutionnaires, courant alors puissant à la CGT, et s'insèrent dans leur vision du monde opposant gros et petits. Ceux-ci tirent argument de ce qu'ils appellent « l'affaire Dreyfus du monde ouvrier» : la condamnation à mort du syndicaliste Jules Durand au Havre en 1910 pour un homicide qu'il n'a pas commis, affaire qui n'a pas entraîné une mobilisation comparable (Durand sera gracié après avoir perdu la raison).

Au terme de la grande Guerre, les socialistes se divisent au congrès de Tours (1920). Les bolcheviks français, majoritaires parmi les militants, adhèrent à l’Internationale communiste et prennent le contrôle du journal L'Humanité tandis que le socialiste Léon Blum entend garder «la vieille maison», c’est-à-dire la SFIO. Dans les années Vingt, l'antisémitisme paraît faible à gauche, comme dans la société française en général. Le PCF se distingue même, à l'époque, par sa défense des travailleurs étrangers. Mais il se livre parfois aussi à des attaques ad hominem contre des adversaires politiques sous l'angle de leur judéité. Georges Mandel, député de droite, est qualifié en 1921 par L'Humanité de « démonstration vivante que, selon Darwin, l'homme descend du singe » (17 mars 1921).

Léon Blum est une cible de choix. En 1907, l'ancien maître des requêtes au Conseil d'Etat avait commis un essai, Du mariage, où il racontait le plaisir qu'il éprouvait, dans sa jeunesse, à suivre des jeunes femmes dans la rue et les aborder. Surtout, il préconisait la liberté, pour les femmes, d'avoir des relations sexuelles avant de se « fixer » par le mariage. Aussi la culture ouvriériste du PCF voit-elle en Léon Blum, dans les années Vingt, un chantre de l'immoralité bourgeoise. L'Humanité fustige « Shylock Blum […] pris de tortillements freudiens » (1er février 1928) et l'accuse d'entretenir « des liens de tendresse » avec une banque de l'époque (7 février 1928). Allusion à son physique frêle, Léon Blum est, écrit L'Humanité, « l'image de l'opposition fondamentale qu'il y a entre notre parti robuste, hardi, combatif, criblé des coups de l'ennemi et la vieille social-démocratie dégénérée, élégante et sceptique, en coquetterie constante avec le régime qui le comble de sinécures » (14 avril 1928. Toutes les citations relatives à Léon Blum sont extraites du livre de Pierre Birnbaum, Un mythe politique, la « République juive » : de Léon Blum à Pierre Mendès France, 1988).

À partir de 1934, la direction du PCF change de cap, espère rompre son isolement et recherche un rapprochement avec la SFIO. Les attaques contre Léon Blum, antisémites ou non, diminuent puis disparaissent dans le contexte de la formation puis de la victoire électorale du Front populaire (avril-mai 1936).

Paradoxalement, à gauche, un antisémitisme se développe en revanche au sein de la SFIO, dans le contexte de la peur d'une nouvelle guerre avec l'Allemagne à partir de l'avènement d'Hitler en 1933. Le souvenir de l'hécatombe de 14-18, si proche, est omniprésent à l’époque dans toute la société française et nourrit un pacifisme puissant. De 1933 à 1939, les Juifs allemands étant persécutés par le nazisme, les Juifs français engagés en politique sont souvent soupçonnés, voire accusés, de pousser à la guerre avec Berlin par solidarité avec les premiers. Léon Blum se trouve en butte, dans son propre parti, à cette suspicion (comme Georges Mandel l'est à droite). Lors du congrès de juillet 1933, marquée par la scission des « néo-socialistes » (Marcel Déat, Adrien Marquet), Déat critique publiquement « le subtil byzantinisme […] et la passivité tout orientale » de Léon Blum (Le Populaire, 16-17 juillet 1933). Sous le Front populaire, ces attaques se raréfient, mais s'aggravent après sa chute (avril 1938), alors que la menace d'une guerre contre Hitler domine désormais la vie publique.

En privé, Paul Faure, numéro 2 de la SFIO, juge qu'il y a trop de Juifs autour de Léon Blum et qu'ils impriment au parti une orientation belliciste par intérêt personnel. Un nombre important de députés socialistes partage l'opinion de Faure. Au Congrès de Nantes (mai 1939), alors que tout annonce la guerre, la motion pacifiste du numéro 2 de la SFIO obtient environ 40% des mandats. Pour éviter une scission, Léon Blum consent à ses adversaires près de la moitié des sièges à la commission administrative permanente, l'Exécutif du parti. Ce fait ne signifie nullement que chaque socialiste pacifiste d'alors ait été d'emblée antisémite ou le soit devenu à l'approche de la guerre. Mais tel fut bien l'évolution d'une partie importante d'entre-eux. Après le choc de mai-juin 1940 et la chute de la IIIe République, ceux-là rejoindront la collaboration, comme l'a analysé l'historien Simon Epstein dans un livre remarquable, Un paradoxe français : antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance (2008).

Le parti radical-socialiste, la Ligue des droits de l'homme, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, la CGT (alors socialiste), sommés par les événements de choisir leur priorité (antifascisme ou pacifisme), connaissent, à partir de 1935, des déchirements analogues. Or, l'antisémitisme, sans être central dans leurs choix, n'en est pas non plus toujours absent : l'assimilation du Juif au grand capital fauteur de guerre est un thème qui retrouve droit de cité, au sein de composantes centrales de la gauche, dans le contexte de l'angoisse d'un nouveau conflit. Ainsi, parmi les membres du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, Léon Émery et Félicien Challaye, disciples d'Alain (à qui il est arrivé de tenir des propos antisémites, dont l'importance dans son œuvre fait l'objet de débats), imposent, à ses côtés, la ligne d'un pacifisme intégral. Ils rejoindront plus tard, sous l'Occupation, la collaboration parisienne. Un livre pionnier, dû au journaliste Christian Jelen, Hitler ou Staline – le prix de la paix (1988) a mis en lumière ce pan, longtemps occulté, de l'histoire de la gauche dans les années Trente.

Après le pacte germano-soviétique et la déclaration de guerre (3 septembre 1939), la direction du PCF, interdit en octobre, renoue avec la dénonciation du bellicisme des « sociaux-traîtres » et les attaques ad hominem contre « le chacal Blum ». « Blum doit être hanté par le spectre de ses innombrables victimes comme Lady Macbeth, il doit voir avec terreur le sang innocent qui tache à jamais ses mains aux doigts longs et crochus », déclare Maurice Thorez (condamné par défaut à une peine de prison ferme pour désertion par le tribunal militaire d'Amiens en novembre 1939, Thorez est déchu de la nationalité française par le gouvernement Daladier en février 1940).

Arrive l'invasion de mai-juin 1940. Lorsque la défaite est consommée, alors que l'armistice n'est pas même signé, Jacques Duclos rédige le 20 juin 1940, au nom du PC clandestin, une « déclaration d'intention » destinée aux autorités allemandes et sollicite le droit de faire repaître L'Humanité légalement. Or, à trois reprises, dans ce texte destiné à l'occupant, Duclos fustige le « Juif Mandel », ministre de l'intérieur du gouvernement Reynaud qui venait alors de démissionner. Duclos l’accuse, auprès des Allemands, d'avoir « fusillé des ouvriers qui sabotaient la défense nationale ». L'épisode est raconté dans le passionnant ouvrage des historiens Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Liquider les traîtres – la face cachée du PCF, 1941-1943 (2007).

Après la deuxième guerre mondiale, et jusqu'aux années 60, la mémoire du génocide des Juifs n'est pas dissociée de la mémoire de la Résistance et de la déportation en général. Sa singularité n'est mise en lumière que peu à peu. Il n'en reste pas moins que, à partir de 1945 et la connaissance du génocide des Juifs, une honte nouvelle s'attache à l'expression d'idées antisémites en France. Sans disparaître, sa présence, dans la gauche non communiste, devient très faible, marginale, cantonnée, sauf exception, à des groupuscules. Il n'en va pas de même au PCF sous Staline. À partir de 1949, les grands procès organisés dans les « démocraties populaires » ont souvent un caractère antisémite. Il en va de même, a fortiori, du prétendu « complot des blouses blanches » au Kremlin. La direction du PCF, qui soutient avec zèle ces grands procès aussi bien que la traque des « blouses blanches » à Moscou, infléchit aussi discrètement sa ligne de conduite en France même. D'anciens résistants communistes juifs sont écartés des instances de direction du Parti.

En 1954, en privé, quelques dirigeants communistes tiennent des propos antisémites sur Pierre Mendès France, alors président du Conseil. Mais ces épisodes restent feutrés, internes à la vie du Parti. Duclos, en revanche, dans ses mémoires publiées en 1968, fustige Boris Souvarine, ancien bolchevik qui a rompu avec le PC, c’est-à-dire, dans le vocabulaire communiste d’alors, un renégat. Or il attaque Souvarine, devenu au fil des ans un admirable analyste du totalitarisme soviétique, en rappelant son vrai nom en ces termes : « Lifschitz, [comme] un petit-bourgeois, issu d'une famille de diamantaires qui espérait sans doute pouvoir faire carrière dans le Mouvement ouvrier comme d'autres se consacrent au commerce » (Jean-Louis Panné, Boris Souvarine, le premier désenchanté du communisme, 1993).

Par ailleurs, en 1948, tous les partis de gouvernement, ainsi que le PCF, avaient salué la création d'Israël. La SFIO et les radicaux-socialistes se distinguaient, sous la IVe République, par leur proximité avec l’Etat hébreu. Mais la guerre des Six Jours, en 1967, constitue un tournant. Si l'opinion française se félicite de la victoire d’Israël, ce soutien paraît plus catégorique à droite qu'à gauche. Pour certains, à gauche, l'image de l'Etat hébreu commence à se mitiger : les Israéliens, perçus jusqu'alors comme les survivants du génocide et leurs descendants, font figure désormais de conquérants.

Dès le lendemain des combats, prenant la parole au congrès de la CGT de juin 1967, son emblématique secrétaire général, Benoît Frachon, évoque la conquête de la vieille ville de Jérusalem par l'armée israélienne. Et il blâme, en ces termes, la liesse des vainqueurs et une cérémonie qui aurait été, selon lui, organisée devant le Mur des lamentations : « La présence de certains personnages de la haute finance lui conférait un autre sens que celui de ferveur religieuse que pensaient y trouver les vrais croyants qui y participaient, déclare Frachon. Le spectacle faisait penser que, comme dans Faust, c'était Satan qui conduisait le bal. Il n'y manquait même pas le Veau d'Or, toujours debout qui, comme dans l'opéra de Gounod, contemplait ses pieds dans le sang et dans la fange les résultats de ses machinations diaboliques, poursuit le secrétaire général de la CGT. En effet, les informations nous indiquent qu'avaient assisté à ces saturnales deux représentants d'une tribu cosmopolite de banquiers bien connus dans tous les pays du monde : Alain et Edmond de Rothschild. À leurs pieds, des morts encore saignants. Parmi eux, des ouvriers israéliens morts pour eux, des ouvriers et des paysans jordaniens morts par eux ». Cette diatribe ne semble pas avoir suscité un tollé à gauche à l'époque.

Moins d'un an après la guerre des Six Jours, Mai 68 favorise une effervescence dans l'extrême-gauche étudiante, où percent des courants trotskiste et maoïste. Un nombre significatif de jeunes Français juifs sont membres ou sympathisants de ces organisations qui se réclament du tiers-mondisme, en vogue à l'époque. A l'été 1969, plusieurs maoïstes français, qui se veulent antisionistes, se rendent en Jordanie, visitent les camps palestiniens et rencontrent des dirigeants du Fatah d'Arafat. De retour en France, ils attaquent la demeure du baron de Rothschild. Les liens entre cette extrême-gauche et les organisations palestiniennes se renforcent les années suivantes.

L'activisme des Maoïstes de la Gauche prolétarienne les conduit même au bord du terrorisme. Puis la tuerie survenue aux JO de Munich (septembre 1972), où un commando palestinien, Septembre noir, prend en otage l'équipe sportive d'Israël et tue ses membres lorsque la police allemande donne l'assaut, divise l'extrême-gauche française. Parmi les trotskistes, un Edwy Plenel a alors des mots d'une grande empathie envers les terroristes. Au sein des maoïstes, une minorité approuve les actes de Septembre noir et une majorité s'en désolidarise. La gauche prolétarienne s'auto-dissout.

L'annexion de Jérusalem-est et le début de l'installation d'Israéliens en Cisjordanie conduiront, à partir des années 70, certains à gauche, par exemple le PSU, à dépeindre Israël comme un Etat colonial.

La décennie suivante, le paysage politique et intellectuel français se modifie profondément à partir de l'élection de François Mitterrand, premier président de gauche de la Ve République (1981), l'effondrement électoral du PCF et l'accession du Front national au rang de parti d'importance nationale (il obtient près de 11% des voix aux européennes de 1984). Une intense guerre des mémoires déchire la gauche lors de «l’affaire Manouchian». SOS Racisme est créé avec le soutien de l'Elysée, sinon à son instigation. Le multiculturalisme succède, dans les faits, au modèle assimilationniste républicain en vigueur depuis la IIIe République. Par ailleurs, la loi Gayssot (1990) crée le délit de négation du génocide des Juifs, en dépit des réserves de certains historiens dès cette époque. Au début de ces mêmes années 1990, la mémoire du génocide des Juifs acquiert une place éminente. Le terme de Shoah s'impose pour le désigner. Jacques Chirac, élu président de la République en mai 1995, reconnaît la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs sous l'Occupation, lors de la commémoration de la rafle du Vel d'hiv (16 juillet 1995). Rompant avec la position de ses prédécesseurs, il considère que le régime de Vichy a engagé la France. En 2001, la loi Taubira proclame que la traite et l’esclavage perpétrés par les Européens du XVIe au XIXe siècle est un crime contre l’humanité. Cette loi ne dit mot de la traite arabo-musulmane et de la traite interne à l’Afrique subsaharienne.

Or, dès l’année suivante, l'historien Georges Bensoussan publie un livre collectif qu'il a dirigé, Les territoires perdus de la République – antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire. L'ouvrage, publié alors que la deuxième Intifada a commencé deux ans plus tôt dans les territoires palestiniens et qu'une vague d'actes antisémites est constatée en France, suscite une vive polémique. Selon les auteurs, un nouvel antisémitisme, présent dans une fraction de la population arabo-musulmane vivant en France, est avéré mais refoulé pour des raisons idéologiques. Georges Bensoussan évoque une augmentation des actes antisémites liée à cette immigration. Or des nombreuses personnalités de gauche, pour l'historien, détournent les yeux de cette réalité.

Dans son ouvrage et ses travaux ultérieurs, Georges Bensoussan étaye sa thèse de l’aveuglement volontaire à gauche, qui peut se muer en complicité, en invoquant plusieurs explications : la sympathie, voire la complaisance, pour la cause palestinienne; la détestation du modèle de l’Etat-nation occidental; les liens entre l'antisionisme et l'antisémitisme; un électoralisme trivial; et parce que les immigrés constituent, pour eux, les nouveaux «damnés de la terre», qui ne sauraient commettre des actes blâmables, sauf en réaction à des torts qu’on leur fait, ce qui les disculpe. La controverse n'a jamais cessé depuis, sans que l’inquiétude de Georges Bensoussan paraisse démentie par les événements.

Le Monde : Pourquoi les faux Brancusi prospèrent sur le marché de l’art

Pourquoi les faux Brancusi prospèrent sur le marché de l’art
L’œuvre de ce sculpteur roumain, qui a révolutionné l’art moderne avec des formes pures, fait l’objet d’une intense spéculation et de nombreuses tentatives d’escroquerie.

C’est un drôle de piaf d’un bleu pétard, gonflé comme une outre, le bec redressé. Depuis un an, ce volatile en plâtre trône dans le bureau de Gilles Perrault, rue de la Paix, à Paris. L’expert assermenté croit « à 90 % » qu’il s’agit d’une sculpture de Constantin Brancusi (1876-1957), de la famille des « Maïastra », oiseau fabuleux inspiré du folklore roumain que le sculpteur a décliné en série. Il en tient pour preuve cette étiquette collée au socle, renvoyant au numéro 283 dans le catalogue de la douzième exposition de la société jeunesse artistique, organisée en 1913 à Bucarest, en Roumanie. D’une liasse de papiers Gilles Perrault exhume ce commentaire d’un visiteur du salon, un certain Léo Bachelin, dont il a retrouvé la mention dans un livre publié en 1998 par un spécialiste roumain de Brancusi, Barbu Brezianu : « Voilà un oiseau qui se tient sur sa queue, ce qui n’est pas ordinaire, et dont le cœur est rond comme un œuf, d’où sort un cou en forme de tuyau, le tout peint en bleu électrique. »

Brancusi est de ces noms qui, avec Picasso ou Matisse, claquent sur le marché de l’art. Le sculpteur roumain a en effet révolutionné l’art moderne avec des formes pures, immédiatement identifiables, comme ce Baiser fusionnel, dont un exemplaire se trouve au cimetière du Montparnasse, à Paris. En 2018, un bronze de 1932, inspiré de la militante Nancy Cunard, a dépassé les 71 millions de dollars (65,4 millions d’euros). Gilles Perrault qui dit ne jurer que par « la vérité scientifique », a déjà rendu des avis négatifs sur six œuvres attribuées à Brancusi. Mais, cette fois, assure-t-il, cet oiseau coche toutes les cases ou presque : « La couche picturale est compatible avec une peinture de la période présumée, l’armature métallique du plâtre ressemble à celle utilisée par Brancusi, le papier de l’étiquette est ancien, l’encre est conforme à celle de l’époque. »

Marchand sulfureux
Un problème toutefois : les autres œuvres ayant figuré dans l’exposition de 1913, conservées aujourd’hui au Musée des beaux-arts de Bucarest, ne comportent pas d’étiquettes. Celles-ci ont-elles disparu au fil des ans, ou n’ont-elles tout bonnement jamais existé ? La forme du volatile diffère aussi de la Maïastra en bronze que détient la Tate Modern à Londres. Ses dimensions seraient plus proches, aux yeux de l’expert, d’un exemplaire en marbre que possède le MoMA. Mais le musée new-yorkais ne lui a pas donné l’autorisation de le scanner.


L’entêtement de Gilles Perrault n’est pas sans agacer Theodor Nicol, l’ayant droit de Brancusi, qui estime que l’oiseau n’est pas authentique. Par le biais de son avocat, Me Jean-Jacques Neuer, il l’avait déjà signalé en mars 2021 à Artcurial, qui s’était vu proposer l’objet. Bruno Jaubert, directeur associé de la maison de ventes, ne s’en est pas formalisé : « Les informations entourant l’objet étaient vagues, et il n’y avait pas de documents de provenance tangible. »

Margit Rowell, une ancienne conservatrice du Centre Pompidou, partage l’opinion de Theodor Nicol, de même que Friedrich Teja Bach, auteur d’un catalogue de référence sur Brancusi publié en 1988. Ce dernier avait déjà rendu un avis négatif en mai 2008, lorsque l’oiseau lui avait été soumis par Jean-Luc Verstraete, un marchand sulfureux poursuivi, dans les années 1990, pour avoir dépouillé la veuve de Marc Chagall (1887-1985). « La couleur bleue, dans certaines parties, n’était pas totalement sèche », se rappelle l’historien d’art, avant de compléter : « Il y a un problème majeur de forme et de style. »

Sur le marché, l’expertise de Teja Bach fait autorité. « Personne ne se risquerait à vendre une œuvre non répertoriée de Brancusi sans son blanc-seing, et les différentes affaires de faux nous conduisent à la prudence », confirme le courtier en art moderne Thomas Seydoux, un ancien de Christie’s. Régulièrement sollicité, Friedrich Teja Bach a toutefois décidé de ne plus établir de certificats. « Donner des expertises sur Brancusi est devenu dangereux, physiquement et judiciairement », murmure l’historien, refroidi par les menaces dont il a souvent fait l’objet.

Les prix grimpent
Theodor Nicol ne délivre pas non plus de certificat. Mais sans son copyright, il est impossible de reproduire une œuvre de Brancusi. L’ancien ingénieur en télécommunications qui, depuis 1997, gère la succession du sculpteur à la suite de sa tante Natalia Dumitrescu, artiste que le Roumain avait choisi comme légataire universelle avec son mari, le peintre Alexandre Istrati, n’est pas un historien d’art, ce qui lui vaut les sarcasmes du monde des musées. Certains conservateurs lui reprochent de faire couler de rutilants bronzes posthumes, jugés contraires au souhait de Brancusi, qui soignait ses tirages et polissait lui-même chaque sculpture.

Sur ce point, Theodor Nicol se retranche derrière le droit : un arrêt de la Cour de cassation, daté de décembre 1966, a reconnu aux légataires universels de Brancusi, le couple Dumitrescu-Istrati, le droit de tirer des fontes posthumes. A ceux qui doutent de ses compétences en matière d’expertise, il réplique : « Après plus de trente ans de contact direct avec ces problèmes, je crois faire partie des gens qui ont une connaissance approfondie de la vie et de l’œuvre de Brancusi. »

Margit Rowell n’a pas publié de catalogue de référence ni hérité de droits moraux. Mais elle est aujourd’hui l’une des meilleures spécialistes de l’œuvre graphique de Brancusi. Pendant quatre ans, cette conservatrice américaine s’est plongée dans l’univers du sculpteur, à l’occasion de la rétrospective dont elle fut la cocommissaire en 1995 au Centre Pompidou. « Depuis, Brancusi ne m’a plus jamais quittée, confie l’élégante retraitée. C’est une œuvre qui a besoin d’être protégée plus que d’autres, car elle est limitée – il ne doit pas y avoir plus de 300 pièces. »

Qui dit limitée, dit chère. Et plus les prix grimpent, plus les contrefaçons surgissent de toutes parts. Margit Rowell ne compte plus les messages fantaisistes qui inondent tous les mois sa boîte e-mail. « Bonjour, je suis de Roumanie, je crois détenir une œuvre d’un des plus grands sculpteurs du monde », lui écrit, en mai 2018, un homme qui dit posséder une colonne sans fin. « Fausse évidemment », dit en grimaçant la conservatrice, en précisant que « tout ce qui vient aujourd’hui de Roumanie est suspect d’office ». « Une vraie industrie, avec des centaines de faux à la clé ! », s’écrie Friedrich Teja Bach.

Jean-Jacques Neuer déclare recevoir une vingtaine de demandes d’authentification par an. « Pratiquement tout est faux », résume l’avocat. Impossible pour autant de faire la chasse aux contrefaçons tous azimuts. « Leurs trajectoires sont trop nébuleuses, révèle Theodor Nicol. Mais on ne veut pas que l’héritage de Brancusi soit pollué par ça. » Sans toujours obtenir l’appui de la police ou de la justice, la succession a freiné l’arrivée de dizaines de faux sur le marché international, « malgré l’inventivité mise en œuvre, à travers de nombreux pays », souligne Jean-Jacques Neuer.

A défaut de remonter les circuits tortueux empruntés par les escrocs, les vigies du marché ont identifié leurs méthodes. Une combine, détaille Friedrich Teja Bach, « consiste à produire des formes identifiées comme brancusiennes, et prétendre qu’elles ont été réalisées à une date antérieure, quand Brancusi était encore en Roumanie, alors que, dans ces années-là, il faisait des pièces académiques ». Des exemples, il en a plein sa besace.

Un cas lui a particulièrement empoisonné la vie : un Baiser prétendument daté de 1905, reprenant les attributs d’une série célèbre que l’artiste roumain a commencée en 1907, où un couple d’amoureux semble fusionner en s’embrassant. Friedrich Teja Bach avait émis, dès 2001, et à plusieurs reprises, un avis négatif sur cette pièce. Son propriétaire, Claude Pussot, qui ne veut rien entendre, a traîné l’historien en justice pour le contraindre à émettre un avis positif sur la pièce et à l’intégrer dans son catalogue raisonné. Bien qu’il ait perdu son procès en 2017, le retraité s’est trouvé un ambassadeur en la personne de Thierry Rayer, qui en clame l’authenticité urbi et orbi.

Un zeste d’ésotérisme
Bouc bien taillé et cheveux longs, ce dernier anime le très confidentiel Cercle d’études scientifiques Pierre Rayer. Sur son site Internet, il s’autoproclame « seul expert Brancusi à pouvoir expertiser et interpréter scientifiquement l’œuvre du maître Constantin Brancusi », rien de moins ! Saupoudrant ses analyses géométriques d’un zeste d’ésotérisme, Thierry Rayer affirme que ce Baiser litigieux est « la pierre angulaire » de l’œuvre de Brancusi. Une fable qu’il est allé jusqu’à défendre en 2019 lors d’une conférence à l’Unesco – « Cet événement était organisé par plusieurs Etats membres, et non par l’Unesco, qui n’en a pas conçu le programme, et il ne s’est pas tenu au siège, mais dans l’annexe, rue Miollis [à Paris] », tient à préciser l’organisation onusienne.

Le CV à rallonge de Thierry Rayer ne s’embarrasse pas de petits et gros arrangements avec la réalité. Il dit appartenir à la Société française d’égyptologie (SFE) – « Il ne l’est plus depuis longtemps, ce fut un passage éclair…  », fait savoir la SFE. Thierry Rayer se prétend aussi membre d’honneur de l’association des Amitiés internationales André Malraux. Ce cercle, présidé par Edgar Morin, reconnaît l’avoir compté en 2016 comme membre bienfaiteur. Mais il a, depuis, pris ses distances. « Nos relations se sont gâtées à partir du moment où il a accepté de soutenir des projets initialement conçus par les instances de notre association internationale, mais en a repris et défini de nouveaux avec d’autres personnes de son entourage, sans notre aval », soutient son fondateur Pierre Coureux.

Thierry Rayer prétend également que Doïna Lemny, une ancienne attachée de conservation du Centre Pompidou, lui aurait verbalement donné un avis favorable sur ledit Baiser. « Je l’ai enregistrée au téléphone, j’enregistre tout le monde », fanfaronne-t-il, en nous révélant, par la même occasion, qu’il consigne notre échange téléphonique sans nous avoir demandé l’autorisation… « C’est totalement faux, je ne lui ai jamais parlé au téléphone, s’étrangle Doïna Lemny, abasourdie par ses allégations. Une fois, à une cérémonie organisée par l’ambassade de Roumanie en France, il est venu s’asseoir à côté de moi, j’ai vite changé de place, mais, pendant la cérémonie, il m’a photographiée. Il me suivait, je le fuyais ! »

Faute de réussir à mettre les spécialistes dans leur poche, les arnaqueurs s’appuient sur des certificats rédigés par des experts roumains peu regardants. « Plus un objet est faux, plus il est entouré d’une littérature abondante », alerte Margit Rowell, confrontée, cette année, à l’épais dossier d’une sculpture douteuse, accompagné de plus de trois cents pages d’annexes.

« Un des procédés consiste à donner à un faux un pedigree en l’intégrant dans des expositions où ont été mélangées œuvres authentiques et fausses, le tout en s’appuyant sur des noms de politiques roumains et français », rebondit Jean-Jacques Neuer. Certains ouvrages, publiés notamment par un marchand roumain aujourd’hui décédé, Lucian Radu Stanciu, brassent discrètement vrai et faux.

« Des critiques d’art reconnus sont pris en photo, parfois à leur insu, pour donner du crédit à un faux », précise Theodor Nicol, en nous tendant une plaquette consacrée à une Petite Maïastra, sculpture qui, à son avis, n’est pas authentique. S’y trouve reproduite une photo de l’historien Sidney Geist, spécialiste mondialement reconnu de Brancusi, décédé en 2005.

« Problèmes techniques »
Des attestations émanent parfois de descendants de Brancusi, comme l’arrière-petite-nièce du sculpteur, Maria Patrascu Brancusi, décédée en 2009, à l’origine d’une Brancusi Familly Foundation, sans aucune autorité légale. Certains aigrefins ont même tenté de soudoyer le photographe John Moore. Mort en 2016, le fils de la pianiste néo-zélandaise Vera Moore (1896-1997), qui partagea quelque temps la vie de Brancusi, était convaincu d’être l’enfant naturel non reconnu du sculpteur. « John était très sollicité par des gens peu recommandables, mais il s’est toujours tenu à l’écart de leurs manœuvres », témoigne le documentariste roumain Ionut Teianu, qui a filmé son vain combat judiciaire pour faire reconnaître sa filiation.

Enfin, la documentation peut être falsifiée. « Je me suis retrouvé face à des faux documents, soi-disant datés des années 1920, mais qui utilisaient une orthographe entrée en vigueur plus tard. J’ai aussi été confronté de temps en temps à des expertises fausses portant mon nom », raconte Friedrich Teja Bach, qui s’inquiète d’une recrudescence des faux.

Ces dernières années, il a vu apparaître quelques pièces douteuses qui auraient appartenu au sculpteur Constantin Antonovici (1911-2002), un ancien assistant de Brancusi. « Je lui ai rendu visite plusieurs fois en 1974-1975, quand je vivais à New York, comme lui, et je l’ai interviewé au sujet de Brancusi. Il était assez pauvre à cette époque, et il n’a jamais évoqué d’œuvres majeures en sa possession, se souvient Friedrich Teja Bach. Je crois que, après sa mort en 2002, son nom, sa relation notoire avec Brancusi ont été utilisés de manière abusive. Les œuvres qui se réclament de cette provenance présentent aussi des problèmes techniques. »

Margit Rowell, qui tient une veille sur Internet, a récemment repéré sur une place de marché en ligne plusieurs fausses Mademoiselle Pogany, célèbre série de Brancusi déclinant une tête stylisée de femme aux yeux immenses en amande. « Je l’ai signalé par écrit à la plate-forme, indique-t-elle. Mais pas de réponse… »

Le Monde : Why fake Brancusi thrive on the art market (Google translate)

Why fake Brancusi thrive on the art market
The work of this Romanian sculptor, who revolutionized modern art with pure forms, is the subject of intense speculation and numerous attempts at fraud.

It’s a funny piaf, a firecracker blue, swollen like a wineskin, with its beak straightened. For a year, this plaster bird has been sitting in Gilles Perrault's office, rue de la Paix, in Paris. The sworn expert believes “90%” that it is a sculpture by Constantin Brancusi (1876-1957), from the “Maïastra” family, a fabulous bird inspired by Romanian folklore that the sculptor made into a series . He takes as proof this label stuck to the base, referring to number 283 in the catalog of the twelfth exhibition of the artistic youth society, organized in 1913 in Bucharest, Romania. From a sheaf of papers Gilles Perrault unearths this comment from a visitor to the show, a certain Léo Bachelin, whose mention he found in a book published in 1998 by a Romanian Brancusi specialist, Barbu Brezianu: “Here is a bird which stands on its tail, which is not ordinary, and whose heart is round like an egg, from which a pipe-shaped neck emerges, all painted electric blue. »

Brancusi is one of those names which, with Picasso or Matisse, is hitting the art market. The Romanian sculptor has in fact revolutionized modern art with pure, immediately identifiable forms, such as this Fusional Kiss, a copy of which is in the Montparnasse cemetery in Paris. In 2018, a 1932 bronze, inspired by activist Nancy Cunard, exceeded $71 million (€65.4 million). Gilles Perrault, who says he swears only by “scientific truth”, has already given negative opinions on six works attributed to Brancusi. But, this time, he assures, this bird ticks almost all the boxes: “The pictorial layer is compatible with a painting from the presumed period, the metal framework of the plaster resembles that used by Brancusi, the paper of the label is old, the ink is consistent with that of the time. »

Sulfur Merchant
One problem, however: the other works that appeared in the 1913 exhibition, now kept at the Museum of Fine Arts in Bucharest, do not have labels. Have these disappeared over the years, or did they simply never exist? The shape of the bird also differs from the bronze Maïastra held at the Tate Modern in London. Its dimensions would be closer, in the eyes of the expert, to a marble example owned by MoMA. But the New York museum did not give him permission to scan it.


Gilles Perrault's stubbornness is not without irritating Theodor Nicol, Brancusi's successor, who believes that the bird is not authentic. Through his lawyer, Me Jean-Jacques Neuer, he had already reported it in March 2021 to Artcurial, which had been offered the object. Bruno Jaubert, associate director of the auction house, was not upset: “The information surrounding the object was vague, and there were no documents of tangible provenance. »

Margit Rowell, a former curator at the Center Pompidou, shares Theodor Nicol's opinion, as does Friedrich Teja Bach, author of a reference catalog on Brancusi published in 1988. The latter had already issued a negative opinion in May 2008, when the bird was submitted to him by Jean-Luc Verstraete, a sulphurous merchant prosecuted, in the 1990s, for having robbed the widow of Marc Chagall (1887-1985). “The blue color, in certain parts, was not completely dry,” recalls the art historian, before adding: “There is a major problem of form and style. »

Teja Bach’s expertise is authoritative on the market. “No one would risk selling an unlisted work by Brancusi without his signature, and the various cases of forgery lead us to be cautious,” confirms modern art broker Thomas Seydoux, a former Christie’s employee. Regularly requested, Friedrich Teja Bach has however decided to no longer issue certificates. “Giving expert opinions on Brancusi has become dangerous, physically and legally,” murmurs the historian, chilled by the threats to which he has often been subjected.

Prices are rising
Theodor Nicol does not issue a certificate either. But without his copyright, it is impossible to reproduce a work by Brancusi. The former telecommunications engineer who, since 1997, has managed the sculptor's estate following his aunt Natalia Dumitrescu, an artist whom the Romanian had chosen as universal heir with her husband, the painter Alexandre Istrati, is not a historian of art, which earned him sarcasm from the museum world. Some curators criticize him for casting gleaming posthumous bronzes, deemed contrary to the wishes of Brancusi, who took care of his prints and polished each sculpture himself.

WSJ : Clean-Energy Startups Expected a Gusher of Government Money. They Are Stil

Clean-Energy Startups Expected a Gusher of Government Money. They Are Still Waiting.
Companies often need to show progress to get government cash but struggle without it

A pile of government cash from last year’s climate law was supposed to fuel a wave of clean-energy startups. Instead, many are running out of money before the funding comes through.

Higher interest rates and rising costs have hurt the companies in what are often capital-intensive industries. Washington’s grinding bureaucracy has been slow to dole out the cash from the climate-focused Inflation Reduction Act.

Instead of minting a generation of startups, the government’s climate cash is set to flow to big companies that have better access to funding and moneymaking businesses that can offset costs.

“It’s taking longer than the market expected initially for the IRA benefits to kick in,” said James West, a senior managing director at investment bank Evercore ISI, who analyzes clean-energy companies. When they do emerge, “they’re accruing to companies that are more mature and more established and don’t need to raise capital.”

Companies such as battery recycler Li-Cycle Holdings, hydrogen upstart Plug Power and small modular nuclear-reactor firm NuScale Power are delaying or canceling projects because of ballooning construction costs and higher interest rates.

Some of the companies are in Catch-22 situations. Washington won’t issue them loans until they raise outside money and move ahead with projects. And they typically can’t qualify for tax credits until they finish building plants. Tight funding and high costs mean they sometimes can’t do either.

A race of sorts has emerged between the impact of higher interest rates and the funding from 2022’s IRA, which provides subsidies and tax credits to address climate change. So far this year, higher rates are winning.

They have slowed U.S. renewable-energy installations by driving up costs of wind and solar farms and battery factories. High rates have also cut into climate-startup funding and put clean-energy stocks on track for their worst year since 2011.

The disruptions are a challenge for the Biden administration, which wants to take credit for creating jobs and fighting climate change. The administration is confident many announced projects will get built and feels the industry hiccups would be even worse without policies like the climate law, a senior administration official said.

A marquee $400 billion government clean-energy lending program has agreed to make loans worth more than $20 billion for 12 companies since Biden took office to bolster domestic industries. But only four of the companies ticked all of the boxes to get the much-needed cash.

Battery-recycling startup Li-Cycle, which still has boxes to tick, is pausing construction on a facility in Rochester, N.Y., due to total costs growing to between $850 million and $1 billion from an originally announced $700 million. That puts its $375 million government-loan agreement in jeopardy.

Li-Cycle is burning through its cash, which fell to $137.4 million at the end of September from $517.9 million at the start of the year. The company is discussing strategic alternatives and financing options with the investment bank Moelis. Its shares now trade at about 65 cents, down from $6 in the summer.

“These are the things that can happen when executing big projects,” Ajay Kochhar, Li-Cycle’s chief executive, said in an interview. The company is talking to the Energy Department about how it can get the loan. “If we were part of a larger company, you have a larger whole that absorbs the impact. This is the main show for us.”
Many clean-energy companies have filed for bankruptcy in recent months, including electric-vehicle makers Proterra and Lordstown Motors and sustainable-farming company AppHarvest. Other upstart electric-car companies, such as Faraday Future, Arrival, Canoo and charging firm Tritium, are in danger of joining the list.

Plug Power was expected to be one of the biggest winners from the climate law. The company is aiming to produce green hydrogen, a potential replacement for fossil fuels in industries like steelmaking. Green hydrogen is eligible for lucrative subsidies, but the company’s first plant in Georgia has been hit by delays and rising costs.

Earlier this month, Plug Power warned that it might go bust in the next year unless it raises additional cash. It is evaluating fundraising options, including a possible $1.5 billion loan agreement with the government, though the timing remains unclear. “I wouldn’t be talking to you today if we had that money,” CEO Andy Marsh said in an interview. He understands why the office is careful with taxpayer dollars and isn’t counting on subsidies.

Plug Power has been battered by surging costs in its existing business of buying hydrogen from other companies and providing fuel cells to customers. Its market value has fallen to about $2.5 billion from nearly $35 billion at a recent peak in 2021, when Marsh sold shares.

While startups are suffering, the early winners of the climate law are established companies like solar-panel maker First Solar that already have manufacturing plants in the U.S.

The loan program is designed to help finance companies that otherwise might not get funding from a bank, but some of the largest commitments have gone to big projects. One is Ford Motor and South Korea’s SK On, whose BlueOval battery joint venture received a record $9.2 billion commitment earlier this year.

Washington has also been slow to set rules on subsidies, including for green hydrogen. Big players, including many utilities and fossil-fuel producers, are lobbying furiously to tilt them in their direction. Green hydrogen is made using renewable energy.

Energy sources like green hydrogen and nuclear power are needed to supplement wind and solar. An electricity provider and NuScale, a company attempting to build a first-of-its-kind small modular nuclear-fission reactor, are ending a project in Idaho because of cost increases and challenges finding customers to pay more for the power.

Tom Dickson, chief executive of New Energy Risk, which helps finance clean-energy companies, said it has become harder to finance projects because estimated costs keep changing. “We’ve seen where companies thought, ‘This is going to cost me X amount of dollars,’ and we go back and it’s going to be 30, 40, 50% more,” he said.

FT : Talks between PGA Tour and Saudi sovereign wealth fund set to drag into nex

Talks between PGA Tour and Saudi sovereign wealth fund set to drag into next year
Compensation for players who stuck with the US tour and LIV’s team-golf format are among the big stumbling blocks 

The PGA Tour and the Saudi sovereign wealth fund are struggling to resolve differences over an investment tie-up originally announced in June, with negotiations set to drag into next year.

The so-called framework agreement unveiled in June between the PGA Tour and the Public Investment Fund, which owns LIV, set a deadline of year-end for reaching a deal to unite golf under a single commercial entity.

However, the December 31 deadline was increasingly unlikely to be met and the talks extended due to several hurdles, according to people familiar with the matter. Three of the people said one possible outcome was a broader deal involving other investors coming in alongside PIF. Another conceded that “things have been moving along very slowly”.

Big sticking points in the negotiations include how to compensate PGA Tour players who stayed loyal and turned down bumper pay deals from LIV, and reluctance among PGA Tour players to participate in LIV-style team golf. 

The PGA Tour and LIV had been locked in litigation until calling the surprise truce, diffusing tensions after dozens of top golfers accepted huge pay deals to leave the PGA Tour and join LIV, a rebel tour backed by $2bn from the PIF.

This week, commissioner Jay Monahan said in a memo to players that the leaders of the PGA Tour “remain focused” on reaching a definitive agreement with PIF, and that progress had been “deliberate due to the complex nature of the process”.

The original framework agreement was settled when the PGA Tour policy board was largely made up of people from its commercial operations, but now players — including Tiger Woods — have voting control after a shake-up in August. This week, Northern Irish golfer Rory McIlroy said he was stepping down from the policy board.

The PGA Tour has also held talks with several potential US investors, including Fenway Sports Group, owner of Liverpool FC and the Boston Red Sox; Liberty Media, which controls Formula One racing, and a group of wealthy individuals dubbed the Friends of Golf, which includes KKR co-founders Henry Kravis and George Roberts.

Raine Group, the merchant bank, is advising the PGA Tour players. It is unclear whether outside investors would participate alongside the PIF or separately.

Monahan said in his memo that after receiving a number of “unsolicited” proposals from other investors, the tour plans to continue talks with a narrowed down list of parties. “This is an important part of the process, allowing us to focus on the most attractive bids and the long-term value creation for you and the tour”, he told players. 

The PIF and the PGA Tour declined to comment. 

The original peace deal between PIF and the Tour shocked the world of golf, and provoked a fierce backlash from lawmakers in Washington. Several investigations have been launched into the tie-up to look at issues ranging from antitrust concerns to national security issues and the PGA Tour’s charitable tax treatment.

The Information : Meta Splits Up Its Responsible AI Team

Meta Splits Up Its Responsible AI Team

Meta Platforms has split up a team responsible for understanding and preventing harms associated with the artificial intelligence technology it’s developing, as the company diverts more resources to its generative AI work, according to an internal post reviewed by The Information. The changes are part of a wider reshuffle of the AI teams that Meta announced internally this week.

Most employees on the Responsible AI team will move to Meta’s generative AI team, formed in February to make generative AI products. A Meta spokesperson said other members will move to the company’s AI infrastructure unit, which works on the systems and tools to build and operate AI products.

THE TAKEAWAY
• Most employees on Responsible AI will move to generative artificial intelligence unit
• The team was already weakened by layoffs and the loss of a high-profile internal advocate
• Move is part of a broader reshuffle of Meta’s AI teams announced this week

The reorganization follows a series of shake-ups on the Responsible AI team and raises questions about how Meta will ensure the safety of its AI products outside generative AI, including the algorithms that rank and recommend content in Facebook and Instagram feeds and identify harmful posts on the apps. Over the past year, Meta has poured large amounts of money and resources into building AI models to compete with OpenAI and Google. It also has launched generative AI chatbots for Facebook, Instagram and WhatsApp.

“We continue to prioritize and invest in safe and responsible AI development, and these changes will allow us to better scale to meet our future needs,” Meta spokesperson Jon Carvill said in a statement. “While the majority of the RAI team will sit in the Gen AI org, it will continue to support relevant cross-Meta efforts on responsible AI development and use.”

The Responsible AI team has historically worked across Meta’s divisions. Last year, Meta settled claims by the U.S. Department of Justice that the company’s algorithms for determining which Facebook users were shown housing ads improperly relied on characteristics like race and gender. As part of the settlement, Meta agreed to change its ad technology, saying in a blog post, “We continue to pursue work to embed both civil rights considerations and responsible AI into our product development process.”

The Responsible AI team formed in 2019 to ensure that Meta designed and used AI technology fairly and safely. Former Meta executive Joaquin Quiñonero Candela led the effort, which was an outgrowth of the Society and AI Lab, another team Candela built at Meta to help the company develop AI responsibly. Candela left Meta in 2021, costing the Responsible AI team a high-profile advocate who had the ear of CEO Mark Zuckerberg. Other high-level departures in 2022, including that of former Chief Technology Officer Mike Schroepfer—a strong advocate for AI within Meta—and Jérôme Pesenti, former vice president of AI, also created instability.

Last year, Esteban Arcaute took over the Responsible AI team, which moved into Meta’s Social Impact team under former lead Emily Dalton Smith—part of another reshuffle of the AI teams. To some inside Meta, the move indicated that the company considered the Responsible AI team less of a priority, as the reorganization added more layers between it and Zuckerberg, a former employee said. Meta later disbanded another team it had moved into Social Impact—Responsible Innovation—that was tasked with addressing potential harms tied to Meta’s products.

More changes followed. Meta laid off several product designers and user experience researchers in Responsible AI or moved them to other teams amid widespread layoffs over the past year, according to two people with knowledge of the situation. Several senior employees who worked on AI policy also left the company in recent months, including Miranda Bogen, former policy lead, and Kevin Bankston, former policy director. Neither responded to a request for comment.

Even before this week’s reorganization, senior leaders had recently directed members of the Responsible AI team to focus on generative AI and products using the technology, two people with knowledge said. That marked a departure from the team’s charter to research and provide guidance on responsible AI across the company. According to Meta’s website, the core pillars of responsible AI are privacy and safety, fairness and inclusion, robustness and safety, transparency and control, and accountability and governance.

The Information : OpenAI’s $86 Billion Share Sale in Jeopardy Following Altman F

OpenAI’s $86 Billion Share Sale in Jeopardy Following Altman Firing

Aplanned sale of OpenAI employee shares that would value the startup at about $86 billion on paper hangs in the balance after the sudden firing of CEO Sam Altman and a slew of top executive departures. The tender offer, which Thrive Capital is leading, has not yet closed but has been in its final stages and was expected to be completed as soon as next month, according to a person familiar with the matter.

By Saturday, three former OpenAI employees who were planning to participate in the tender said they no longer expected the sale to happen, or if it did, that it would come with a lesser valuation because of the recent turn of events. Greg Brockman, the president and technical leader who played a key role in developing the company’s blockbuster ChatGPT product, resigned hours after Altman’s firing, followed by three more senior researchers.

THE TAKEAWAY
• Thrive agreed to lead $86 billion-valuation tender prior to Altman’s firing
• Some OpenAI shareholders doubt tender will happen
• Venture capitalists are showing their support for Altman

The departures instilled fear in some investors that a spreading employee revolt could jeopardize the value of their stakes in the artificial intelligence darling and that growing factions within the company would dampen OpenAI’s ability to hire in the future, according to a person at a firm that has invested in the startup. Employees and key investors, including Microsoft, which has committed $13 billion to the company, were given little or no notice of Altman’s firing.

If the tender is canceled, it would be a blow to former and current employees planning to participate. The price of the share sale is nearly triple the valuation of shares sold early this year and roughly four times a 2021 sale, meaning holders of stock priced before OpenAI’s revenue and valuation took off this year were in line for significant payouts. OpenAI recruiters had used the impending sale as a way to lure top AI researchers. Some investors may also have planned to sell in the tender.

The new valuation would also boost, on paper, the returns of a group of top investors who had bought shares during the past three years, including Sequoia Capital, Tiger Global Management and Andreessen Horowitz. Thrive, the New York investment firm run by Josh Kushner, has placed OpenAI at the center of a strategy this year to double down on winning bets during a period when many VC firms are pulling back. It also led the secondary share sale that valued the company at up to $29 billion in April. Its plans regarding the impending sale couldn’t be learned.

A canceled or lower tender price and the absence of Altman could make raising new money very challenging for OpenAI. Altman has privately said the startup could need to raise up to $100 billion to keep up with growing compute needs.

In a staff memo on Saturday, COO Brad Lightcap said the company remains strong, and he acknowledged that employees “are feeling confusion, sadness, and perhaps some fear,” according to a person familiar with the matter. Axios was first to report on the memo.

VC Support for Altman

Almost immediately on Friday, several representatives of the VC firms invested in OpenAI voiced support for Altman, suggesting some would follow the former Y Combinator president to a potential new venture.

Alfred Lin, a Sequoia general partner, wrote on X that he looked “forward to the next world-changing companies that” Altman and Brockman build.

Others compared Altman’s firing to another famous Silicon Valley expulsion. “What happened at OpenAI today is a Board coup that we have not seen the likes of since 1985 when the then-Apple board pushed out Steve Jobs,” Ron Conway, the founder of investment firm SV Angel, an investor in OpenAI, wrote on X. Jobs famously returned in 1997, leading Apple to develop flagship devices such as the iPhone.

Altman, a well-known figure in Silicon Valley, was already in talks with iPhone designer Jony Ive and SoftBank CEO Masayoshi Son about building a new AI hardware device, The Information earlier reported. Those discussions could have contributed to the board’s decision to oust Altman.

Vinod Khosla, founder of Khosla Ventures, has not commented directly and a spokesperson for the venture firm said it was not commenting. Khosla Ventures made the first outside investment in OpenAI when it established a for-profit arm in 2019. At an event on Wednesday, he defended OpenAI’s unusual corporate structure. On Saturday morning, he retweeted comments in support of Altman.

Altman, Tesla CEO Elon Musk and chief scientist Ilya Sutskever set up OpenAI as a nonprofit in 2015, an arrangement designed to distance AI research from financial incentives and keep its mission—developing AI for the public good—at its center. But in 2019, under pressure to obtain computing resources needed to train large language models, Altman set up the for-profit entity governed by the non-profit board.

Its shares are structured as profit units that could cap returns at 100 times the original investment amount, plus a 20% increase to that cap every year, starting in 2025. In the past, OpenAI’s unusual capital structure turned away some investors.

Turbulence within OpenAI is likely to further cast doubt on the structure. None of the major investors, including Microsoft, sit on the non-profit board that governs the startup. Instead, it includes Sutskever, Quora founder Adam D’Angelo, tech entrepreneur Tasha McCauley and Helen Toner, a director of strategy at Georgetown’s Center for Security and Emerging Technology. It’s not known how those directors voted on Altman's firing.

Previously, LinkedIn co-founder Reid Hoffman, former Texas congressman Will Hurd, and Neuralink executive Shivon Zilis were also on the board, but each resigned at different points in time earlier this year.

Yesterday’s episode sheds light on the dangers of these unusual board structures, according to Y Combinator co-founder Paul Graham. “When I talk to more established startups, one of the first things I want to know, after asking about the growth rate and whether they're profitable, is whether the founders still have board control,” he wrote on X. “I'm more optimistic about the company when the answer is yes.”