FT : First Brands files for bankruptcy, threatening multibillion-dollar losses

First Brands files for bankruptcy, threatening multibillion-dollar losses
Collapse of US auto parts maker that borrowed billions in private markets has unnerved Wall Street

First Brands Group has filed for bankruptcy protection while disclosing more than $10bn in total liabilities, marking one of the most spectacular collapses in private debt markets in recent years.

The Ohio-based auto parts company filed for Chapter 11 protection in the Southern District of Texas late on Sunday, formalising the abrupt unravelling of a business that has borrowed billions of dollars in private markets and raised concerns over riskier lending on Wall Street. 

In its bankruptcy petition First Brands, which is owned by Malaysian-born businessman Patrick James, did not disclose specific liabilities but estimated they were in a category between $10bn and $50bn, while it put its assets at $1bn to $10bn.

Full details of its finances could take time to emerge given the chaotic nature of its descent into bankruptcy, which was fuelled by concerns over its use of off-balance sheet finance.

First Brands previously told lenders it had $5.9bn of long-term debt in March, against nearly $1bn of cash, but many creditors now fear there are billions of dollars more in opaque financing linked to its invoices and inventory.

A special committee to be established as part of the bankruptcy will lead an investigation into those off-balance sheet financing arrangements, according to a person familiar with the matter.

Sunday’s petition listed several specialist investment firms as creditors with exposure to First Brands’ so-called “factoring” — invoice financing — including an asset management unit of US investment bank Jefferies.

The company’s need to file for bankruptcy protection was accelerated when one of its banks recently seized some of its cash, the Financial Times has previously reported.

First Brands has secured a $1.1bn lifeline from its creditors as part of the bankruptcy, a loan it will use to fund its operations as it restructures its business and looks to slash its debts.

The speed with which First Brands’ financial position deteriorated has shocked debt investors and drawn scrutiny of due diligence standards in the booming credit markets.

Two weeks ago, the group’s loans were still trading at levels that indicated relative complacency about its finances. By Friday, its top-ranking debt changed hands at a third of its face value, while more junior loans were quoted at cents on the dollar.

Along with the collapse of subprime auto lender Tricolor at the start of the month, First Brands’ swift fall has raised concerns of significant losses for some of the best-known players on Wall Street and the potential for wider fallout across corporate debt markets.

The large-scale bankruptcy could send tremors through the automotive parts industry, which is already reeling from US President Donald Trump’s tariff policies due to its heavy dependence on overseas manufacturing.

Over the past decade, James transformed his group from a niche Ohio-based industrial concern into a sprawling multinational enterprise, through a debt-funded deal spree.

On top of its US manufacturing plants stretching from California to Pennsylvania, First Brands has operations as far apart as Romania, Mexico and Taiwan.

The company’s international operations were not included in the bankruptcy petition on Sunday. First Brands has appointed Charles Moore, a managing director at turnaround specialist Alvarez & Marsal, as chief restructuring officer.

The bankruptcy filing is the second in the space of a week linked to James, after a series of so-called special purpose entities that provided off-balance sheet financing to the car parts conglomerate collapsed.

>>> TradeGate Pre-Market Indications

DAX:
  • Siemens Healthineers (SHL TH) +1.5%
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SDAX:
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  • Siltronic (WAF TH) +1.1%

Le Figaro : Prix, migration des clients… Patrick Drahi et SFR lancent le grand M

Prix, migration des clients… Patrick Drahi et SFR lancent le grand Monopoly des télécoms français

La fin de la restructuration d’Altice, attendue le 1er octobre, ouvre de façon plus formelle le processus de vente de l’opérateur SFR et d’autres filiales. Les prétendants s’agitent mais les questions sont vertigineuses.

Le répondeur automatique va-t-il enfin changer de tonalité ? Depuis le printemps, alors que les rumeurs bruissent chaque semaine un peu plus sur la vente de SFR, l’état-major d’Altice ressert le même élément de langage ad nauseam. « Altice est concentré sur l’implémentation de l’accord sur la dette, la cession d’actifs non essentiels et la relance commerciale de SFR. » Avec la clôture prévue ce mercredi de son colossal plan de sauvegarde - qui aboutit à une réduction de dette de 8,4 milliards sur les 23 milliards dans les comptes de l’entreprise et une montée au capital des créanciers à hauteur de 45 % -, le groupe de télécoms de Patrick Drahi ne va plus pouvoir se cacher derrière son petit doigt.

Lui ou son état-major n’en diront rien. Mais tout l’empire français du milliardaire dans les télécoms est sur le marché. « Patrick Drahi promène la vache en ce moment », confie un connaisseur du dossier. En clair, le milliardaire évalue les marques d’intérêts, regarde combien les prétendants seraient prêts à débourser et a même fait un saut à Paris fin août pour prendre langue avec les uns et les autres. Les acquéreurs se bousculeraient au portillon, entend-on : des fonds d’infrastructures anglo-saxons (KKR, Blackstone, GIP) ou français (Ardian et InfraVia), des opérateurs télécoms étrangers (le saoudien STC, l’émirien Etisalat), des opérateurs d’infrastructures (EuroFiber, Altitude) et, bien sûr, les trois rivaux historiques de SFR : Orange, Bouygues Telecom et Free.

Comme souvent dans ce genre de négociations, le timing est clé. Avec sa restructuration, Altice France estime être entré dans une nouvelle ère. « Les vents contraires sont derrière nous. La dette nous mettait une pression financière et calendaire, cette pression n’existe plus. La situation financière est assainie et SFR va beaucoup mieux d’un point de vue commercial », promet Arthur Dreyfuss, PDG d’Altice France. Au sujet d’une éventuelle vente, il indique : « À ce jour, nous n’avons reçu aucune offre. Si cela arrive, nous l’étudierons sans aucun tabou, dans l’intérêt de l’entreprise, de ses salariés et de ses actionnaires. » Patrick Drahi ne veut pas donner l’impression de précipiter les choses car il se mettrait en position de faiblesse pour négocier. Une stratégie partagée par un représentant d’une partie des créanciers : « La restructuration donne de l’air pour qu’il ne négocie pas la vente d’actifs avec le couteau sous la gorge. Ce serait mauvais pour lui et donc pour nous », explique-t-il.

Accélérer le processus
En même temps, deux raisons poussent à ne pas s’éterniser. La première, c’est le nouvel échéancier signé en mars dernier. L’équation est simple : si Altice fait défaut au paiement d’intérêts ou au remboursement d’une échéance, les porteurs de dette prennent le contrôle du groupe. Les revenus dégagés par les entités d’Altice France, le matelas des différentes cessions faites en 2024 (BFMTV-RMC, La Poste Mobile, Ultra-Edge) et certaines en cours (son opérateur d’infrastructure de fibre, XPFibre) permettent d’envisager sereinement la première grosse échéance de 2028, mais difficilement au-delà. « Il va devoir continuer les cessions », annonce un financier. Comme il l’a fait sur la dette, Drahi a donc intérêt à prendre les devants dans la négociation.

La deuxième raison, c’est le contexte politique. Quel que soit le scénario de vente - par appartement ou dans le cadre d’un rachat par les trois rivaux qui se répartiraient alors la bête -, celui-ci prendra du temps. Les opérateurs français, notamment, pensent à raison ou à tort que la consolidation fait désormais consensus dans l’esprit des politiques et régulateurs. La présidentielle de 2027 n’est cependant pas si loin. Le pire, pour les protagonistes du dossier, serait que cette vente ne devienne un objet politique en pleine campagne.

Fusée à trois étages
Orange, Bouygues Telecom et Free se sont donc mis autour de la table avant l’été. Malgré une dizaine de rencontres, les négociations ont achoppé. Après une pause estivale à partir du 29 juillet, elles ont repris depuis fin août, sans progrès notable. « C’est une fusée à trois étages : il faut d’abord répartir les actifs, s’accorder sur un prix, et préparer le passage devant les autorités de concurrence. On bute sur la première étape », indique un observateur. Orange, nécessairement plus en retrait car ne pouvant pas avaler trop d’actifs pour des raisons de concurrence, laisse Bouygues Telecom et Free s’écharper.

Leurs états-majors ne s’entendent notamment pas sur la répartition des bases d’abonnés premium, low cost (marque RED) ou professionnelles (SFR Business) de l’opérateur au carré rouge. « Les deux opérateurs ne veulent pas que l’un et l’autre se passent devant en parts de marché à l’issue du deal », estime cette source. Tout juste, les opérateurs se sont mis d’accord sur la création d’un consortium pour gérer l’acquisition de SFR s’ils venaient à toper. « C’est une structure de défaisance qui permettrait de faire une offre commune, gérer la migration des actifs et des bases de clients durant une période intermédiaire », indique une analyste.

Enjeux de souveraineté
Ce consortium n’est toutefois qu’une chimère s’ils ne parviennent pas à tomber d’accord. Mais ont-ils le choix ? Pour Sylvain Chevalier, spécialiste du marché télécoms chez BearingPoint, les acteurs tricolores auraient tout à perdre de l’arrivée d’un repreneur tiers pour SFR. « Un nouvel acteur va forcément vouloir relancer l’opérateur et remettre une pièce dans la guerre des prix sur un marché déjà ultra-compétitif. » Un des trois opérateurs s’accroche à l’idée qu’il n’y aura pas de prétendant. « Les prix sont trop bas, ce qui pose un problème de rentabilité pour un investisseur étranger », estime-t-il.

Du point de vue de Bercy également, qui s’est dit en juillet préoccupé par les enjeux de souveraineté, on doute que l’hypothèse séduise. SFR est un opérateur d’infrastructure vitale (OIV), qui détient bon nombre d’infrastructures très sensibles au cœur des réseaux français. C’est aussi le cas d’Orange, Bouygues Telecom et Free, détenus par des intérêts tricolores et soumis de surcroît à la régulation du gendarme des télécoms (Arcep). Autant de critères qui font défaut aux acteurs non-tricolores.

L’hypothèse d’un acteur étranger
Au-delà des enjeux de souveraineté et de sécurité des communications, l’État aura également des arrière-pensées patrimoniales. « En face du bureau de Marc Ferracci (le ministre chargé de l’Industrie, NDLR), il y a celui de l’Agence des participations de l’État, actionnaire d’Orange. L’État, qui doit prochainement céder un peu du capital, doit le faire dans les meilleures conditions financières possibles », explique un bon connaisseur des télécoms. Une consolidation porterait la hausse de l’action de l’ex-France Télécoms. L’arrivée d’un acteur étranger, qui renforcerait la concurrence, ferait au contraire pression à la baisse.

Pour autant, l’hypothèse d’un non-accord entre les trois n’est pas nulle. Selon nos informations, Bouygues, Orange et Free, qui avaient prévu de déposer une offre indicative le 3 octobre, vont sans doute faire glisser ce délai. Sans accord, il n’est pas impossible que l’un d’entre eux, Bouygues, ne tente un raid en solitaire.

Devant ces atermoiements, les fonds d’investissement et autres opérateurs alternatifs se disent qu’ils ont une carte à jouer. À entendre une source, ces derniers toquent depuis un mois à la porte des banquiers de Drahi, Lazard et BNP Paribas. Ils sont attirés par certains appartements d’Altice France : le réseau fixe, le réseau longue distance, le marché professionnel ou encore les actifs ultramarins.

Patrick Drahi pourrait être tenté de vendre quelques morceaux de son empire en attendant qu’une solution se dessine pour l’immeuble. L’accord avec les créanciers lui laisse une certaine latitude pour les transactions dont le prix de vente ne dépasse pas 3 milliards d’euros, mais leur donne un droit de veto au-delà. « Les créanciers n’ont pas de préférence sur l’identité des acheteurs, que ce soit fonds ou opérateurs, mais ils seront attentifs aux prix. Ils veulent récupérer leur argent et espèrent que ce dernier aura fait des petits », explique-t-on dans l’entourage des porteurs de dette.

Le casse-tête d’une vente à la découpe
Cette vente à la découpe valoriserait sans doute mieux les actifs, mais constituerait un casse-tête vu leurs imbrications à des ensembles plus larges. « SFR, c’est le résultat de 20 ans d’achats successifs, avec des morceaux de réseaux et de systèmes d’information qui s’empilent, qui supportent chacun des actifs matériels et des bases de clients », alerte Olivier Lelong, délégué syndical central CFDT de SFR.

Dans le scénario d’une consolidation, la migration des 19,3 millions de clients mobiles comme des 6,1 millions du fixe promet un sacré bazar. « Cela fait de gros volumes de cartes SIM à bouger, dans le grand public, la clientèle professionnelle ou encore les cartes SIM IoT (ascenseurs, armoires de rues). Il va y avoir de l’engorgement sur la portabilité », martèle le patron d’un opérateur alternatif.

Au niveau juridique, les contrats passés avec les entreprises par SFR Business, que l’entité soit reprise par des opérateurs ou des fonds, entraîneront également des renégociations en cascade. À entendre plusieurs sources, cette migration prendrait deux ans, au moins, dans le cas d’un passage de quatre à trois opérateurs.

La crainte d’une nouvelle saignée
La migration des salariés s’annonce aussi délicate. Les syndicats de SFR sont inquiets et craignent une nouvelle saignée, après la suppression de 5 000 postes en 2017 et 1 700 postes en 2021. « Si on devait être racheté par les trois opérateurs français, l’impact serait énorme », confie Olivier Lelong. Selon ses calculs, deux tiers des 8000 emplois de SFR sont à risque. « Certaines fonctions sont relativement proportionnelles à la base d’abonnés, donc il y aura des gens repris. Mais il y a des foyers de synergies dans les fonctions marketing, finance, ressources humaines, communication », confirme Sylvain Chevalier, de Bearing Point. Dans le projet de consortium, les opérateurs ont d’ailleurs prévu de provisionner une somme d’un milliard d’euros pour faire face aux probables coûts de restructuration, selon nos informations confirmant celles parues dans La Lettre. Chez les syndicats des trois autres opérateurs, on surveille de très près le sujet car l’intégration des salariés de SFR pourrait se faire au détriment des emplois en place. « Au-delà des fonctions supports et des systèmes d’information, il y a des doublons sur les boutiques, une partie du réseau en zone très dense », analyse Sébastien Crozier, président de la CFE-CGC Orange.

Les syndicats de SFR, eux, espèrent secrètement une tentative de reprise par un chevalier blanc : un opérateur étranger, seul ou dans le cadre d’un tour de table mené par plusieurs investisseurs, prêt à reprendre la main. « Le deuil n’est pas fait chez les salariés. Patrick Drahi, par ses méthodes prédatrices et ses choix commerciaux, nous a mis dans cette situation, mais il y a encore un attachement à la marque », indique Olivier Lelong. Cette alternative a toutefois peu de chance de se concrétiser. Pragmatiques, les syndicats tentent déjà des approches auprès de Bercy pour limiter la casse sociale. « Il n’y a aucun projet sur la table, mais nous avons beaucoup d’options », indique au Figaro le ministère de l’Économie, faisant miroiter des engagements de maintien de l’emploi. Une idée qui n’effraie pas les repreneurs tricolores. « Le sujet salarial est marginal dans l’accord. En tout cas, l’idée de maintenir les emplois ne neutralise pas l’intérêt de l’opération », promet un opérateur.

La grande inconnue dans ce Monopoly géant reste la position des gendarmes, que ce soit l’Arcep ou l’Autorité de la concurrence. N’ayant aucun projet sur la table, ils se refusent à spéculer. « Nous avons des sujets d’attention », a quand même indiqué au Figaro la patronne de l’Arcep, Laure de La Raudière, début septembre. Niveau des prix, poursuite des investissements ou encore attribution des fréquences seront notamment suivis de près. S’agissant des prix, aucun des interlocuteurs interrogés ne croit à une inflation dans le cas d’une consolidation. « Il y aura une baisse de certaines opérations promotionnelles. Mais Free ne touchera jamais à ses forfaits à 2 € ou 19,99 € sur le mobile », estime un analyste. Sur les autres sujets, les opérateurs devront à l’évidence faire des compromis. « Les remèdes comportementaux, ce n’est pas un problème en soi. Tout dépendra de l’ampleur », conclut un opérateur.

WSJ : Peter Thiel and the Antichrist

Peter Thiel and the Antichrist
Plus, AI’s world-model playgrounds, the brewing Zuck vs. Musk battle and a look at AI’s spending problem, in this edition of the Technology newsletter

For about a year now, Peter Thiel—billionaire tech investor, devout Christian, major GOP kingmaker—has been publicly laying out his understanding of biblical prophecies and how he thinks the world might end.

We reviewed his recent lectures to piece together Thiel’s theological theories. First, existential risks will present themselves in the form of nuclear war, environmental disaster, dangerously engineered bioweapons and even autonomous AI-guided killer robots.

As humans race toward a last battle—the Armageddon—a one-world government will form, promising peace and safety. In Thiel’s reckoning, this totalitarian authoritarian regime, with real teeth and real power, will be the coming of the modern-day Antichrist.

This month, Thiel is expanding on these talks by leading a closed, four-part lecture series in the heart of San Francisco. The second lecture happened this past Monday, and the series will end in early October.

Given Thiel’s investments in not just any tech, but in data, AI, defense and weapons development, I was curious to understand what else he might add to his biblical interpretations. So I interviewed people who know Thiel, those who don’t but are attending the lecture series and even some Christian ministers—and I listened to hours of Thiel’s past talks on the Antichrist—to make sense of it all.

Le Figaro : Nicolas Baverez : «Envolée des cours de la Bourse aux États-Unis, ch

Nicolas Baverez : «Envolée des cours de la Bourse aux États-Unis, chronique d’un krach annoncé»

CHRONIQUE - Le surinvestissement actuel, dopé par l’IA, est d’autant plus dangereux qu’il se développe sur fond de déstabilisation des échanges et des paiements mondiaux créée par la politique de Donald Trump.

Alors que les tensions commerciales, monétaires et géopolitiques s’accumulent, Wall Street flambe. Le S&P 500 a battu quatorze records et progressé de 14 % depuis le début de l’année. Cette envolée des cours se fonde tout entière sur le pari de l’intelligence artificielle (IA). Les huit principales entreprises spécialisées dans l’IA représentent 36 % de la capitalisation du S&P et les deux tiers de celle du Nasdaq.

La configuration boursière de 2025 présente de nombreux signaux d’alerte. En cinq ans, la hausse du S&P 500 a atteint 89 %, avec une valorisation de l’indice atteignant 28 fois les bénéfices des entreprises contre 27 fois en 2007, à la veille du krach des subprimes ; le Nasdaq s’est envolé de 91 %, avec une valorisation de 35 fois les bénéfices contre 40 fois en 2000, à la veille du krach internet. Par ailleurs, quatre entreprises - Amazon, Meta, Microsoft et Alphabet - investiront cette année 365 milliards de dollars dans des projets d’IA dont la rentabilité est plus qu’aléatoire. Enfin, les huit géants de la technologie multiplient les prises de participation et les opérations croisées, à l’image de l’investissement de 100 milliards de dollars de Nvidia dans OpenAI ou de la commande à Oracle par OpenAI de 300 milliards de serveurs équipés de puces Nvidia, qui stimulent l’ascension du cours de leurs actions sans création de valeur tangible.

L’autre manifestation de la montée en puissance des technologies se situe dans les cryptomonnaies. Leur capitalisation boursière a progressé de 830 milliards de dollars en 2023 à 3 900 milliards en septembre 2025, alors qu’elles ne font l’objet d’aucune régulation en raison de leur nature transfrontière et de l’anonymat des opérations. En 2024, elles ont traité 35 billions de dollars de transactions contre 15,7 billions pour Visa et tendent de plus en plus à proposer des services bancaires, notamment du crédit, à leurs clients. Or le krach de 2008 a souligné les risques systémiques qui naissent à la frontière des secteurs très régulés - la banque et l’assurance - et des activités qui se développent hors de toute régulation.

Dégradation de l’économie américaine

L’emballement des marchés d’action aux États-Unis est d’autant plus dangereux qu’il se développe sur fond de déséquilibres majeurs de l’économie américaine et de déstabilisation des échanges et des paiements mondiaux créée par la politique de Donald Trump.

La prise de contrôle du bureau des statistiques par l’Administration Trump - qui fait écho à la décision de Xi Jinping d’interdire la publication des données sur le chômage des jeunes - ne suffit pas à masquer la dégradation de l’économie américaine. La hausse des droits de douane de 4 % à 18 % en moyenne et la répression aveugle de l’immigration ont provoqué un net ralentissement de l’activité, dont le rythme annuel est revenu de 2,8 % à 1 %, tandis que l’inflation s’élève à 3,5 %.

Les créations d’emplois chutent et 80 000 postes de travail ont été supprimés dans l’industrie depuis le début de l’année. Le chômage touche désormais 4,3 % des actifs, dont 2 millions de personnes depuis plus de six mois. La hausse des profits n’est obtenue que par la compression des salaires qui pèse sur la demande ainsi que par des baisses d’impôts financées par la dette. En guise d’âge d’or, pointe une stagflation qui rappelle les années 1970.

Le deuxième risque est budgétaire. Le One Big Beautiful Bill a programmé 4 500 milliards de dollars de baisses d’impôts concentrées sur les entreprises (réduction de l’impôt sur les sociétés de 35 à 21 %) et sur les plus riches. L’augmentation des droits de douane est très loin de couvrir la chute des recettes fiscales, avec pour effet de porter le déficit à plus de 7 % du PIB. Or la dette publique s’élève déjà à 37 000 milliards de dollars, soit 120 % du PIB, et son service à 3,8 % du PIB. L’incertitude radicale engendrée par les décisions erratiques de Donald Trump et la dévaluation compétitive du dollar de plus de 10 % achèvent de fragiliser la dette souveraine des États-Unis. Dégradée, elle voit sa prime de risque augmenter et la défiance des investisseurs s’installer, ce qui se traduit par des sorties nettes de capitaux depuis le début de l’année.

Les barons voleurs

Les marchés d’action sont également affectés par la désintégration de l’État de droit qui accompagne le retour en force d’un capitalisme oligarchique fondé sur la prédation. Une fusion est opérée entre l’État, la finance et la technologie, qui converge vers la remise en question des instances de régulation. Avec pour symbole, après le désarmement de la SEC, la mise au pas de la Fed et de son président, Jerome Powell, accusé de ne pas baisser les taux suffisamment rapidement alors que l’inflation rebondit. 

« La Fed devrait être indépendante, mais je pense qu’elle devrait écouter des gens intelligents comme moi. Je crois avoir un meilleur instinct que Jerome Powell » assène Donald Trump, défendant la même stratégie qui a ruiné la Turquie de Recep Tayyip Erdogan. Sous la confusion installée entre l’État et des intérêts privés de la famille Trump, notamment dans les hôtels ou les cryptomonnaies, pointe le retour en force des barons voleurs que Theodore Roosevelt, avec l’aide de la loi Sherman de 1890, avait difficilement éradiqués.

La même politique prévaut au niveau international avec le démantèlement du multilatéralisme et des institutions qui avaient été créées pour gérer les risques planétaires financiers, sanitaires, technologiques, climatiques ou stratégiques. Avec là encore pour conséquence un freinage brutal de la croissance mondiale, amputée de deux points, et du commerce international, en recul de 0,5 à 1,5 % quand était attendue une hausse de 2,7 %.

Secousses du capitalisme

Les États-Unis de 2025 cumulent donc l’emballement de la spéculation, portée par les investisseurs individuels, l’expansion non maîtrisée du crédit et une dérégulation massive. Soit très exactement les ressorts qui furent à l’œuvre dans les années 1920 et 2000 et qui se trouvent aggravés par la destruction des garde-fous qui ont été construits au fil des crises pour contenir les inévitables secousses du capitalisme.

Un nouveau krach serait ravageur pour les États-Unis comme pour l’économie mondiale. Franklin Roosevelt soulignait à raison que « nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par le crime organisé que par l’argent organisé ». En tournant le dos à tous les enseignements des chocs du passé, l’Amérique de Donald Trump s’expose à une nouvelle secousse boursière dévastatrice. Aux antipodes de la stratégie suicidaire poursuivie par Ursula von der Leyen, l’intérêt de l’Europe ne consiste nullement à s’arrimer à l’Amérique illibérale et prédatrice de Donald Trump pour se voir transférer - comme en 2008 - tous les coûts de ses excès spéculatifs, mais de s’en éloigner et de s’en protéger en construisant un capitalisme et une puissance autonomes.

Le Monde : Le retour en grâce d’Erik Prince, fondateur de Blackwater

Le retour en grâce d’Erik Prince, fondateur de Blackwater
L’ancien PDG de « l’armée privée la plus puissante du monde » reprend son business de la guerre et de la sécurité à travers son entreprise Vectus Global, prônant sans ambages une nouvelle forme de colonialisme dans les Etats rongés par la corruption.

Erik Prince est de retour. A Haïti ou au Salvador en passant par le Pérou, l’Equateur et jusqu’à la République démocratique du Congo (RDC) ; de la lutte contre le trafic de drogue, l’expulsion de migrants illégaux, la guerre contre les groupes armés non étatiques ou la sécurisation de carrés miniers en Afrique, l’ancien PDG et fondateur de la société de sécurité privée Blackwater multiplie les apparitions depuis la réélection, fin 2024, de son meilleur allié à la Maison Blanche, Donald Trump, dont il est un ardent supporteur.

Certes, ce n’est plus le flamboiement d’il y a une vingtaine d’années. L’ancien militaire du commando d’élite de la marine américaine, les Navy Seals (acronyme de Sea, Air, Land : « mer, air et terre »), héritier d’une riche famille établie sur les rives du lac Michigan, dirigeait alors Blackwater – rebaptisée depuis Academi –, « l’armée privée la plus puissante du monde », pour reprendre le titre du livre enquête de Jeremy Scahill (éd. Actes Sud, 2008).

C’étaient les années de présidence de George W. Bush (2001-2009), celles de la privatisation de la défense américaine menée tambour battant par le secrétaire à la défense de l’époque, Donald Rumsfeld. En 2006, trois ans après l’invasion de l’Irak par les forces américaines, il y avait là presque autant de contractuels que de GI engagés dans « la guerre contre la terreur ». Blackwater comptait plus de 20 000 employés et autant de réservistes.

Puis Erik Prince fut contraint de revendre son fleuron après la tuerie de la place Nisour, en 2007, au cours de laquelle 17 civils innocents tombèrent à un carrefour sous les balles des mercenaires de Blackwater escortant un convoi de l’ambassade américaine à Bagdad. Les quatre contractuels impliqués dans la fusillade, jugés et condamnés à leur retour aux Etats-Unis, ont ensuite été graciés par… Donald Trump à la fin de son premier mandat.

Dorénavant, Vectus Global, la tête de pont du système Erik Prince, ne compterait que quelques dizaines d’employés permanents. Mais l’entreprise chapeaute une myriade de sociétés de sécurité, dont certaines enregistrées dans les Emirats arabes unis. Si l’architecture légale a changé, le secteur d’activité est le même : le business de la guerre et de la sécurité, source de profits financiers là où les Etats faibles vacillent. Et, à l’entendre, un certain nombre d’Etats africains entrent dans ce cadre.

Pallier la faillite sécuritaire
Le 15 février, sur son podcast « Off Leash », Erik Prince jugeait qu’« il est temps [pour les Etats-Unis] d’endosser de nouveau le costume impérialiste et de dire que l’on va gouverner ces pays incapables de le faire eux-mêmes (…) tous ces gouvernements africains qui ne pensent qu’à piller et se remplir les poches ». Interrogé pour savoir s’il prônait une nouvelle forme de colonialisme, il répondait : « Oui, absolument oui. »

Pourquoi pas la RDC ? Etat faible rongé par la corruption, pays immense déstabilisé par des années de guerre civile mais aux richesses minérales considérables, il a de quoi aiguiser les nouvelles ambitions du « civilian warrior » (« guerrier civil »), tel qu’il se définit lui-même. D’autant qu’il n’est pas là en terre inconnue. Il y a développé des affaires en 2015 dans le domaine de la logistique, au service d’entreprises minières chinoises qui dominent le secteur, ainsi que dans le domaine diamantifère au Kasaï, selon plusieurs sources.

C’est en 2023 que son nom commence vraiment à circuler, dans le contexte guerrier de la résurgence, après dix ans de sommeil, du Mouvement du 23 mars (M23). Constitué autour de membres de la communauté tutsi de l’extrême est du Congo disant se battre pour la défense de leurs droits bafoués, cette rébellion congolaise ne serait probablement rien sans le soutien stratégique, physique, technologique et financier du Rwanda voisin. Face à eux, les Forces armées congolaises et leurs milices alliées n’ont fait que reculer.

D’où l’idée de Kinshasa de faire appel à des intervenants étrangers pour pallier sa faillite sécuritaire. Erik Prince se met alors sur les rangs. « Les autorités congolaises ont planifié l’envoi de 2 500 contractuels originaires de Colombie, du Mexique et d’Argentine au Nord-Kivu pour stopper l’avancée du M23 et sécuriser les zones minières dans l’Est [conformément à] un accord conclu entre la RDC et les Emirats arabes unis », écrit, en décembre 2023, le groupe d’expert des Nations unies sur la RDC.

Six mois plus tard, ils précisent leur propos, affirmant qu’Erik Prince dirige les négociations pour ce déploiement – à l’époque de Blackwater, déjà, le sous-continent américain constituait son principal vivier de contractuels. Le projet serait alors soutenu par Kahumbu Mangungu Bula, alias Kao, conseiller personnel à la sécurité du président Félix Tshisekedi, et « l’un des hommes clés des relations avec les Etats-Unis », glisse un membre du sérail présidentiel congolais. Les Emirats arabes unis, pays dans lequel Erik Prince a rebondi après avoir précipitamment quitté les Etats-Unis en 2010, ont démenti leur implication.

« Police des mines »
Ce projet n’avait pas eu de suite. Les seuls contractuels alors déployés au Nord-Kivu étaient ceux d’Agemira, société fondée par le Français Olivier Bazin et recrutant essentiellement d’anciens militaires français, travaillant main dans la main avec les Roumains de l’entreprise Congo Protection. Mais l’effondrement de toute l’architecture sécuritaire congolaise étrangère dans l’est du pays, à partir de fin 2024, va libérer le terrain pour Erik Prince.

En décembre 2024, Kinshasa conclut un contrat de cinq ans avec lui par le biais d’un système complexe d’entreprises dont certaines sont implantées aux Emirats arabes unis. « Ce contrat comporte deux volets. L’un minier, l’autre sécuritaire. Le premier permettant de financer le second », explique une très bonne source. Autrement dit, une déclinaison de la politique de Donald Trump, adepte des « deals » business contre sécurité sur la scène internationale.

Dans le cas précis de la RDC, Washington négocie depuis plusieurs mois avec Kinshasa la contrepartie économique – dans le domaine des minerais stratégiques essentiellement – de son engagement pour aboutir à un accord de paix durable dans l’est du pays et le garantir.

Erik Prince ne dit rien d’autre. Selon les experts de l’Organisation des Nations unies, il propose de « sécuriser le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri [trois provinces de l’est de la RDC] grâce à la formation et au déploiement de troupes au sol et à l’exploitation de moyens aériens, y compris des drones armés ».

La partie financière repose sur la mise en place d’une « police des mines » chargée de percevoir des recettes fiscales auprès des miniers. « Nous mettons sur pied une brigade financière en apportant l’expertise nécessaire, en améliorant les compétences des forces de l’ordre locales dans leur lutte contre le trafic [l’exportation illégale de minerais] et la fraude fiscale », confirme Erik Prince dans un entretien publié, le 11 septembre, par l’hebdomadaire français Le Point.

« Une tour de Babel »
Selon un élu congolais originaire de l’Est, recoupé par d’autres témoignages, « une centaine de contractuels armés sud-américains ont été vus, au mois de juillet, à bord de véhicules de l’armée congolaise dans les rues de Walikale ainsi que sur le tarmac de l’aéroport de Kisangani ». « Ils étaient peut-être là pour sécuriser les installations d’Alphamin », avance-t-il. Cette société exploite l’important gisement d’étain de Bisie (6 % de l’offre mondiale en 2024, 3e mine au monde en termes de production), sur le territoire administratif de Walikale.

Alphamin avait suspendu temporairement son activité en mars, jusqu’au retrait, « sous pression américaine », du M23 de Walikale, confiait alors au Monde un dirigeant du M23. Détenue jusqu’à récemment par un fonds d’investissement anglo-américain, Alphamin Resources Corp est en cours de rachat par un groupe émirati, International Resources Holding.

« Rien ne dit que ces Sud-Américains sont là dans le cadre du contrat d’Erik Prince. Une partie de l’Est non contrôlée par le M23, et Kisangani, est devenue une tour de Babel avec des contractuels slaves, sud-américains, turcs, est-européens, israéliens… sans parler des Forces armées congolaises. On ne sait pas qui fait quoi », explique un observateur étranger statutairement astreint à l’anonymat, de retour de cette ville clé qui verrouille l’accès à Kinshasa, beaucoup plus loin à l’ouest. « Mais ce n’est pas exclu » qu’ils soient envoyés par le chef de Vectus Global, ajoute-t-il.

Drones armés contre les gangs
Un ministre congolais affirme quant à lui que « le contrat d’Erik Prince auprès des miniers porte sur des activités au Katanga, pas les Kivus ». Situé au sud de la RDC, le Katanga est le coffre-fort minier du pays. Là où se situent les principaux gisements de cuivre et de cobalt exploités essentiellement par des entreprises chinoises. Erik Prince aurait promis aux autorités congolaises de faire rentrer dans les caisses du pays les recettes fiscales que les miniers rechigneraient à payer, tout en se servant au passage. D’où cette proposition de « police des mines ».

« Vous pensez qu’on les fera payer en frappant gentiment à leurs portes ? », demandait Erik Prince dans une autre vidéo, postée sur X. Sous-entendu : la manière forte est le meilleur moyen pour collecter les taxes des récalcitrants. « Pour le moment, il n’y a rien de concret », relativise le ministre congolais précité. Les termes de l’accord conclu avec Kinshasa seraient très génériques. C. S., un Franco-Américain voulant garder son anonymat, s’occupe pourtant à Kinshasa du volet sécuritaire du contrat, qu’une de nos sources évalue à 800 millions de dollars (680 millions d’euros).

Ce « modèle » économique est globalement celui qu’il met en place à Haïti. Là, l’ancien patron de Blackwater dit avoir conclu, en mars, un accord de dix ans avec les autorités de cette île des Caraïbes, mise en coupe réglée par des gangs armés. Dans une interview donnée mi-août à l’agence de presse Reuters, il se fixait comme objectif de stabiliser la sécurité du pays avant de participer à la conception et la mise en place d’un système de collecte des taxes sur les produits importés en Haïti depuis la République dominicaine.

Il ponctionnera une partie des recettes douanières en échange de son « expertise » sécuritaire. Sa marque de fabrique ? L’utilisation de drones armés contre les gangs. Selon un rapport des Nations unies, 233 membres de gangs ont ainsi été éliminés en avril et en mai, ainsi que trois civils. « Le modèle Erik Prince se caractérise par sa participation aux combats, la congruence avec les activités minières, l’opacité de ses opérations », explique Djenabou Cissé, spécialiste des entreprises de services de sécurité et de défense en Afrique au sein de la Fondation pour la recherche stratégique.

« Sans oublier, ajoute-t-elle, les liens avec l’administration américaine. » Issu d’une famille historiquement républicaine et ultraconservatrice, Erik Prince s’est d’ailleurs souvent vanté de sa proximité avec l’entourage de Donald Trump. Parmi ses proches, tout particulièrement ceux du deuxième mandat, figurent deux poids lourds de la sécurité américaine : le secrétaire à la défense Pete Hegseth et la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard.

Le Monde : Les étrangers adorent la France… mais ont toujours du mal avec les Fr

Les étrangers adorent la France… mais ont toujours du mal avec les Français
Si la France séduit par sa culture et son art de vivre, les Français eux-mêmes restent souvent mal appréciés et caricaturés en peuple arrogant et impoli. Une ambivalence qui interroge le bien-fondé des sentiments antifrançais à l’étranger.

Avec légèreté ou sans détour, bien des Occidentaux nourrissent à l’égard des Français une forme d’agacement tenace – une antipathie que la France, dans sa superbe, feint souvent de ne pas entendre. Sous-estimée dans l’Hexagone, cette réalité devient tangible pour ceux qui voyagent et entendent des remarques devenues presque banales comme : « Je t’aime bien, tu ne fais pas français. » Une expérience suffisamment répandue évoquée sur les forums communautaires comme les américains Reddit ou Quora.

Pourtant, la culture française continue de séduire le monde occidental. Avec 32 millions de tickets vendus à l’international, la France est aujourd’hui le premier exportateur de films non anglophones. Sur le service de streaming Spotify, les écoutes de la musique francophone ont bondi de 94 % depuis 2019. Et en 2023, LVMH, suivi de près par Hermès et Dior, a enregistré un chiffre d’affaires dépassant les 86 milliards d’euros, confirmant le règne mondial du luxe français. Cette même année, la France a accueilli le plus de touristes au monde : environ 100 millions de personnes, dont plus de 6 millions ont visité le Musée du Louvre. Autrement dit, si les Français n’ont pas une bonne image à l’international, ce n’est pas la faute de la culture française, mais plutôt des caractéristiques et des comportements qui leur sont associés en tant qu’individus.

Dans certaines cultures, l’antipathie envers les Français est une quasi-tradition. Dès la guerre de Cent Ans, au Moyen Age, les Anglais les caricaturent en chevaliers vantards et arrogants. Dans Henri V (1599), Shakespeare prolonge ce stéréotype : à la veille de la bataille d’Azincourt, que les Français finiront par perdre, le connétable et le dauphin Louis s’attardent longuement sur la prestance de leurs armures et la noblesse de leurs chevaux. Sous Louis XIV, le moraliste Jean de La Bruyère dénonce lui-même l’artificialité des mœurs françaises. Cette condamnation du paraître se diffuse largement en Europe, en même temps que les protestants, acculés à l’exil.

Décadence et chaos
Au siècle suivant, Ignacy Krasicki reprend cette critique dans le poème polonais La Femme à la mode (1779), où l’imitation du style de vie français mène les personnages à la décadence morale. A la Révolution, les premiers insurgés deviennent aux yeux des monarchies européennes des semeurs de chaos, prêts à exporter leur fièvre. Puis, l’ambition militaire de Napoléon, à la fin du XVIIIe siècle, renforce l’image d’une nation prétentieuse et belliqueuse.

C’est au XXe siècle que les stéréotypes contemporains se durcissent. La défaite face à l’Allemagne nazie en 1940 – souvent réduite, à tort, à une reddition facile – alimente l’idée d’un peuple à la fois hautain et lâche, bientôt moqué dans la presse européenne puis dans des blagues récurrentes, reprises aujourd’hui par les séries animées américaines Les Simpson ou Les Griffin (Family Guy).

Ces représentations ne relèvent pas que du passé. Après le refus de participer à la guerre en Irak en 2003, les Français sont perçus comme déloyaux, et certains restaurateurs américains rebaptisent leurs frites, French fries en anglais, en « freedom fries », frites de la liberté. Interrogé en 2020 par le magazine britannique The Face, le propriétaire de Firehouse BBQ en Alaska, qui continue de vendre des « freedom fries », résume simplement : « Je n’ai jamais été fan des Français. (…) Je ne les aime pas. »

Ce sentiment est largement partagé. Des tests de complétion de phrases, publiés dans la revue scientifique Corela en 2012, ont révélé que l’adjectif le plus fréquemment choisi par les participants britanniques (38 %) pour terminer la phrase « Les Français sont… » était « impolis » (« rude »). Pour la phrase « Elle est française, mais… », la réponse la plus courante (19 %) était « elle n’est pas si terrible que ça » (« she’s not that bad »). Pourtant, dans les pays anglo-saxons, l’hostilité s’accompagne d’un apprentissage très répandu de la langue de Molière, marquant là encore une différence dans la valorisation de ce qui relève de la culture française et de la population.

La boulangère et la fleuriste
Si l’histoire des stéréotypes sur les Français est riche, encore faut-il savoir si ceux-ci ont un fondement dans la réalité contemporaine. Les représentations négatives des Français sont encore répandues. Sortie en 2020, la première saison de la série américaine Emily in Paris, qui caricature le style de vie parisien, a été visionnée par 58 millions de foyers dans le monde. Au-delà des clichés sur les employés de bureau flemmards, c’est surtout l’image de la boulangère ou de la fleuriste méprisantes qui trouve un écho chez de nombreux touristes qui partagent en ligne les aperçus de leur séjour en France.

Car, comme la plupart des habitants de n’importe quel pays, les Français peuvent aussi se montrer franchement désagréables… si on l’est avec eux en premier. Une définition de l’impolitesse différente de celle d’autres pays occidentaux ? Une étude publiée en 2021 dans la revue Studies About Languages montre qu’en France la coopération dans les interactions – comme servir un café d’une manière efficace et polie – dépend étroitement des règles de bienséance. Un « bonjour » ne précède pas simplement l’échange aimable, mais il en conditionne la possibilité même. Ceci n’est pas nécessairement le cas dans d’autres pays d’Europe, où un excès de courtoisie peut même susciter de la méfiance. Or, en France, à défaut de se conformer à des conventions souvent implicites, le client issu d’une autre culture peut se heurter à une certaine résistance.

Néanmoins, un article du Guardian paru en 2024 suggère que même les Parisiens sont aujourd’hui perçus comme moins froids qu’auparavant : une évolution attribuée en partie à l’amélioration de leur niveau d’anglais. Reste encore à faire face au stéréotype du touriste français arrogant, râleur, et critique de tout ce qui n’est pas « à la française ».

Bashing sur Internet
Nourrir de l’hostilité envers une nation à partir de clichés historiques ou de vécus est assez universel. Cependant, les jeunes générations ont fait émerger en ligne une francophobie inédite, véhiculée par un humour absurde. Ce discours antifrançais, présent dans des commentaires ou des mèmes (vidéos ou images détournées et dupliquées, souvent avec humour), est désormais l’un des codes de la culture Internet.

Fin mars 2025, une tendance TikTok a placé les Français au centre d’un jeu comparatif entre pays. Sur un remix du tube Bad Romance de Lady Gaga, la phrase « I don’t wanna be friends » (« Je ne veux pas que nous soyons amis ») était détournée en « I don’t wanna be French » (« Je ne veux pas être française »). La tendance a gagné l’Europe et les Etats-Unis, chaque nation l’adaptant pour se mettre en valeur ou se moquer des Français. Les Italiens montraient leurs bidets, jouant sur le stéréotype de la mauvaise hygiène française, tandis que les Espagnols insistaient sur leur mode de vie détendu et festif, à l’opposé des Français coincés.

Rien que durant la première semaine, plus de 8 000 vidéos avec ce son ont été postées sur TikTok, cumulant 241 millions de vues et 23 millions de likes. Ce chiffre inclut toutefois les réponses françaises. Outre ceux qui affichaient « I wanna be French » (« je veux être français ») et brandissaient leur carte Vitale, des marques et figures politiques ont aussi saisi l’occasion pour promouvoir la culture française. Gabriel Attal a notamment partagé un montage mêlant des célébrités françaises à des images de fromage et de vin – une illustration du soft power français condensé sur dix-sept secondes. Mais, cherchant à valoriser la culture française, la réplique nationale a plutôt servi à reproduire les mêmes stéréotypes de Français hautains et incapables d’autodérision.

Sixième au Global Soft Power Index de Brand Finance, la France demeure incontestablement une puissance culturelle. Que l’on s’en moque parfois sur TikTok n’efface pas ses siècles de prestige, mais signalise plutôt une forme de trop-plein. Reste à apprendre à rire de soi sans se laisser définir par les clichés, ni trop s’en offusquer. Après tout, les Français ont aussi la réputation d’être d’excellents artistes, intellectuels et amants.

NY Times : Why Don’t Data Centers Use More Green Energy?

Why Don’t Data Centers Use More Green Energy?
Reliance on fossil fuels is almost unavoidable — at least for now.

It’s been a big week for A.I. data centers. That means it’s also been a big week for coal and natural gas.

Nvidia this week announced a $100 billion investment to support OpenAI’s enormous build-out of data centers that use its chips. The next day, OpenAI said it had signed deals with SoftBank and Oracle to build five new data centers as part of the Stargate Project, a $500 billion plan for A.I. infrastructure. (The three companies unveiled it at the White House back in January.)

The announcements are the latest in a global push to speed the construction of A.I. data centers. OpenAI, Amazon, Google, Meta and Microsoft are together spending more than $325 billion on them by the end of the year. To stay on the bleeding edge, the companies want the latest processors, cooling systems, facilities — all running 24/7 on mind-bending quanta of electricity.

In the U.S., more than half of that power is coming from fossil fuels.

President Trump, who called green energy a “scam” at the U.N. General Assembly this week, has enthusiastically endorsed natural gas, coal and oil. He has also subsidized them. As part of his official A.I. plan, he pledged to scrap “radical climate dogma and bureaucratic red tape” and fast-track fossil fuel projects instead.

But there are reasons beyond politics that help explain why smog-spewing fossil fuels have become the go-to power source for futuristic data centers. The pairing is almost unavoidable — at least for now.

Renewables
Sprawling solar farms, windmills and hydroelectric dams are the best energy options for the planet, and usually the cheapest. Their economic upside has made them, collectively, the fastest-growing power source for data centers worldwide.

But renewables often can’t shoulder the load alone, despite being a major part of the A.I. power plan. That’s because servers hum and whir around the clock — not just when the sun is up or the wind is blowing. They demand a constant, stable flow of electricity. If power falters, even for a few seconds, companies lose thousands of dollars, sometimes more.

There’s a fix: Companies can pair solar and wind farms with massive batteries that store power and then release it in a steady stream. But storing energy that way is relatively pricey and may still fall short of providing the nonstop energy that data centers need. “Batteries are a great way to shift daytime electricity to evening electricity — but not a great way to shift July electricity to January electricity,” said Matthew Bunn, a professor at Harvard who studies energy policy. So even the greenest facilities rely on fossil fuels or the local grid for backup, he told DealBook.

Another challenge: The biggest data center campuses will consume multiple gigawatts of power. (As part of this week’s deal, OpenAI agreed to use Nvidia chips in at least 10 gigawatts’ worth of data centers.) To continuously produce just a single gigawatt, a renewable-energy plant would need around 12.5 million solar panels — enough to cover nearly 5,000 football fields. Wind turbines would need even more room. Many data centers near cities and towns don’t have that kind of space.

Nuclear
That’s where nuclear plants come in. They have smaller footprints, generate steady power and, like renewables, emit no carbon.

But they’re expensive. That’s why the nuclear industry has been in a decades-long rut. It boomed back in the 1970s, when the global energy crisis quadrupled oil prices. But Americans’ enthusiasm for nuclear energy soured after a series of headline-grabbing accidents, like the 1979 partial meltdown at Three Mile Island.

Around the same time, our electricity needs started to decline — which tends to happen in mature economies. Oil prices came down, so we stopped building nuclear reactors.

The industry has been groping for a good sales pitch ever since. With A.I., it finally has one: Energy demand is soaring, and nuclear companies can help fill the gap.

A slight snag: They’ll need another seven or eight years to do it, best-case scenario, said Jacopo Buongiorno, a nuclear science professor at M.I.T. That’s how long it takes to build new nuclear plants.

So, it’s a gamble: Tech companies investing in nuclear power (Microsoft, Google and Amazon, among others) are betting billions that A.I. demand will continue to rise a decade from now, when those nuclear facilities open for business. But it’s not clear their bets will pan out.

Fossil Fuels
The U.S. has vast natural gas reserves in underground reservoirs and offshore deposits, so it’s cheap and available. And the infrastructure to harness it can be ready fast: “A year or two, and you have a gas plant,” Buongiorno said.

If data centers continue expanding at their going rate, their energy needs will far surpass the current supply by 2030. So tech companies that need to bridge that widening gap are reaching for fossil fuels. Natural gas is already the top power source for U.S. data centers, according to the International Energy Agency, and it’s on track to dominate through at least 2030.

The only other energy source that can be deployed in one to two years — aligning with the construction timeline for most data centers — is solar, which has its own drawbacks.

Trump’s policies are only making natural gas more attractive. The administration was already subsidizing fossil fuels, and now it’s eliminating regulations and green-energy tax credits to bolster them further. President Trump says the new policies will help American companies develop A.I. tools unencumbered by pesky rules and oversight. Climate advocates say he’s stacking the deck for the fossil lobby.

His plan may work. It may also accelerate climate change by pumping heat-trapping gases into an atmosphere already at its highest-recorded temperature ever. For now, though, tech companies are seeing an opportunity to invest.

SCMP : China is ‘nanoseconds behind’ US in chips, says Nvidia’s Jensen Huang

China is ‘nanoseconds behind’ US in chips, says Nvidia’s Jensen Huang
Allowing US companies to compete globally – including in China – would ‘maximise’ US economic success and influence, Huang says

Allowing US companies like Nvidia to compete in China fits the interests of both Beijing and Washington, according to Jensen Huang, the US chipmaker’s founder and CEO, as Chinese players gear up to be Nvidia-free.
Washington should allow its technology industry to compete globally – including in China – to “proliferate the technology around the world” and thereby “maximise America’s economic success and geopolitical influence”, he said.

China is “nanoseconds behind” the US, “so we’ve got to go compete”, Huang said, highlighting China’s progress in chipmaking and its manufacturing potential. He pointed to the country’s deep pool of talent, hustling work culture and internal competition across its provinces.

“This is a vibrant, entrepreneurial, hi-tech, modern industry,” he said on BG2, a podcast hosted by tech investors Brad Gerstner and Bill Gurley.

Huang added that he hoped and believed China would remain open to outside investment, noting that Beijing has pledged to maintain “an open market”.

“What’s in the best interest of China is for foreign companies to invest in China, compete in China and for them to also have vibrant competition themselves,” he said on an episode released on Friday. “They would also like to come out of China and participate around the world.”

Nvidia’s graphics processing units (GPUs) are regarded as the backbone of training and running artificial intelligence models, which has helped push the company’s market capitalisation to record highs. But sales to China, one of the world’s biggest markets, have been disrupted by geopolitical tensions. Earlier this year, the US abruptly barred exports of the H20 – a downgraded chip tailored to comply with restrictions – before relenting after a 15 per cent levy to the US government was agreed.
Yet Chinese regulators’ stance remains ambivalent: a warm welcome to Huang when he visited China while continuing a nationwide push for semiconductor self-sufficiency.

Chinese AI and semiconductor contenders have rushed to launch domestic alternatives, eroding Nvidia’s once-dominant market share. Sanctioned telecoms giant Huawei Technologies this month unveiled its long-awaited AI chip road map, showcasing clustering methods designed to bypass Nvidia as well as advanced manufacturing techniques beyond China’s current reach.
Internet giants which are also major cloud-services providers including Alibaba Group Holding, Tencent Holdings, ByteDance and Baidu are all investing heavily in chip research and design, either through in-house projects or external investments, to secure greater control over their supply chains.
A wave of start-ups has also gained attention. Cambricon Technologies’ valuation has surged, Moore Threads Technology is preparing an initial public offering on Shanghai’s Nasdaq-style Star Market, and Enflame and MetaX are also attracting attention.
On the podcast, Huang dismissed doubts that the AI sector faces a glut of capacity.

“Until we fully convert all general-purpose computing to accelerated computing and AI, … I think the chances [of a glut] are extremely low,” he said.

“Nobody needs atomic bombs. Everybody needs AI.”

Nvidia has recently unveiled a series of major investments, including a US$5 billion purchase of a 4 per cent stake in Intel, and plans to invest up to US$100 billion in OpenAI over the coming years to build AI data centres. Such deals have fuelled investor confidence and lifted its stock price more than 62 per cent over the past six months to US$178, giving the company a market cap of US$4.3 trillion.