La mort de Victor-Emmanuel de Savoie, fils sulfureux du dernier roi d’Italie
Interdit de séjour en Italie pendant plus d’un demi-siècle, le chef de la maison de Savoie avait pu retourner à Rome en 2002. Il est mort le 3 février, à son domicile de Genève, en Suisse.
« A 7 h 05 ce matin, 3 février 2024, Son Altesse royale Victor-Emmanuel, duc de Savoie et prince de Naples, entouré de sa famille, s’est éteint paisiblement à Genève. » C’est par ce sobre communiqué que la maison de Savoie a annoncé, samedi, le décès de Victor-Emmanuel, quelques jours avant son 87ᵉ anniversaire.
Né à Naples le 12 février 1937, il n’a que 9 ans quand il prend le chemin de l’exil après que les Italiens eurent choisi la république par référendum, le 2 juin 1946. Surnommé « le roi de mai », car il n’aura régné qu’à peine plus d’un mois, son père, Humbert II, comptait abdiquer en faveur de son fils, il n’a pas eu le loisir de le faire.
La république naissante honnit cette famille royale, symbole de plus de vingt années de compromission avec le fascisme. Beaucoup ne pardonnent pas à Victor-Emmanuel III (1869-1947), roi de 1900 à 1946, de s’être accommodé de l’ascension de Benito Mussolini, et en particulier d’avoir signé les lois raciales de 1938. L’Italie postfasciste tourne le dos à la maison de Savoie. Entrée en vigueur le 1er janvier 1948, la nouvelle Constitution italienne « interdit aux anciens rois de la maison de Savoie, à leurs épouses et à leurs descendants mâles d’entrer et de séjourner sur le territoire national ».
Après un court séjour au Portugal, c’est en Suisse que Victor-Emmanuel va vivre essentiellement son exil. Le prince s’ennuie. Ses années de jeunesse sont celles d’un flambeur. Amoureux de la vitesse, il manque de se tuer au volant de sa Ferrari et fait plusieurs séjours à l’hôpital. On le retrouve l’été dans les soirées huppées de Saint-Tropez (Var) ou l’hiver à Crans-Montana, dans le canton du Valais.
C’est dans la chic station suisse, en 1957, qu’il rencontre Marina Doria, une ancienne championne du monde de ski nautique, fille d’un industriel suisse de l’agroalimentaire. Son père s’oppose à leur union, car Marina Doria n’est pas d’ascendance noble, mais, en 1969, Victor-Emmanuel trouve un stratagème : il signe un décret s’autoproclamant roi, créant un titre de duchesse sur mesure pour Marina Doria. Leur mariage civil a lieu à Las Vegas (Nevada) en 1970, la noce religieuse un an plus tard, à Téhéran, en présence du chah et de la princesse Pahlavi, avec qui il a noué des liens étroits d’amitié.
Retrouvailles troublées
L’été 1978 marque une rupture dans la vie du prince exilé. Alors qu’il est en villégiature dans sa propriété de Cavallo, en Corse, Victor-Emmanuel se retrouve protagoniste d’une rixe : un plaisancier italien a emprunté le canot pneumatique amarré à son yacht. Furieux, le prince veut l’effrayer à coups de carabine. Non loin de là, un jeune Allemand de 19 ans, Dirk Geerd Hamer, prend une balle perdue. Il mourra quelques semaines plus tard. Le scandale fait la « une » de la presse internationale. C’est le début d’une longue procédure judiciaire, qui s’achèvera en 1991, devant la cour d’appel de Paris. Le prince est acquitté de l’homicide, mais est condamné pour infraction à la législation sur les armes.
Malgré ses frasques, qui font les choux gras de la presse transalpine, Victor-Emmanuel ne cache pas sa volonté de revenir un jour d’exil, s’étant toujours considéré comme un possible souverain. Le 23 octobre 2002, Silvio Belusconi, alors président du conseil, fait voter une loi abrogeant son interdiction de poser le pied dans la Péninsule. Deux mois plus tard, le prince est à l’aéroport Fiumicino de Rome, où il improvise une conférence de presse, aux côtés de son épouse et de son fils Emmanuel-Philibert. « C’est le jour le plus important pour notre famille », clame ce dernier.
Les années 2000 sont celles de retrouvailles troublées avec son pays natal. Quelques mois avant son retour en Italie, le prince doit prendre publiquement ses distances avec la signature des lois raciales – qui ont notamment permis la déportation de près de 8 000 juifs italiens à partir de 1943 – par son grand-père. En 2003, sa visite à Naples est houleuse. Attendu pour une messe à la cathédrale, il est accueilli par des militants fascistes, mais aussi les nostalgiques de la maison de Bourbon, chassée du royaume des Deux-Siciles par les armées piémontaises en 1861, durant l’unification italienne.
En 2006, le prince est une nouvelle fois inquiété par la justice, accusé cette fois-ci d’association de malfaiteurs, de corruption et de proxénétisme dans la gestion d’un casino près du lac de Côme. La justice le relaxe, mais on lui impose un temps de ne pas quitter le territoire italien. « La vie est parfois très étrange, commente-t-il. J’ai attendu cinquante-six ans pour retourner en Italie, et maintenant je ne peux plus la quitter. »
Ces dernières années, l’ultime héritier du trône d’Italie les a passées dans un relatif anonymat, entre la Suisse et l’Italie, aux côtés de Marina Doria. Ses obsèques seront célébrées le 10 février à la cathédrale de Turin. Il reposera non loin de la capitale piémontaise, dans la basilique de Superga, nécropole de la famille de Savoie.
Hôtellerie-restauration : dans la capitale, le petit empire chic et cher de Paris Society
Gestionnaire de plus de soixante-dix établissements, cette filiale d’Accor, fondée et dirigée par une ancienne figure de la nuit parisienne, vient de transformer une ex-abbaye près de Paris en complexe hôtelier de luxe. Un investissement symbole d’une ascension bâtie à coup d’endettement et à laquelle la justice s’intéresse depuis 2020.
Il en est fier, Laurent de Gourcuff, de son jeu de Monopoly édité aux couleurs de Paris Society. Sur les cases du plateau apparaissent tous ses restaurants parisiens, de Monsieur Bleu à Apicius en passant par CoCo, Girafe, Gigi, Bonnie, Mun, Le Piaf… « Ça y est, mon plateau de Monopoly est fait. Il fallait attraper les bonnes adresses, j’ai eu ce que je voulais. A Paris, je n’ai plus aucun lieu dans le viseur », commente le fondateur de Paris Society, une structure qui rassemble environ soixante-dix restaurants, boîtes de nuit et lieux événementiels, rachetée fin 2022 par le géant hôtelier Accor.
La partie de Monopoly s’achève avec la « rue de la Paix » de Paris Society : l’abbaye des Vaux-de-Cernay, un hôtel installé dans un monastère cistercien du XIIe siècle, en lisière de forêt de Rambouillet (Yvelines). Un site hors du commun, qui a été la propriété de la baronne Caroline de Rothschild, avant d’être converti en hôtel à la fin des années 1980. La filiale d’Accor l’a rénové de fond en comble : 65 millions d’euros de travaux ont été engagés, affirme Laurent de Gourcuff, 47 ans, jeans, baskets Veja et pull à col roulé. Sur ce projet, il a travaillé main dans la main avec Sébastien Bazin, le PDG d’Accor, dont il est proche. Les murs ont, eux, été rachetés par la Banque des territoires et le fonds Keys.
Ouverte depuis la fin octobre 2023, l’abbaye a intégré tous les ingrédients de ces nouveaux hôtels de campagne qui fleurissent autour de Paris. Piscine, spa, brunch dans un réfectoire façon Poudlard (le château accueillant l’école d’Harry Potter), garde d’enfants, cours de yoga, salle de cinéma, de karaoké, d’arcade, prêt de vélos pour arpenter le parc de 80 hectares, courts de tennis, barques sur le lac, trois restaurants, deux bars… L’ensemble ressemble à un club de vacances de luxe dans une ambiance château, pour riches Parisiens qui veulent se mettre au vert le week-end et y rencontrer leurs semblables.
300 euros la nuit
« Cela ne vous rappelle pas Downton Abbey ? », lance Alexandra de La Brosse, la directrice de la communication de Paris Society, en déambulant dans l’enfilade de salons de l’abbaye décorés par Cordelia de Castellane, créatrice pour Dior. Un étonnant mélange de meubles chinés, de tartan, de tapisseries à fleurs, de gros fauteuils et de canapés chesterfield, « qui cartonne sur Instagram », commente cette ancienne attachée de presse de l’Elysée, à l’époque de Nicolas Sarkozy. Le bouche-à-oreille a fait son effet : l’abbaye affichait complet pendant les vacances de Noël et pour les week-ends de début d’année.
Actuellement, 90 chambres sont ouvertes sur les 150, à cause de travaux en cours sur une partie du site, mais aussi en raison de difficultés de recrutement pour faire tourner cette énorme machine qui emploie 165 personnes. Pour Paris Society, l’enjeu sera de rentabiliser ce projet, malgré la dette colossale liée aux travaux, et de remplir sur la durée, avec des chambres à environ 300 euros la nuit (et une obligation de réserver pour deux nuits le week-end). « Pas sûr que le marché parisien soit suffisamment profond pour faire tourner ce type d’offre sur le long terme », commente un hôtelier. Le défi sera aussi de voir si le concept attire des touristes étrangers, qui constituent une grosse part des clients de l’hôtellerie de luxe à Paris. Et si les entreprises rempliront les chambres, car le modèle économique repose sur les séminaires en semaine.
Cette ouverture marque en tout cas comme le point d’orgue du développement de Paris Society, qui a permis à Laurent de Gourcuff de devenir l’un des plus gros gestionnaires de lieux à Paris. Fils d’un investisseur dans l’immobilier, passé par le pensionnat catholique de Juilly (Seine-et-Marne) et une petite école de commerce privée du 16e arrondissement de Paris, il a commencé sa carrière très jeune en organisant des soirées pour la jeunesse dorée, puis en rachetant des clubs, comme Les Planches, dans le 8e arrondissement. Il s’est ensuite lancé dans l’acquisition de lieux pour l’événementiel, puis, à partir de 2012, de restaurants.
Endettement et gros volume
Sa marque de fabrique : s’endetter pour de lourds travaux et faire du volume grâce à de grosses terrasses et des additions élevées. Le tout, dans des endroits emblématiques, notamment des établissements publics culturels. A Paris, il a ainsi remporté les appels d’offres pour les restaurants du musée des Arts déco, la Cité de l’architecture & du patrimoine, le Palais de Tokyo, l’Institut du monde arabe… « Avant, le restaurant de l’Opéra Garnier faisait moins de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. On a repris le lieu, on a énormément investi dans la déco, la cuisine et, avec CoCo, aujourd’hui, on fait 15 millions », assure Laurent de Gourcuff.
Bonne pioche pour l’Opéra Garnier, qui, dans le cadre d’un contrat de concession, touche un pourcentage du chiffre d’affaires du restaurant. « Laurent de Gourcuff, il investit beaucoup dans les lieux qu’il reprend et, derrière, ça tourne, commente Frédéric Hocquard, adjoint à la Mairie de Paris, chargé du tourisme et de la vie nocturne. A chaque fois, il y a un effet waouh. Mais on paie beaucoup la déco et le service, car à la fin, sur la note, c’est cher pour ce que c’est. »
En 2023, les 76 établissements de Paris Society ont dégagé 288 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec un bénéfice (ebitda) d’environ 30 millions. Dans l’ouest de la capitale, ces restaurants sont devenus le décor d’un certain microcosme, où se croisent le monde du business, de la mode et de la politique, des Américains envoyés par leurs hôtels de luxe, des cadres en déjeuner d’affaires, et, le soir, des tables de copains aux poches profondes. « Auprès de la clientèle internationale, ce côté décontracté-classe, avec une ambiance animée, ça passe très bien. Paris Society a vraiment renouvelé l’offre de la capitale », commente Christian Mantei, le président d’Atout France, agence de l’Etat consacrée au tourisme.
« Suivre les pérégrinations des Parisiens très aisés »
L’été, sur les terrasses, on y trinque au « rosé Sarkozy » – les restaurants Paris Society vendent exclusivement le rosé du château d’Estoublon, le vignoble racheté par l’ancien président, par ailleurs administrateur d’Accor. Un petit monde.
En dehors de la capitale, Paris Society gère également des établissements à Val d’Isère (Savoie), Megève (Haute-Savoie), Ramatuelle (Var), Saint-Tropez (Var)… « Le fil conducteur de Paris Society, c’est de suivre les pérégrinations des Parisiens très aisés, leurs vacances, leurs week-ends, avec une offre branchée et festive. Sur l’échelle sociale, ils se positionnent un cran au-dessus de marques comme Big Mamma ou Mama Shelter », commente Jean-Laurent Cassely, essayiste et fondateur du cabinet de tendances Maison Cassely. Désormais filiale du groupe Accor (qui en était actionnaire depuis 2017), Paris Society a pour objectif désormais de se développer en Australie, aux Etats-Unis, en Turquie, à Dubaï…
Mais le cœur de son activité reste à Paris. En 2023, Paris Society a repris le Laurent, un restaurant en bas des Champs-Elysées, fréquenté par le personnel politique et les grands patrons, dont les murs appartiennent à la Ville. « Et il y a recruté Tony Gomez, ancien patron du Queen, avec un énorme carnet mondain dans le Tout-Paris », glisse Frédéric Hocquart. Autres « coups » remarqués : la reprise du mythique restaurant Belle Epoque Maxim’s, même si le contexte a été houleux, en raison de l’opposition de certains héritiers de Pierre Cardin, le propriétaire.
Guerre fratricide
La prochaine ouverture sera un restaurant, La Baronne, dans l’hôtel particulier Salomon de Rothschild – un lieu que Laurent de Gourcuff a remporté au nez et à la barbe de son concurrent Benjamin Patou, le patron de Moma Group, qui possède aussi de multiples restaurants et clubs à Paris. Une guerre fratricide l’oppose à cet ancien ami, comme le raconte une enquête de Libération.
Entre ces deux-là, le torchon brûle. Depuis décembre 2020, Laurent de Gourcuff est mis en examen dans le cadre de l’appel d’offres qui lui a permis de gagner l’exploitation du restaurant de l’hippodrome de Longchamp. L’enquête a été déclenchée après une plainte, retirée par la suite, de Benjamin Patou, candidat malheureux à la gestion du site. La justice a néanmoins décidé de poursuivre ses investigations. En cause : des invitations au restaurant par Laurent de Gourcuff d’un cadre décisionnaire de France Galop, au cours desquelles il aurait pu obtenir des informations décisives pour remporter l’appel d’offres. Il est aussi question d’une tablée d’anniversaire offerte pour la femme de ce cadre.
En novembre 2023, le parquet de Paris a requis douze mois d’emprisonnement avec sursis pour Laurent de Gourcuff, une amende et une interdiction de gérer une entreprise pendant cinq ans. « J’ai confiance en la justice pour faire la différence entre l’obsession d’un concurrent qui n’a jamais gagné un dossier face à Paris Society, et un appel d’offres dans lequel l’équité a été respectée », commente-t-il. Sautera-t-il la « case prison » de son jeu de Monopoly ? Les dés seront bientôt jetés : la décision du juge est attendue le 8 février.
Hôtellerie-restauration : dans la capitale, le petit empire chic et cher de Paris Society
Gestionnaire de plus de soixante-dix établissements, cette filiale d’Accor, fondée et dirigée par une ancienne figure de la nuit parisienne, vient de transformer une ex-abbaye près de Paris en complexe hôtelier de luxe. Un investissement symbole d’une ascension bâtie à coup d’endettement et à laquelle la justice s’intéresse depuis 2020.
Il en est fier, Laurent de Gourcuff, de son jeu de Monopoly édité aux couleurs de Paris Society. Sur les cases du plateau apparaissent tous ses restaurants parisiens, de Monsieur Bleu à Apicius en passant par CoCo, Girafe, Gigi, Bonnie, Mun, Le Piaf… « Ça y est, mon plateau de Monopoly est fait. Il fallait attraper les bonnes adresses, j’ai eu ce que je voulais. A Paris, je n’ai plus aucun lieu dans le viseur », commente le fondateur de Paris Society, une structure qui rassemble environ soixante-dix restaurants, boîtes de nuit et lieux événementiels, rachetée fin 2022 par le géant hôtelier Accor.
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La partie de Monopoly s’achève avec la « rue de la Paix » de Paris Society : l’abbaye des Vaux-de-Cernay, un hôtel installé dans un monastère cistercien du XIIe siècle, en lisière de forêt de Rambouillet (Yvelines). Un site hors du commun, qui a été la propriété de la baronne Caroline de Rothschild, avant d’être converti en hôtel à la fin des années 1980. La filiale d’Accor l’a rénové de fond en comble : 65 millions d’euros de travaux ont été engagés, affirme Laurent de Gourcuff, 47 ans, jeans, baskets Veja et pull à col roulé. Sur ce projet, il a travaillé main dans la main avec Sébastien Bazin, le PDG d’Accor, dont il est proche. Les murs ont, eux, été rachetés par la Banque des territoires et le fonds Keys.
Ouverte depuis la fin octobre 2023, l’abbaye a intégré tous les ingrédients de ces nouveaux hôtels de campagne qui fleurissent autour de Paris. Piscine, spa, brunch dans un réfectoire façon Poudlard (le château accueillant l’école d’Harry Potter), garde d’enfants, cours de yoga, salle de cinéma, de karaoké, d’arcade, prêt de vélos pour arpenter le parc de 80 hectares, courts de tennis, barques sur le lac, trois restaurants, deux bars… L’ensemble ressemble à un club de vacances de luxe dans une ambiance château, pour riches Parisiens qui veulent se mettre au vert le week-end et y rencontrer leurs semblables.
300 euros la nuit
« Cela ne vous rappelle pas Downton Abbey ? », lance Alexandra de La Brosse, la directrice de la communication de Paris Society, en déambulant dans l’enfilade de salons de l’abbaye décorés par Cordelia de Castellane, créatrice pour Dior. Un étonnant mélange de meubles chinés, de tartan, de tapisseries à fleurs, de gros fauteuils et de canapés chesterfield, « qui cartonne sur Instagram », commente cette ancienne attachée de presse de l’Elysée, à l’époque de Nicolas Sarkozy. Le bouche-à-oreille a fait son effet : l’abbaye affichait complet pendant les vacances de Noël et pour les week-ends de début d’année.
Actuellement, 90 chambres sont ouvertes sur les 150, à cause de travaux en cours sur une partie du site, mais aussi en raison de difficultés de recrutement pour faire tourner cette énorme machine qui emploie 165 personnes. Pour Paris Society, l’enjeu sera de rentabiliser ce projet, malgré la dette colossale liée aux travaux, et de remplir sur la durée, avec des chambres à environ 300 euros la nuit (et une obligation de réserver pour deux nuits le week-end). « Pas sûr que le marché parisien soit suffisamment profond pour faire tourner ce type d’offre sur le long terme », commente un hôtelier. Le défi sera aussi de voir si le concept attire des touristes étrangers, qui constituent une grosse part des clients de l’hôtellerie de luxe à Paris. Et si les entreprises rempliront les chambres, car le modèle économique repose sur les séminaires en semaine.
Cette ouverture marque en tout cas comme le point d’orgue du développement de Paris Society, qui a permis à Laurent de Gourcuff de devenir l’un des plus gros gestionnaires de lieux à Paris. Fils d’un investisseur dans l’immobilier, passé par le pensionnat catholique de Juilly (Seine-et-Marne) et une petite école de commerce privée du 16e arrondissement de Paris, il a commencé sa carrière très jeune en organisant des soirées pour la jeunesse dorée, puis en rachetant des clubs, comme Les Planches, dans le 8e arrondissement. Il s’est ensuite lancé dans l’acquisition de lieux pour l’événementiel, puis, à partir de 2012, de restaurants.
Endettement et gros volume
Sa marque de fabrique : s’endetter pour de lourds travaux et faire du volume grâce à de grosses terrasses et des additions élevées. Le tout, dans des endroits emblématiques, notamment des établissements publics culturels. A Paris, il a ainsi remporté les appels d’offres pour les restaurants du musée des Arts déco, la Cité de l’architecture & du patrimoine, le Palais de Tokyo, l’Institut du monde arabe… « Avant, le restaurant de l’Opéra Garnier faisait moins de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. On a repris le lieu, on a énormément investi dans la déco, la cuisine et, avec CoCo, aujourd’hui, on fait 15 millions », assure Laurent de Gourcuff.
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Bonne pioche pour l’Opéra Garnier, qui, dans le cadre d’un contrat de concession, touche un pourcentage du chiffre d’affaires du restaurant. « Laurent de Gourcuff, il investit beaucoup dans les lieux qu’il reprend et, derrière, ça tourne, commente Frédéric Hocquard, adjoint à la Mairie de Paris, chargé du tourisme et de la vie nocturne. A chaque fois, il y a un effet waouh. Mais on paie beaucoup la déco et le service, car à la fin, sur la note, c’est cher pour ce que c’est. »
En 2023, les 76 établissements de Paris Society ont dégagé 288 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec un bénéfice (ebitda) d’environ 30 millions. Dans l’ouest de la capitale, ces restaurants sont devenus le décor d’un certain microcosme, où se croisent le monde du business, de la mode et de la politique, des Américains envoyés par leurs hôtels de luxe, des cadres en déjeuner d’affaires, et, le soir, des tables de copains aux poches profondes. « Auprès de la clientèle internationale, ce côté décontracté-classe, avec une ambiance animée, ça passe très bien. Paris Society a vraiment renouvelé l’offre de la capitale », commente Christian Mantei, le président d’Atout France, agence de l’Etat consacrée au tourisme.
« Suivre les pérégrinations des Parisiens très aisés »
L’été, sur les terrasses, on y trinque au « rosé Sarkozy » – les restaurants Paris Society vendent exclusivement le rosé du château d’Estoublon, le vignoble racheté par l’ancien président, par ailleurs administrateur d’Accor. Un petit monde.
En dehors de la capitale, Paris Society gère également des établissements à Val d’Isère (Savoie), Megève (Haute-Savoie), Ramatuelle (Var), Saint-Tropez (Var)… « Le fil conducteur de Paris Society, c’est de suivre les pérégrinations des Parisiens très aisés, leurs vacances, leurs week-ends, avec une offre branchée et festive. Sur l’échelle sociale, ils se positionnent un cran au-dessus de marques comme Big Mamma ou Mama Shelter », commente Jean-Laurent Cassely, essayiste et fondateur du cabinet de tendances Maison Cassely. Désormais filiale du groupe Accor (qui en était actionnaire depuis 2017), Paris Society a pour objectif désormais de se développer en Australie, aux Etats-Unis, en Turquie, à Dubaï…
Mais le cœur de son activité reste à Paris. En 2023, Paris Society a repris le Laurent, un restaurant en bas des Champs-Elysées, fréquenté par le personnel politique et les grands patrons, dont les murs appartiennent à la Ville. « Et il y a recruté Tony Gomez, ancien patron du Queen, avec un énorme carnet mondain dans le Tout-Paris », glisse Frédéric Hocquart. Autres « coups » remarqués : la reprise du mythique restaurant Belle Epoque Maxim’s, même si le contexte a été houleux, en raison de l’opposition de certains héritiers de Pierre Cardin, le propriétaire.
Guerre fratricide
La prochaine ouverture sera un restaurant, La Baronne, dans l’hôtel particulier Salomon de Rothschild – un lieu que Laurent de Gourcuff a remporté au nez et à la barbe de son concurrent Benjamin Patou, le patron de Moma Group, qui possède aussi de multiples restaurants et clubs à Paris. Une guerre fratricide l’oppose à cet ancien ami, comme le raconte une enquête de Libération.
Entre ces deux-là, le torchon brûle. Depuis décembre 2020, Laurent de Gourcuff est mis en examen dans le cadre de l’appel d’offres qui lui a permis de gagner l’exploitation du restaurant de l’hippodrome de Longchamp. L’enquête a été déclenchée après une plainte, retirée par la suite, de Benjamin Patou, candidat malheureux à la gestion du site. La justice a néanmoins décidé de poursuivre ses investigations. En cause : des invitations au restaurant par Laurent de Gourcuff d’un cadre décisionnaire de France Galop, au cours desquelles il aurait pu obtenir des informations décisives pour remporter l’appel d’offres. Il est aussi question d’une tablée d’anniversaire offerte pour la femme de ce cadre.
En novembre 2023, le parquet de Paris a requis douze mois d’emprisonnement avec sursis pour Laurent de Gourcuff, une amende et une interdiction de gérer une entreprise pendant cinq ans. « J’ai confiance en la justice pour faire la différence entre l’obsession d’un concurrent qui n’a jamais gagné un dossier face à Paris Society, et un appel d’offres dans lequel l’équité a été respectée », commente-t-il. Sautera-t-il la « case prison » de son jeu de Monopoly ? Les dés seront bientôt jetés : la décision du juge est attendue le 8 février.
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Multinational Firm Loses $25 million in Deepfake Video Scam in Hong Kong
A multinational company lost more than $25 million in a scam in Hong Kong where a fraudster used deepfake videos of the firm’s chief financial officer and other employees to order money transfers, local newspaper The Standard and other news outlets reported.
An employee of the company’s Hong Kong branch attended a video conference call after receiving a message from a scammer who claimed to be the firm’s London-based CFO, according to the reports. But other than the employee, all the participants—the CFO and several other colleagues—were deepfakes generated by artificial intelligence. Upon the fake CFO’s request, the employee transferred a total of 200 million Hong Kong dollars ($25.6 million) in 15 transactions, according to the reports. Hong Kong police didn’t disclose the name of the company or the employee.
In August, Hong Kong police arrested a fraud syndicate that was using deepfake videos, and called for the public to be aware of such scams, accrording to local media reports at the time.
High Jewelers Were About Flexibility and Flexing Rare Finds for January Collections
The codes of couture, the fabric of life, dancing lights and rare gemstones were among the ideas mined by Boucheron, Cartier, Dior, David Morris, Louis Vuitton and others.
PARIS – The suppleness of silk, the delicacy of laces and the possibility of movement floated during Paris Couture Week — on Place Vendôme.
If metal and gemstones aren’t exactly the first materials that come to mind when looking to replicate the feel of fabric, houses plied the considerable skills of their artisans for high jewelry creations that embraced the body like the fashion creations shown on nearby runways.
Take Dior, where Victoire de Castellane applied the principles of couture in “Dior Délicat,” where the feather-light embellishments found in the ateliers and studio of Christian Dior — and Maria Grazia Chiuri, of course — were immortalized in gold and diamonds.
Standing out in the collection was a set where strands of white gold and diamonds festooned around the wrist, neck or the edge of the earlobe in strands of geometric patterns and floral motifs strung together.
A 7-carat pear-cut white diamond was a final precious touch holding all the elements together on that set’s necklace. In another set, the same motifs were harmoniously arranged, intersecting in orderly rows that ended up with juicy vivid yellow diamonds.
The idea of a precious ribbon jauntily drifting at the neck was also captured in a newly presented emerald, sapphire and diamond necklace addition to the Dior Print collection first shown in Taormina, Italy, two years ago.
There was also Boucheron, where artistic director Claire Choisne nodded to ceremonial attire and the textile heritage of founder Frédéric Boucheron with “The Power of Couture,” which featured grosgrain ribbons made of slivers of sanded rock crystal and embroideries of articulated gold and diamonds.
Forget a strand of pearls looped around the neck: for Graff, it’s a diamond-encrusted rope that ends with fancy intense yellow ones that design director Anne-Eva Geoffroy imagined with the stunning stones the British jeweler is known for. Other highlights here included a stylized asymmetric necklace featuring a pair of 4-carat lozenge shaped Colombian emeralds, and a sizable bangle featuring a cushion-cut sapphire that weighed 118 carats.
Other houses went down more metaphorical routes with their allegories.
For Louis Vuitton and its artistic director of watches and jewelry Francesca Amfitheatrof, the way life wove its way through the tectonic upheavals that shaped our planet was at the heart of the 50-piece second chapter of “Deep Time.”
The Myriad necklace and its white gold spines tipped with a diamond alluded to the way DNA underpins the very fabric of life on Earth. But bisected by a spiraling cord that seemed to hold the collar closed, the design also nodded to Vuitton’s history, since ropes are used to transport trunks.
Elsewhere, Amfitheatrof looked at fungi and flora with the puffy volumes of the Symbiosis set and the trio of lush vine leaves dotting a torque that looked like a rolled scarf of the Plants necklace. The latter’s Zambian emeralds, all in custom cuts, had a surprising blue hue to them.
There was also the Skin necklace, where more than 100 pinkish orange Umba sapphires from Tanzania set in a checkerboard design of more than 300 stones nodded to the hides of our most distant ancestors: prehistoric reptiles. But Vuitton’s use of rose gold and the shapely curves of the design also made it seem at once organic and futuristic.
And there is little that feels more fluid than Northern Lights, the dancing phenomena observed in high-latitude regions that inspired the latest David Morris high jewelry collection, named “Skye” after chief executive officer and creative director Jeremy Morris’ youngest daughter.
While the geometries of the Mosaico choker featuring a 15-carat Colombian emerald surrounded by a further 30-plus carats of emeralds and more than 70 carats of diamonds were certainly arresting, the waves and spirals of the Aurora Borealis were best articulated in designs such as the Selene necklace and its sparkling burst of articulated emerald-and-diamond rays.
The idea of movement was furthered by the way the Arctic Dance necklace could be adjusted thanks to the London jeweler’s zip fastening, making this row of diamonds that seemed to drip pink and cobalt blue spinels drape against the neck and collarbones.
And houses are leaning into flexibility in more ways than articulated designs, having made transformability and ease a major feature in high jewelry designs in recent years.
For Chaumet, it meant questioning high jewelry’s necklace-earrings-rings trifecta with a compact “Un Air de Chaumet” offering of four sets of adornments for the head that took cues from birds in flight.
Cue the Ballet brooch-cum-head ornament that figures a flight of swallows in gem-set white and rose gold, or the twinning Envol earcuffs finished with two half-carat pear-shaped diamonds.
As for the Plumes d’Or transformable tiara and its 2.3-carat pear-shaped diamond, which can split into brooches and hair ornaments, it transcribed the intricate structures of plumage in intricately engraved brushed rose gold and pavé white gold.
Nowadays, having one or two ways to wear a jewel is the bare minimum.
Take Cartier’s Muqarna necklace. This graphic array of aquamarines, amethysts, spinels, turquoise and diamonds could be reassembled into no less than nine different configurations that ranged from a short choker to three sizes of brooches.
It was among the new designs continuing the jeweler’s ongoing “Le Voyage Recommencé” high jewelry lineup, where director of high jewelry creation Jacqueline Karachi continues to mine inspirations from nature and world cultures.
From a charmingly realistic “Panthère Confiante,” or confident panther, lounging among juicy peridots and ribbed coral beads to the hexagonal diamond growing into the Pileo ring inspired by a sea urchin and the geometric lines of the Spina and Lerro necklaces, it took the proclivities of the French jeweler even further.
Even so, the streaked turquoise cabochon of its Yfalos necklace was a reminder that jewelers dig ever deeper into the wonders of nature — and treasure troves of unusual gems — for their creations.
Rare indeed are the ones used by Rouvenat, which sources its stones from ancient stocks and forgotten caches sleeping in the coffers of stone dealers. This time, the newly revived brand brought out a 10-carat rock crystal intaglio, indigolite tourmalines and emerald cabochons for its tranformable Bolt necklaces.
It also found an ancient cushion-cut diamond of more than 8 carats on a 19th century jewel that was recast as the center stone on a stunner in its new Frame collection.
Fire opals, a 106-carat blue tourmaline, laguna agates and a turquoise in the softest, milkiest blue were among the gems that Lydia Courteille set in bold yet surprisingly light “Rêves Chamaniques” creations inspired by the traditional arts of the Huichol people of Mexico. Her secret? The use of colorful plique-à-jour enamel that allowed her to create sizable exuberant displays that felt light on the hand or ear.
Skies of Velvet
Long before Francesca Amfithetheatrof turned this set of 23 sapphires into a spectacular bespoke high jewelry design, the gems of the Louis Vuitton Aster necklace lived a life of adventure.
Mined in the Kashmir region over a six-year period starting in 1881, they made their way to Paris where they were cut by Modiano, a famed lapidary who was friends with the territory’s maharaja, in a cushion shape with a brilliant cut on the crown, a step cut for the pavilion and a faceted open culet that brings out a complex nuance to their velvety royal blue.
Fast-forward 100-and-some years: it still took two decades to amass 125 carats’ worth of these gemstones ranging from 2.8 to 17.88 carats.
To bring them to life as “a continuous constellation of spectacular gemstones,” Amfitheatrof interspersed matching 23 LV Monogram Star-cut diamonds totaling 33.18-carats for a design that took six months to finalize and more than 1,500 hours to craft.
“It was an opportunity to design a necklace fit for royalty,” said the French luxury house’s artistic director of watches and jewelry at a viewing. According to one gem specialist, not even Queen Elizabeth II had this many Kashmir sapphires on a single necklace — and the late British sovereign was quite the collector.
So of course, the Aster necklace went to its owner — a long-standing businesswoman client of the French house who agreed to have it shown to press in Paris — in a vivid blue custom trunk befitting this ultimate high jewelry trophy.