Augustin de Romanet, patron d’ADP, ne sera pas renouvelé pour cinq ans
Selon nos informations, l’Etat, actionnaire majoritaire du groupe aéroportuaire, ne souhaite pas accorder à l’actuel PDG un nouveau mandat complet. Le dirigeant pourrait néanmoins rester jusqu’à la fin des Jeux olympiques.
C’est une surprise. Selon nos informations, Augustin de Romanet, le PDG de Groupe ADP (ex-Aéroports de Paris), ne sera pas renouvelé pour un mandat de cinq ans, contrairement à ce qu’il espérait. A la tête de l’entreprise publique depuis le 29 novembre 2012, le dirigeant avait fait savoir qu’il sollicitait un troisième tour de piste et, jusqu’à présent, rien ne semblait indiquer que cette candidature ne serait pas acceptée.
Alors que les statuts d’ADP imposent une limite d’âge à 65 ans, M. de Romanet approche des 63 ans. Son renouvellement pour cinq ans impliquait de desserrer cette contrainte. Est-ce la raison pour laquelle l’Etat − qui détient 50,6 % du capital d’ADP − a décidé de ne pas choisir cette voie ? M. de Romanet pourrait, toutefois, jouer les prolongations en assurant son propre intérim jusqu’à la fin des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris.
Le grand événement sportif représente, en effet, un défi logistique majeur pour les aéroports parisiens, qui vont devoir acheminer et surtout rapatrier sur des délais très courts visiteurs, délégations et quelque 10 000 athlètes pourvus, pour certains, de bagages hors normes, avec un risque élevé de perturbations sociales. M. de Romanet a fait valoir que changer le patron à la veille des JOP pourrait déstabiliser le groupe.
L’hypothèse d’une reconduction pour deux ans de l’ancien directeur général de la Caisse des dépôts et consignations est également étudiée, mais semble peu probable pour l’heure. En 2012, l’énarque avait d’ailleurs pris la suite de Pierre Graff en cours de mandat, son prédécesseur ayant été contraint de quitter son poste le jour de ses 65 ans après avoir échoué à convaincre les pouvoirs publics de repousser la limite d’âge à 70 ans.
Rien ne peut se faire sans l’assentiment de l’Etat
En coulisse, les discussions allaient bon train ces derniers jours, alors que le conseil d’administration du 20 mars doit engager le compte à rebours en vue de l’assemblée générale du 21 mai. Formellement, pour pouvoir être prolongé, M. de Romanet doit voir son mandat d’administrateur proposé pour une reconduction lors de ce conseil. Les administrateurs soumettent des noms, mais c’est bien l’assemblée générale qui vote. Rien ne peut donc se faire sans l’assentiment de l’Etat – autrement dit, de Matignon et de l’Elysée : Bercy s’est « déporté » du dossier ADP depuis l’été 2023, M. de Romanet ayant épousé Sibylle Le Maire, la sœur de Bruno Le Maire, le ministre de l’économie et des finances.
Si M. de Romanet avait fait preuve de peu d’enthousiasme lorsque le projet d’une privatisation d’ADP avait été lancé lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, difficile de dire si les pouvoirs publics lui en ont tenu rigueur. Cette opération, qui avait suscité une forte opposition politique en 2019, a été opportunément abandonnée pendant la crise du Covid-19, et jamais relancée depuis, compte tenu des enjeux de souveraineté liés aux aéroports mis en évidence par la pandémie.
Avec 336 millions de passagers transportés en 2023, ADP est le deuxième groupe aéroportuaire mondial, derrière l’espagnol Aena et devant le français Vinci (qui détient 8 % du capital de son grand concurrent). Alors que Paris-Charles-de-Gaulle peine à retrouver son trafic d’avant le Covid-19, la croissance du groupe est tirée par les aéroports du turc TAV (Antalya, Ankara…), dont ADP détient 46 % du capital, et de l’indien GMR (Delhi, Hyderabad…) détenu à 49 % par le Français. En 2023, Delhi était l’aéroport d’ADP ayant accueilli le plus grand nombre de passagers (72,2 millions), devant Paris-Charles-de-Gaulle (67,4 millions).