(Wansquare) M&A: les fonds souverains et les chinois à la manoeuvre en Europe

M&A: les fonds souverains et les chinois à la manoeuvre en Europe 

Le premier semestre a été marqué par le retour des grosses opérations en Europe, mais aussi la montée en puissance de deux types d’acteurs : fonds souverains et groupes chinois, qui interviennent désormais en direct dans les deals.

L’année 2015 a confirmé le renouveau des méga deals, comme en témoignent encore ce matin les gros titres concernant l’offre de Numericable­SFR sur Bouygues Telecom. Entre la vente des actifs de Lafarge et Holcim à CRH dans le cadre de leur fusion, ou la cession de Verallia par Saint­Gobain à Apollo, les opérations d’envergure parviennent à se boucler. En particulier grâce à l’intervention de plus en plus marquée de deux types d’acteurs.

D’une part, les fonds souverains et de pension, traditionnels pourvoyeurs de capitaux pour les fonds de LBO, qui se positionnent de plus en plus en direct à leurs côtés. « Les fonds souverains ont beaucoup d’argent à déployer, ils sont capables de mettre de gros tickets et d’agir rapidement, d’autant qu’ils n’ont pas les mêmes objectifs de rendement que les fonds de private equity », analyse Stéphane Bensoussan, co­head du M&A de la zone EMEA chez HSBC. Ces acteurs s’invitent soit à la table des négociations pour permettre au deal de se réaliser, ou bien en aval, afin d’alléger l’engagement de l’acheteur.

GIC, le fonds de Singapour très actif en Europe, avait déjà ouvert la marche en 2013 lorsqu'il s'était allié à l'italien Snam et à EDF pour reprendre TIGF à Total. Les fonds sont aujourd'hui capables de se regrouper pour intervenir, comme cela s'est produit récemment lors du rachat de l’opérateur télécoms britannique O2 par Hutchison Whampoa, le groupe du milliardaire Li­Ka Shing. Alors que le chinois s'était engagé sur l'intégralité du prix de vente, il a ensuite syndiqué 33% des fonds propres auprès de cinq fonds souverains et de pension.

Les fonds souverains et de pension agissent souvent comme co­investisseurs aux côtés des fonds de private equity qu’ils sponsorisent, leur apportent davantage de surface financière et surtout un engagement sur le long terme. De leur côté, ils peuvent ainsi diversifier leurs poches d’investissement pour un profil de risque plus lisse, tout en misant sur les synergies d’opérations transformantes. Même si, en tant qu’investisseur financier, ils n’ont pas encore la réactivité de certains de leurs concurrents.

En parallèle, un autre type d’acteur émerge depuis plusieurs années maintenant : les investisseurs chinois. Mais désormais, leurs objectifs sont plus précis. "Les investisseurs chinois cherchent des actifs réels en Europe et commencent à investir seuls en direct, notamment dans l'immobilier. Ils vont progressivement sophistiquer leurs interventions", décrypte Stéphane Bensoussan. L’exemple le plus prégnant a été le rachat récent d’un
portefeuille d’immobilier commercial en France et en Belgique de CBRE par le fonds souverain CIC. C’est le premier exemple de ce type en France, alors que le fonds chinois Safe avait déposé une offre sur le centre commercial Beaugrenelle début 2014 mais n’avait pas remporté l’affaire. Ces derniers cherchent eux aussi à contrebalancer des rendements obligataires au plus bas à travers des actifs tangibles, à l’instar de ce
qu’a fait le Qatar dans l’immobilier en Europe. Sans compter que cette classe d’actifs correspond parfaitement à leur logique de long terme et moins axée sur le TRI que d’autres investisseurs.