Wansquare : Alcatel­Lucent: dernière AG mouvementée avant la fusion avec

L’équipementier télécoms a tenu sa dernière assemblée générale, au cours de laquelle son P­dg Michel Combes a défendu le projet de rapprochement avec Nokia. Le passé, le timing et la parité d’échange ont laissé certains actionnaires amers. 

"C’est le bon projet au bon moment", a martelé Michel Combes face aux nombreuses récriminations des actionnaires d’Alcatel­Lucent réunis ce mardi au Palais des Congrès. Il faut dire pour la dernière assemblée générale du groupe avant son mariage avec Nokia, les petits porteurs s’étaient déplacés et ils ont donné de la voix. Michel Combes, qui avait déjà préparé le terrain dans un entretien au Figaro de mardi, a donc répété le bien­fondé de ce rapprochement qui en fait grimacer beaucoup, à plusieurs titres. 

Tout d’abord, en termes de timing. Pourquoi être tombé dans les bras de Nokia maintenant, alors que le français a publié des résultats trimestriels de bonne facture et même supérieurs à ceux de son concurrent finlandais? Tout ne se joue pas sur trois mois, la transition technologique est en marche et Alcatel­Lucent ne veut pas faire la même erreur que le virage raté de la 3G, a tenu à rappeler Michel Combes. "Il faut capter la valeur que va créer la révolution de la 5G", "c’est maintenant qu’il faut investir et ce n’est pas demain, ne refaisons pas la même bêtise". Or les investissements "colossaux" pour survivre dans ce nouvel écosystème sont tels qu'"AlcatelLucent seul n'est pas en mesure de (les) faire". 

Cet état de fait a été très bien compris par les clients puisque selon le patron du groupe, ils "ont eux­mêmes demandé" cet accès à la taille critique, et ont été "extrêmement favorables" à l’opération. Le choix de Nokia a été celui de la "meilleure complémentarité, notamment sur les activités de réseaux mobiles". Une réponse à un impertinent actionnaire, qui avait demandé si un mariage avec une entreprise qui avait ellemême ruiné son leadership dans le mobile et a dû vendre à la casse sa division de téléphonie mobile était justifiable. Enfin, le dirigeant a estimé que cette alliance était vitale pour l’avenir du groupe car "attendre, c’est prendre le risque de tout perdre". 

Or, c’est bien l’immense perte de valeur de la société que les actionnaires de long terme ont pointé du doigt à l’assemblée générale. Le président du directoire Philippe Camus a lui­même admis en préambule que le groupe ne s’était jamais remis de la fusion géante entre Alcatel et l’américain Lucent, en 2006. Un actionnaire a ainsi jugé que la parité proposée dans le mariage avec Nokia, soit 0,55 action Nokia pour une action Alcatel­Lucent et une valorisation n’était "pas acceptable". A nouveau, Michel Combes a rappelé que l’opération, qui fait ressortir une prime de 28% sur le cours de Bourse des trois derniers mois de la société, avait beaucoup de sens, pour les clients comme pour les investisseurs que les deux groupes ont rencontrés après l’annonce de leur fusion. Et qu’elle associait les actionnaires à la croissance à long terme de la nouvelle entité avec un paiement en titres. Pour conclure : "In fine, ce sont les actionnaires qui décideront d'apporter ou de ne pas apporter les titres à l'offre publique d'échange". Pour réussir, celle­ci nécessitera l’apport d’au moins la moitié des actionnaires et pour le moment, seul le hedge fund Odey, détenteur de 6% des parts, s'est élevé contre en jugeant que l'opération sous­valorisait le français. 

Les actionnaires ont manifesté leur mécontentement à la marge sur le "say on pay" du président du directoire, Philippe Camus. Sa rémunération totale de 1,3 million d’euros au titre de 2014 n’a obtenu "que" 76% des suffrages mais a tout de même été approuvée par l’assemblée