Lustucru : Rothschild mandaté, bientôt du mouvement au capital
Pastacorp, l’entreprise familiale qui produit les pâtes sèches de la célèbre marque, cherche à faire entrer un actionnaire minoritaire.
Le grand public n’a jamais entendu parler de la société Pastacorp. Et pourtant, elle et ses actionnaires, la famille Skalli, sont intimement liés à l’un des noms les plus fameux du patrimoine agroalimentaire français : Lustucru. L’entreprise fabrique et commercialise les pâtes sèches de la marque, quand les pâtes fraiches sont aujourd’hui produites par le groupe alimentaire espagnol Ebro Foods… Un drôle de schéma hérité du passé - nous y reviendrons. Aujourd’hui, Pastacorp conserve une taille plutôt intermédiaire : en 2023, la société faisait état de 149 millions de chiffre d’affaires pour un Ebitda de 12 millions d’euros. Mais son patron, Antony Cohen Skalli, le quadragénaire aux commandes de l’affaire familiale, planche sur une opération qui pourrait lui donner les moyens de changer de dimension, a appris l’Informé.
Selon plusieurs sources, Pastacorp a effectivement mandaté en fin d’année dernière la banque Rothschild & Co pour la conseiller dans une recomposition de son capital. Plusieurs actionnaires familiaux à l’âge avancé sont donnés sortants, et Antony Cohen Skalli entend profiter de cette opportunité pour renforcer sa participation. Pour ce faire, il lui faudra trouver un allié extérieur, d’où sa volonté d’attirer un acteur financier à ses côtés comme actionnaire minoritaire.
S’il parvient à boucler son opération, l’entrepreneur essaiera-t-il de renouer avec les gros coups qu’il a tentés ces dernières années ? Fin 2023, comme l’avait révélé l’Informé, PastaCorp n’avait pas hésité à partir à l’assaut d’un peu plus gros qu’elle, en ciblant une autre marque bien connue des consommateurs français, Tipiak, mise en vente par ses actionnaires familiaux. L’industriel avait monté une offre en compagnie de plusieurs acteurs financiers, en l’occurrence Bpifrance, Idia (société d’investissement de la galaxie Crédit Agricole) et Unigrains (le bras armé financier de la filière céréalière française). Mais c’est finalement la coopérative Terrena qui avait emporté le morceau.
En 2021, Pastacorp avait aussi tenté de pousser ses pions dans le rachat de Panzani auprès de l’espagnol Ebro Foods. Elle n’avait pas hésité à se rapprocher du fonds CVC Capital Partners pour faire ticket commun. Mais l’initiative est restée sans lendemain pour Pastacorp car le financier avait finalement bouclé seul l’acquisition, officiellement parce que le vendeur était réticent à voir émerger un géant français des pâtes mais aussi, dit-on, pour éviter de potentiels mouvements sociaux liés au rapprochement.
Pastacorp avait déjà eu l’occasion de croiser sur son chemin Panzani. Ce dernier avait failli absorber l’affaire familiale des Skalli en 2002… Mais là aussi pour des raisons liées à l’antitrust, l’actionnaire de Panzani, PAI Partners, avait dû se contenter de racheter la seule activité pâtes fraîches de Lustucru. Le fonds avait ensuite revendu son actif en 2006 à Ebro Food. Les Skalli, eux, avaient conservé les pâtes sèches de Lustucru, mais aussi celles commercialisées sous les marques Rivoire et Carret. Depuis, Pastacorp a discrètement fait son retour au rayon des pâtes fraîches, en reprenant à la barre du tribunal de commerce l’activité que possédait sur ce segment Financière Turenne Lafayette, l’ex-empire de Monique Piffaut (William Saurin, Garbit…) en pleine déconfiture. Ce deal lui permet d’être un fournisseur important de marques de distributeurs sur ce marché. Pastacorp reste également présent dans un autre domaine, la semoule, le métier d’origine des Skalli.