Kering : une recrue de Luca de Meo inquiète, la DRH sur la sellette
Nommé en septembre, l’ancien patron de Renault imprime déjà sa marque au sein du groupe de luxe. Et inquiète ses troupes.
Arrivé chez Kering mi-septembre, l’ex-directeur général de Renault Luca de Meo fait déjà trembler ses équipes. Elles observent d’un œil inquiet ce qui se passe du côté de la direction des ressources humaines, un des premiers chantiers du patron. Début septembre, les habitués du monde feutré du luxe ont eu la surprise de voir débarquer un spécialiste du recrutement d’ingénieurs dans un milieu davantage habitué aux paillettes et aux parfums. Il s’agit de Thomas Cuntz. Cet ancien de Renault a été nommé vice-président responsable du développement des talents et de l’engagement, quelques jours avant l’arrivée officielle de Luca de Meo, qui l’a évidemment choisi.
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Cuntz est un pur produit Renault, où il a passé 23 ans et est devenu très proche de Luca de Meo. Au sein du constructeur, il était surnommé « Iznogoud » par beaucoup. Si la nomination a suscité l’étonnement chez son ancien employeur, elle est logiquement source de stress chez Kering. Selon nos informations, Thomas Cuntz n’est pas parti de son plein gré de Renault. Il en a été remercié. Et ce à l’été 2024. Ce qu’il a omis de préciser sur son profil LinkedIn selon lequel il serait passé directement de la marque au losange à Kering.
Les interrogations fusent sur les motifs de cette éviction. Certes, chez Renault la valse des dirigeants était incessante, mais plutôt à la demande de Luca de Meo. Ce qui n’est pas le cas ici, puisque ce dernier vient de le rappeler à ses côtés. « Luca de Meo est quelqu’un d’affable et d’un commerce très agréable, mais il a besoin de managers musclés autour de lui pour faire exécuter ses ordres », assure un de ses ex-collègues de Renault.
Chez Kering, l’ambiance aux RH est donc en train de changer de façon radicale. D’autant que le nouveau venu répète à l’envi que la DRH du groupe ne va plus rester longtemps. Membre du comité exécutif et directrice des ressources humaines depuis neuf ans, Béatrice Lazat serait sur la sellette et sous pression. Et, comme chez Renault où Luca de Meo n’a eu de cesse de nommer des Italiens, de Flavio Briatore en F1 à Antonino Labate chez Alpine en passant par Gianluca De Ficchy chez Mobilize, un recrutement transalpin pourrait se profiler. Le DRH de Gucci, Francesco Falai, sera-t-il promu ? Il aurait en tout cas l’oreille du patron sur les sujets RH du groupe.
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Au-delà de la valse des noms, le nouveau dirigeant de Kering a aussi rapidement montré qu’il entendait changer de méthode. Début septembre, lors d’un meeting réunissant quelque 200 dirigeants de la société, il a demandé deux choses à ses troupes. D’une part, de ne pas lui envoyer de mails, parce qu’il ne les lit pas, et de fonctionner plutôt avec WhatsApp. D’autre part, il leur a aussi suggéré d’arrêter de dire du mal des uns et des autres. Et, comme chez Renault, où il avait dès son premier jour épargné à chaque membre de l’équipe dirigeante de se présenter - assurant qu’il connaissait tout d’eux -, le nouveau leader de Kering a vite fait comprendre qu’il n’était pas là pour écouter, mais pour trancher. Ce qu’il a immédiatement fait en imposant Francesca Bellettini, ex-directrice générale adjointe de Kering, à la tête de Gucci.
Luca de Meo est aujourd’hui un homme craint. Même si sa stratégie qu’il a déroulée dans une feuille de route, comme l’a précisé La Lettre, n’est pas encore des plus limpides. Une certitude toutefois : il semble suivre à la lettre les recommandations de François-Henri Pinault, le président du groupe qui avait pourtant promis de prendre du champ après la nomination d’un nouveau directeur général. Contactés, Thomas Cuntz et Béatrice Lazat n’ont pas répondu à l’Informé.