L'Informe : Intertek tente de s’immiscer dans les discussions entre Bureau Verit

Intertek tente de s’immiscer dans les discussions entre Bureau Veritas et SGS
Alors que les négociations se poursuivent entre les deux géants de la certification, le groupe d’inspection britannique pousse pour s’adosser au Français. Comme en 2024.

Le scénario d’un rapprochement XXL entre les géants de l’inspection Bureau Veritas et SGS pourrait-il être bousculé par un troisième larron ? Selon nos informations, l’un de leurs concurrents, le britannique Intertek, tente de s’immiscer dans les débats. Ce dernier, qui est épaulé par plusieurs conseils, dont JP Morgan, milite en faveur d’un rapprochement avec Bureau Veritas, lui-même assisté par Morgan Stanley alors que la boutique Zaoui & Co conseille son premier actionnaire, Wendel. Intertek et Bureau Veritas ont déjà très sérieusement exploré cette piste l’an passé, comme l’a révélé le Financial Times. C’est après l’abandon de cette piste que le Français a été amené à explorer un deal avec SGS (ici conseillé par Goldman Sachs et Citigroup). Mais, en réalité, Intertek n’a pas renoncé, a appris l’Informé, et essaie d’inverser la vapeur en sa faveur. « Ce n’est pas forcément très malin de tenter d’interférer dans un mariage entre deux acteurs qui discutent amicalement », observe cependant une source proche de Bureau Veritas.

Le scénario d’un mariage entre Intertek et Bureau Veritas s’avère sensiblement différent d’une union entre ce dernier et SGS. Dans la première combinaison, c’est le groupe tricolore qui apparaît comme le consolidateur : sa valeur en Bourse s’élève à 14 milliards d’euros, quand celle de son concurrent britannique se chiffre aujourd’hui à 8 milliards. Entre Bureau Veritas et SGS, la taille tourne en revanche en faveur de l’Helvète : valorisé 17 milliards, il jouerait le rôle de la société absorbante - dans un schéma qui pourrait passer par une offre publique d’échange avec une prime d’acquisition comme révélé par l’Informé. Dans ce scenario, le centre de gravité du nouvel ensemble pencherait plutôt vers la Suisse… Alors que Bureau Veritas vient de faire son entrée au CAC 40. Le spectre du deal Lafarge-Holcim, qui, d’un mariage entre égaux a fini par aboutir à une absorption pure et simple d’un fleuron tricolore par un groupe étranger, n’est pas très loin.

Selon nos informations, Intertek essaie de plaider sa cause auprès de l’Etat. Le Britannique - dont le président du conseil d’administration est un Français, André Lacroix - cible particulièrement Bpifrance. La banque publique d’investissement avait pris 4,2 % du capital de Bureau Veritas en avril 2024, au moment où Wendel avait choisi de placer 9 % du capital du groupe sur le marché, réduisant ainsi sa participation à 26,5 % (et 41 % des droits de vote). L’arrivée de Bpifrance au capital s’était réalisée au moment où les négociations avec Intertek avaient marqué une pause. Sa prise de participation s’était réalisée au travers du fonds Lac1, un véhicule constitué pour stabiliser l’actionnariat de grands groupes tricolores… et notamment les aider à agir en consolidateur dans leur marché. Ce qui laisse penser que Bpifrance était bel et bien au courant des négociations avec Intertek. Une source proche de la banque publique fait néanmoins savoir à L’Informé qu’aucun contact n’est établi à ce jour avec le groupe britannique.

Les quinze prochains jours devraient en tout cas être décisifs pour les discussions entre Bureau Veritas et SGS. Et cela sous le regard attentif de la Bourse, où l’action SGS s’est érodée de 8 % depuis l’officialisation des pourparlers, tôt le 15 janvier, quand celle de Bureau Veritas n’est plus qu’en hausse de 1,5 % après être montée de 5 % dans l’immédiat. Les marchés seront particulièrement attentifs au rationnel industriel d’un rapprochement, ainsi qu’aux synergies commerciales et de coûts qu’ils comptent tirer de celui-ci. Elles devront aussi expliquer comment de nouvelles économies pourraient s’articuler avec la cure de minceur annoncée l’an passé par SGS : le groupe avait communiqué vouloir réaliser 100 millions de francs suisses (110 millions d’euros) de coupes d’ici fin 2025. Plusieurs sources font état de 400 à 500 millions d’euros de synergies attendues par les parties. À titre de comparaison, Bureau Veritas a totalisé 5,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour 930 millions d’euros de bénéfice opérationnel ajusté. SGS, lui, a généré 6,6 milliards de francs suisses de revenus (7,1 milliards d’euros) pour 971 millions de francs suisses de résultat (1 milliard d’euros).

Contactés, Wendel et Bureau Veritas n’ont pas souhaité faire de commentaires. Intertek n’avait pas donné suite à nos sollicitations au moment où nous publions ces lignes.