(LeTemps.ch) Saint-Gobain cherche à rétablir le dialogue avec Sika Willy Boder

Saint-Gobain cherche à rétablir le dialogue avec Sika
Willy Boder

Pierre-André de Chalendar lâche du lest dans une lettre ouverte

Un nouvel épisode intervient dans le feuilleton ouvert début décembre 2014 par la vente discrète d’un paquet d’actions du groupe chimique suisse Sika au géant français Saint-Gobain par la famille propriétaire Burkard.

Pas moins de six procédures judiciaires sont en cours ou en voie d’être ouvertes pour défendre ou combattre cette transaction qui permet à Saint-Gobain, spécialisé dans les matériaux de construction et la chimie associée au bâtiment, de prendre une majorité de contrôle de Sika en détenant 16,1% du capital.

Incertitude néfaste

Ce conflit, dont l’issue reste toujours incertaine, inquiète les analystes financiers, s’il devait perdurer, en raison de l’incertitude qu’il fait peser sur l’avenir de Sika, dont les 16 000 employés peuvent se sentir déstabilisés. Face à la détermination du conseil d’administration de Sika, présidé par Paul Hälg, de s’opposer à la transaction, avec un fort appui des actionnaires majoritaires en nombre d’actions mais minoritaires en nombre de voix, le patron de Saint-Gobain, Pierre-André de Chalendar, tente de faire pencher la balance de son côté.

Dans une lettre ouverte adressée aux actionnaires, aux employés et aux clients de Sika, Pierre-André de Chalendar rappelle les promesses déjà faites, à savoir le maintien du siège de Sika en Suisse et la préservation au maximum de la culture d’entreprise et de l’autonomie du groupe suisse, qui devrait être intégré dans Saint-Gobain en tant que filiale.

Cette lettre ouverte, publiée dans deux journaux dominicaux alémaniques, est écrite sur un mode nettement plus conciliant que les déclarations précédentes provenant du groupe français, dix fois plus important en chiffre d’affaires annuel que Sika, qui a affiché l’an dernier des ventes pour 5,57 milliards de francs, en hausse de 8,3%.

Réseau à l’étranger préservé

Pierre-André de Chalendar a toujours affirmé, sans être pris au sérieux par la direction et le conseil d’administration de Sika, qu’une autonomie maximale du groupe suisse serait assurée. Dans sa lettre ouverte, le patron de Saint-Gobain fait un pas de plus dans cette direction. Après avoir répété les promesses de maintien de la cotation et du siège social en Suisse, il lâche du lest sur le réseau des succursales à l’étranger.

Dans son plan initial, Saint-Gobain entendait remanier totalement le réseau en confiant les activités commerciales du nouveau groupe soit à Sika, soit à Saint-Gobain, selon l’importance des affaires dans tel ou tel pays. Les deux entreprises étant fortement concurrentes dans le domaine du mortier, cette intention a soulevé une vive opposition de la part des dirigeants de Sika. Or, Pierre-André de Chalendar lâche pour la première fois du lest sur ce point en promettant que les succursales de Sika à l’étranger pourront être conduites sans changement comparé à la situation actuelle.

Reste à savoir si cela sera suffisant pour amener à la table de négociations les dirigeants de Sika, renforcés par le fort soutien des actionnaires le 14 avril lors de l’assemblée générale. Sur le plan juridique, la décision de la Cour de cassation du Tribunal cantonal de Zoug sur le blocage des propositions de changement de majorité décidé par les actionnaires est la plus attendue.