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Michel Demaré, président du conseil d’administration de Syngenta, réplique aux avances de Monsanto. Il se dit «irrité» par les offres à répétition du géant américain sur son concurrent bâlois
Le Temps: Les résultats publiés par Syngenta jeudi sont meilleurs que ce qu’attendaient les analystes. Ces chiffres vont-ils renforcer votre position face à Monsanto?
Michel Demaré: Oui, c’est un message très puissant. Cela va augmenter notre crédibilité auprès des actionnaires. A taux de change constant, nos ventes ont progressé de 3% dans un environnement difficile, cela montre que les fondamentaux sont là et que, seuls, nous nous en sortons très bien.
– Pierre Landolt, un ancien membre de votre conseil, disait récemment dans ces colonnes que l’histoire entre Monsanto et Syngenta ressemblait à celle de la chèvre de Monsieur Seguin; Syngenta va résister toute la nuit, mais se faire manger au petit matin…
– Non, absolument pas. Et j’ai beaucoup de respect pour Pierre mais je suis prêt à parier une bouteille avec lui qu’il a tort. Je pense que Monsanto arrive à un moment assez opportuniste. Il est clair qu’ils ont quelques doutes sur leur futur et pensent qu’il leur faudra une base chimique de protection des cultures pour se développer. Ils s’attaquent donc au leader du secteur. Mais nous ne sommes pas le genre d’actifs que l’on achète au rabais. Et nous ne sommes pas à vendre! Dans leur proposition, trois éléments sont inacceptables: les risques liés aux autorités de la concurrence, le partage des fruits de la synergie injuste pour les actionnaires de Syngenta et le prix offert. Vous avez interviewé Hugh Grant [le patron de Monsanto], mais deux questions sont restées sans réponses: combien pense-t-il obtenir de la vente de nos activités de semences et combien pense-t-il gagner de l’inversion fiscale qu’il entend réaliser. S’il vous avait donné une réponse honnête sur ces points, vous auriez compris que Monsanto veut acheter Syngenta à un prix ridicule. Mais il a été extrêmement discret. Depuis trois semaines, il parle, il parle, il parle mais rien de nouveau ne vient. Sauf deux choses: le ton devient de moins en moins amical et les insinuations infondées sont de plus en plus nombreuses…
– Vous avez publié des courriers confidentiels envoyés par le patron de Monsanto, vous parlez vous-même d’une offre «grossièrement inadéquate», d’une approche «simpliste», «totalement irresponsable»… Ce n’est pas très amical non plus…
– Il n’y a rien de personnel. Le conseil d’administration est unanime derrière cette approche. Comprenez: c’est la troisième fois que Monsanto vient frapper à notre porte. Si vous avez une belle maison et que quelqu’un veut l’acheter à un prix qui ne reflète pas sa valeur, la première fois vous dites gentiment non, merci. La deuxième fois, aussi. Mais la troisième fois, vous n’offrez même pas une tasse de café. On en est là. Si le rêve de Hugh Grant est d’acquérir cette société comme il le dit, il faut qu’il en paye le prix. Par ailleurs, il continue d’appeler cela une fusion. Mais il s’agit d’une offre publique d’achat hostile [unfriendly takeover]. Et, oui, il y a une certaine irritation car cela fait quatre ans qu’ils sont dans notre dos, sans offre sérieuse. C’est une perte de temps. Hugh Grant envoie des communiqués en disant «ils disent non, mais je crois que non veut dire oui», eh bien il se trompe. Non signifie non.
– Hugh Grant répond qu’il pourrait améliorer son offre si vous lui donniez accès à vos dossiers…
– Mais il y a tellement de domaines où nous avons un duopole entre Monsanto et Syngenta – par exemple dans la recherche sur le maïs. Est-ce que l’on va leur montrer tous les nouveaux produits que nous sommes en train de développer? C’est inacceptable de venir avec une telle proposition.
– Dans l’un de vos courriers, vous dites que, dans le cas d’une fusion, la réputation de Monsanto porterait préjudice à celle de Syngenta. Comment décririez-vous l’image de Monsanto?
– C’est la société la moins populaire de toute l’industrie – qui n’est elle-même pas populaire. Monsanto est agressif dans sa communication, ce qui accentue son problème. Leur comportement de ces dernières semaines ne fait que renforcer cette impression. Avec la nouvelle société, ils proposent de résoudre cela en changeant de nom. Mais une société, c’est comme une personne. Demain vous pourriez vous appeler Pierre au lieu de Valère, vous aurez toujours le même ADN, les mêmes manières, la même éducation, la même attitude… La différence culturelle entre nos deux sociétés est énorme et poserait des problèmes évidents en termes d’intégration.
– Dans ces colonnes il y a deux semaines, Hugh Grant expliquait combien vos actionnaires se montraient enthousiastes pour cette offre. Cela vous inquiète-t-il?
– Il y a trois semaines, j’ai aussi parlé avec nos plus grands actionnaires. C’est une manipulation de l’information de dire que tous nos actionnaires soutiennent l’approche de Monsanto. Il faut en distinguer deux catégories. D’un côté, il y a ceux qui possèdent uniquement des actions Syngenta, qui sont très intéressés par nos explications et veulent comprendre notre stratégie individuelle – ce que nous ferons davantage dans les semaines à venir puisque notre directeur, Mike Mack, et notre directeur financier, John Ramsay, vont partir en roadshow en Europe et aux Etats-Unis pour les rencontrer à ce sujet. De l’autre côté, il y a ceux auxquels Hugh Grant fait référence, qui possèdent des actions Syngenta et des actions Monsanto et veulent voir un accord se mettre en place.
– Hugh Grant disait aussi: «Michel Demaré s’inquiète de la réaction des autorités, mais si l’on augmentait le prix, il entrerait en matière. C’est amusant!» Que répondez-vous à cela?
– Encore une fois, c’est une manière très intéressante de manipuler la vérité. Avec un prix supérieur mais en ignorant les autres problèmes, cela resterait trop dangereux. L’on s’engagerait dans un démantèlement de notre société.