Menace d’écran noir pour les abonnés de Numericable
L’opérateur télécom conteste une augmentation de la redevance qu’il verse à la Ville de Paris pour l’utilisation de ses locaux. Celle-ci menace de priver tous ses clients de télévision et d’internet.
Numericable est une nouvelle fois au centre d’une polémique. Cette fois-ci c’est la ville de Paris qui est en conflit avec le groupe du désormais très médiatique Patrick Drahi . Pour un différend concernant le paiement de redevances par Numericable à la ville de Paris, pour l’utilisation de locaux. L’affaire prend une telle ampleur que Paris menace désormais de couper la télé et l’internet aux abonnés de Numericable !
L’histoire remonte à 2009 : Numericable refuse alors de signer la convention qui fixe les augmentations de tarifs pour l’utilisation de locaux de la ville de Paris dans lesquels les opérateurs télécom déploient leurs infrastructures techniques pour distribuer la télévision et internet. L’augmentation pour Numericable se chiffre à 62.772 euros annuels en moyenne. Mais l’opérateur s’y oppose.
« Nous avons un désaccord sur le métrage. Nous ne voulons payer que ce que nous utilisons comme espace. Or la Ville de Paris nous impose de payer toute la surface », explique Jérôme Yomtov, directeur délégué de Numericable-SFR. « On a beaucoup investi dans Paris et on va continuer à le faire », ajoute-t-il. Pas question pour Paris de pratiquer des tarifs préférentiels ou de changer l’assiette de calcul. Comme elle est obligée d’appliquer le même régime à tous les opérateurs télécoms au nom du principe d’équité, cela signifierait, si elle devait céder à Numericable aujourd’hui, qu’elle devrait restituer des montants déjà perçus aux seize autres opérateurs télécom, qui, eux, ont tous signé la convention de 2009.
L’addition atteint 8,37 millions d’euros
Puisqu’une convention avait été conclue en 2005 entre Numericable et la ville de Paris, c’est celle-ci qui s’appliquait jusqu’ici. Sauf qu’elle est arrivée à échéance le 10 février dernier et que depuis, Numericable se trouve donc être un « occupant sans droit ni titre » des locaux de la ville de Paris. Celle-ci a par ailleurs constaté des irrégularités (paiement partiels) entre 2008 et 2013, de la part de Numericable. Au total, le montant de l’addition atteint 8,37 millions d’euros (dont 1,97 million dus au nom de Completel, la filiale de Numericable).
Depuis plusieurs mois, Paris a envoyé plusieurs mises en demeure et déposé des recours. De son côté, Numericable a aussi engagé plusieurs recours contre la ville de Paris, pour contester les montants à régler. Mais le 26 juin dernier, la tension est montée d’un cran. Paris a en effet carrément mis en demeure Numericable de retirer toutes ses installations, au plus tard le 10 août prochain. La conséquence serait majeure pour les clients de l’opérateur, qui se retrouveraient privés de télévision et d’internet. Dans son courrier à l’opérateur, dont « Les Echos » ont eu connaissance, la Ville Paris précise bien que dans l’hypothèse où Numericable ne s’exécuterait pas « il pourra être procédé d’office au retrait des installations et à la remise en état des lieux ».
Télé et internet coupés
Les réseaux telecom nationaux des opérateurs s’interconnectant à Paris, ce sont tous les abonnés de Numericable sur le territoire français (1,7 million) qui seraient menacés et aussi les 2,4 millions de clients de Bouygues Telecom, qui loue le réseau de Numericable. Pour la télévision, ce sont surtout les parisiens qui sont menacés. Beaucoup d’immeubles collectifs de la capitale ne disposant pas de râteaux ou de parabole, ils ne reçoivent la télé que par le câble, donc par Numericable.
D’autres collectivités ont eu maille à partir avec Numericable, parmi lesquelles Sarreguemines et Saint-Quentin en Yvelines. Ou encore les Hauts-de-Seine , qui réclament près de 100 millions d’euros à l’opérateur. Ironie du sort, le conflit avec la Ville de Paris est rendu public alors que Numericable a publié, ce matin, un sondage Harris Interactive témoignant de l’importance qu’accordent les français à la qualité de connexion internet. Celle-ci est considérée pour 93 % des Français interrogés, comme une « force importante des territoires pour attirer de nouveaux arrivants », et pour 95 %, pour faire venir de nouveaux investisseurs...