Le patron d’Altice a été auditionné mercredi par l’Assemblée nationale.Il est revenu sur sa frénésie d’acquisitions et les méthodes de gestion chez SFR.
Première sortie publique pour Patrick Drahi, depuis le rachat de SFR fin novembre. Le président d’Altice-Numericable a passé son premier grand oral devant l’Assemblée nationale mercredi matin. L’homme dont tout le monde parle dans les télécoms ces derniers jours depuis l’annonce du rachat par Altice de l’opérateur américain Suddenlink, s’est montré plutôt ouvert, mais ferme, plaisantant avec les députés, qui l’ont surtout tancé sur les dettes de son groupe et le malaise social grandissant chez SFR.
« J e fais ce métier depuis 25 ans. Mon ambition c’est de développer un groupe international, avant tout familial », a-t-il expliqué, se montrant très serein vis-à-vis des dettes accumulées à la suite de multiples rachats en quelques mois (SFR, Virgin Mobile, Portugal Telecom, Suddenlink), et qui s’élèvent au total à 33 milliards d’euros pour Altice. « La dette que l’on porte est calculée au regard de nos perspectives. Chez Numericable-SFR elle est au même niveau que nos concurrents », a-t-il assuré. Tout en ajoutant que « la dette n’était pas un problème pour une entreprise qui croît. Ce sont les groupes en décroissance qui se focalisent sur la réduction de l’endettement ». « Je ne vais pas faire de croissance boulimique au risque d’hypothéquer mon entreprise », a néanmoins tenté de rassurer le nouveau magnat des télécoms.
Pas prêt pour Time Warner Cable
Revenant sur l’intérêt porté à l’américain Time Warner Cable, que Charter s’apprête à racheter, Patrick Drahi a confié qu’il n’était « pas prêt » à faire le deal. « J’ai discuté deux heures avec le patron. Il était comme un fou, il devait prendre une décision dans l’heure. Je lui ai dit, ce n’est pas possible, on rentre», a-t-il précisé en marge de l’audition. A l'origine, voyant les gros opérateurs américains fusionner entre eux, le patron d’Altice est parti au pays de l’Oncle Sam dans la perspective de racheter les entreprises restantes.
« Si je prends cinq petits morceaux de la taille de Numericable, je deviens aussi gros que Time Warner Cable », calcule-t-il. Le milliardaire restera à coup sûr à l’affût des opportunités qui pourront se présenter outre-Atlantique. Le sera-t-il également en France, où Bouygues Telecom pourrait faire figure de cible pour Altice ? Patrick Drahi n’en a pas fait mention. Mais il a rappelé « la nécessaire consolidation des télécoms en Europe », qui passera par des « rapprochements entre opérateurs dans les pays ».
« SFR était devenue une vraie fille à papa »
Dans l’Hexagone, l’homme est devenu un incontournable des télécoms depuis le rachat de SFR. Bien connu pour sa capacité hors du commun à couper dans les coûts, il ne fait pas que des heureux au sein des effectifs de l’opérateur télécoms, et chez ses fournisseurs, comme le lui ont fait remarquer les députés. « Si malaise il y a, ce n’est pas nous qui l’avons créé, mais nos prédécesseurs. SFR était devenue une vraie fille à papa, qui dépensait sans compter, et laissait la maison-mère (Vivendi, ndlr) régler les factures à la fin du mois. Le papa a changé, et ma fille ne fait pas comme ça ».
Il a donc fallu remettre de l’ordre. Quitte à employer des méthodes de gestion quelque peu rugueuses, mais qui devraient permettre à l’opérateur de renouer avec les investissements et d’améliorer la qualité de son réseau, assure Patrick Drahi. Le patron d’Altice réfute les accusations d’impayés auprès de ses fournisseurs, estimant logique de vouloir payer le « juste prix » pour une prestation. « Nous tentons de responsabiliser davantage les sous-traitants, pour les aider à grandir. On n’a pas intérêt à ce que nos fournisseurs perdent de l’argent ! »
Impatient de pouvoir relancer les investissements dans les infrastructures chez SFR, le premier actionnaire de l’opérateur a indiqué qu’il participerait aux enchères pour les fréquences 700 MHz, tout en indiquant qu’il n’en avait « pas besoin » dans l’immédiat. « Je ferai mon devoir de citoyen », a-t-il annoncé devant la représentation nationale