Un financier italien menace l’OPA sur le Club
Med
En disant vouloir monter à 10% dans le Club Méditerranée à un prix supérieur à celui de l’OPA Fosun-Ardian, BI-Invest pourrait faire échouer l’opération.
BI-Invest est dirigé par le financier italien Andrea Bonomi - DR
Menace sur l’OPA en cours sur le Club Méditerranée. La société d’investissement BI-Invest du financier italien Andrea Bonomi a fait savoir, ce week-end, avoir acquis 6,5% de l’exploitant de villages de vacances à travers un véhicule «ad hoc», Strategic Holdings. Etalés sur plusieurs mois, les achats de 2 millions d’actions se sont récemment accélérés, la société ayant déclaré le franchissement de seuil aux autorités boursières. Selon le «Corriere della Sera», l’objectif de l’investisseur italo-suisse est de monter à 9-10% dans le groupe français en vue de s’aligner sur le niveau détenu par les deux autres grands actionnaires du Club Med : le conglomérat chinois Fosun Property Holdings (9,5%) et la société d’investissement Ardian (ex-AXA Private Equity, devenu indépendant) à 8,9%. BI-Invest aurait d’ailleurs averti le PDG du Club Med, Henri Giscard d’Estaing, et Ardian de ses intentions.
«Andrea Bonomi n’a aucune intention de s’opposer à l’OPA Fonsun-Ardian ; c’est une opération ‘’market friendly’’», assurait ce week-end son entourage aux «Echos». Mais les initiateurs de l’OPA, qui ont lancé leur offre il y a un an avec le soutien du management, à travers Gaillon Invest, s’inquiètent au contraire d’une «manœuvre de déstabilisation».
Soupçons
Côté français, on soupçonne le financier italien de parier sur l’échec de l’OPA Fosun-Ardian, vu qu’il a contribué à pousser le marché à la hausse en rachetant ses actions à un cours supérieur au prix de l’offre (18,9 euros contre 17,5 euros), tout en étant l’acteur principal sur le volume. «Cela ne peut pas être amical de parier sur l’échec de l’offre ; si elle échoue, il peut continuer à acheter moins cher», estime une source proche du dossier. Le pari d’Andrea Bonomi serait soit de forcer les acquéreurs à relever leur prix, soit de parier sur l’échec de l’OPA qui ferait tomber le cours au-dessous du prix de l’offre, ce qui lui permettrait alors de continuer à se renforcer dans le capital à un cours plus bas.
Héritier d’une dynastie milanaise d’industriels et financiers, Andrea Bonomi, 49 ans, est surtout actif à travers Investindustrial, sa société d’investissement spécialisée dans le rachat d’entreprises moyennes. Elle a notamment repris Ducati, les parfums Atkinson ou Aston Martin. Investindustrial est aujourd’hui présente sur trois continents avec un portefeuille représentant 46.500 salariés et 3 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Ayant passé sa jeunesse en France et à Londres, le financier milanais, qui vit entre Milan, Lugano et Londres, a été aussi très actif dans le secteur bancaire depuis son entrée dans Banca Popolare di Milano, dont il est devenu l’un des principaux actionnaires à 8,5% avant de revendre ses actions en janvier avec une belle plus-value. ■