Les Echos : L'université de Californie brosse un portrait au vitriol des hedge f

L'université de Californie brosse un portrait au vitriol des hedge funds
L'institution n'investira plus dans les fonds alternatifs, jugés trop chers et trop peu performants. Elle critique les pratiques du secteur, qui rognent les rendements des investisseurs.

Mieux vaut un bon sommeil qu'un bon lit. C'est en essence la conclusion à laquelle est arrivée l'université de Californie (UCLA), rapportent le « Financial Times » et le média spécialisé PI Online. L'institution, qui dispose de presque 200 milliards de dollars d'actifs, ne confiera désormais plus un sou aux hedge funds.

Ces derniers n'ont pas joué leur rôle de couverture lors des retournements de marché en 2000, 2008 et 2020, a rappelé à l'occasion d'une réunion Jagdeep Singh Bachher, responsable des investissements au sein de l'université. Au contraire, en prenant des risques inconsidérés, les hedge funds ont aggravé les pertes au sein du portefeuille. Un comble, car le principal argument de vente de ces stratégies complexes, peu liquides et surtout onéreuses est d'offrir un rendement décorrélé des conditions de marché.

Au cours des vingt dernières années, si les investissements dans les stratégies alternatives avaient été à la place dirigés vers des actions et des obligations, « le rendement aurait été identique pour un risque comparable, mais sans toutes les inquiétudes, l'illiquidité et les coûts » associés à la gestion alternative, a regretté Jagdeep Singh Bachher.

Un processus de cinq ans

Les fonds dégagés par l'université seront donc placés sur les actions, dont le poids au sein des portefeuilles de l'institution passera de 53 % à 57 %. En moyenne, au sein de ses différentes poches, l'université visait jusqu'à présent une allocation de plus de 4 % pour les stratégies alternatives. Même si les montants investis étaient en réalité déjà bien plus faibles.

La décision de supprimer complètement l'exposition aux fonds alternatifs avait en effet été prise dès 2020. Mais alors qu'il faut en général un mois et demi à l'institution pour faire évoluer ses positions classiques, la « beauté » des hedge funds explique que ce processus ait pris cinq ans, a ironisé le responsable.

En somme, selon le responsable de l'université, les stratégies alternatives profitent d'abord aux gérants qui les exécutent. « Les hedge funds sont un secteur fantastique si vous êtes à Wall Street : vous pouvez faire payer des frais élevés et vous acheter toutes les oeuvres d'art, les jets privés et les belles propriétés », a plaisanté Jagdeep Singh Bachher.

Modèles « pass-through »
La critique est récurrente. Au cours des dernières années, le modèle de facturation des gérants s'est éloigné du traditionnel « two and twenty », c'est-à-dire 2 % de frais de gestion auxquels s'ajoutent 20 % ponctionnés sur les profits réalisés. Désormais, les fonds optent pour des modèles de « pass-through », pour lesquels la totalité des frais sont refacturés aux clients - salaires mais aussi loyer, coûts de maintenance ou de déplacement…

Cela en dépit d'une performance de plus en plus poussive. Entre début 2015 et aujourd'hui, la performance moyenne des hedge funds dépasse à peine 60 %. Contre plus de 200 % pour l'indice élargi S&P 500 au cours de la même période.

LCHI, filiale de sélection de hedge funds d'Edmond de Rothschild calcule ainsi que les frais perçus par les fonds alternatifs ont représenté plus de la moitié de leur performance totale au cours des dix dernières années. « Je regrette, non pas d'avoir investi dans les hedge funds, mais de n'être moi-même pas gérant de hedge fund », a logiquement conclu Jagdeep Singh Bachher.