Les attaques de Muddy Waters sur Casino dans le viseur de l'AMF http://bit.ly/1KeGxAC
Le gendarme boursier juge « préoccupante » l'intervention de l'investisseur américain.
« L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. » Gérard Rameix, président de l'AMF (Autorité des marchés financiers), n'a pas fait montre d'une grande sympathie à l'égard de Muddy Waters, ce fonds qui « ne rechigne pas à pêcher en eaux troubles ».
Il y a un mois, l'investisseur américain avait publié une note sur Casino, entraînant le 17 décembre une chute du titre de 20 %. Il avait jugé l'action surévaluée et s'inquiétait de sa capacité à faire face à sa dette. « Cette note a fait plus qu'attirer notre attention. Nous avons eu des réunions sur ce sujet », a confirmé Gérard Rameix. Pour autant, il semble que « ce soient des professionnels. Ils ont distillé à la fois des informations négatives sur Casino, en les détaillant même et en les nuançant pour ne pas être taxés de diffusion de fausses informations », a-t-il ajouté.
Alors qu'il annonçait prévoir une évolution à la baisse du cours, Muddy Waters a aussi indiqué au marché qu'il avait pris des positions en ce sens sur les actions Casino. « D'une certaine façon, le marché aurait pu dire "je ne le crois pas, car ils ne font que tirer le cours vers le bas" », a conclu le président de l'AMF.
Hasard du calendrier ou pas, ce mercredi, Muddy Waters a publié sur son site une nouvelle note adressée à Casino avant de s'entretenir ce jeudi avec lui. Le cabinet d'analyse financière s'interroge sur les cessions réalisées par Mercialys, la filiale immobilière, et met aussi en cause la notation délivrée par S&P sur la dette du groupe, qu'il juge trop clémente. Le cours de l'action Casino, qui était en nette hausse, a réduit ses gains suite à cette nouvelle offensive.
Nombreuses inquiétudes
Muddy Waters n'était que l'un des sujets évoqués dans la matinée par Gérard Rameix, qui présentait ses voeux. Le patron du gendarme boursier français a aussi dévoilé ses priorités pour l'année : continuer à maîtriser les risques pour restaurer la confiance des investisseurs, travailler à un système européen convergent, transparent, et neutre avec une égalité de concurrence quel que soit le pays. Le régulateur a également tenu à alerter les acteurs des marchés. « Cela fait longtemps que je n'avais pas vu autant d'inquiétudes », a-t-il précisé.
Première crainte : « Les risques géopolitiques très importants, au Moyen-Orient, en Ukraine ou en Libye. » Les marchés ont été encore peu affectés par le terrorisme, mais d'autres événements pourraient changer la donne.
Le deuxième risque vient du « shadow banking », la finance de l'ombre. Après la crise de 2008, le monde a basculé d'un financement surtout bancaire vers un système où l'appel au marché s'est développé, avec des procédures de contrôle moins précises et moins fiables. Troisième crainte, la liquidité pourrait s'assécher. Enfin, dernier risque : la difficulté à préserver un actionnariat français de long terme. Plus de la moitié du capital des groupes du CAC 40 est entre les mains d'investisseurs étrangers. « On peut se plaindre des politiques de dividendes ou de relocalisation, mais dès lors que nous ne sommes plus propriétaires » de ces groupes, « nous n'avons à nous en prendre qu'à nous-mêmes ».