Le secteur des telécoms optimiste sur la reprise à venir
Après des années de turbulences, le marché est en train d’atterrir en Europe, selon l’Idate.Les défis à relever en termes d’investissement dans les réseaux demeurent importants.
Les opérateurs télécoms européens entrevoient le bout du tunnel. Depuis quelques semaines, les signaux de reprise se multiplient dans le secteur. Selon l’Idate, qui organisait son « DigiWorld Forum » mardi, avec de nombreux acteurs invités, le secteur devrait connaître en 2017 une « très légère croissance », après des années de turbulences. Ces prévisions confirment celles d’Arthur D.Little et Exane BNP Paribas, dans une récente étude, et sont cohérentes avec le discours plus optimiste des opérateurs depuis le début de l'année.
A cette date, la dynamique de croissance du secteur télécoms en Europe devrait même être similaire à celle des Etats-Unis, ce qui n’est pas arrivé depuis des années. « On prévoit plus ou moins 1 % de croissance en Europe et cela sera pareil aux Etats-Unis, alors qu’en 2012, il y avait 8 points d’écart entre les deux continents », explique Didier Pouillot, spécialiste des télécoms à l’Idate. En valeur, cependant, les différences restent évidemment très importantes, les abonnements télécoms au pays de l’Oncle Sam étant beaucoup plus onéreux qu’en Europe.
Pour les « telcos » européens, plus de croissance signifie plus de revenus, plus de marges et donc plus de capacités d’investissement. C’est essentiel pour faire face à l’explosion du trafic de données attendu sur les réseaux. « Le volume de datas dans le mobile double chaque année depuis deux ans », a rappelé Olivier Roussat,le patron de Bouygues Telecom, invité au Forum de l’Idate. La faute évidemment aux Google, Netflix et autres acteurs du web qui abreuvent les réseaux de toujours plus de contenus. Une aubaine pour les opérateurs qui peuvent vendre des forfaits plus gourmands, et donc plus chers, mais un véritable défi en terme d’investissement pour construire des réseaux suffisamment solides.
Bataille des réseaux
La rivalité entre « telcos » et géants du web sur le thème de l’investissement n’est pas nouvelle, les premiers reprochant aux seconds de ne pas payer le péage pour utiliser leurs autoroutes de l’information. « En trois ans, les acteurs du web ont investi 100 milliards de dollars au plan mondial dans les infrastructures du web », s’est défendu Carlo d’Asaro-Biondo, directeur des partenariats et relations stratégiques de Google pour l’Europe, lors du colloque, rappelant aussi ses projets dans la fibre aux Etats-Unis. « L’idée reçue selon laquelle les géants du webn’investissent pas dans les réseaux est fausse », a-t-il ajouté. Pas sûr que les échelles soient néanmoins comparables. « Pour la seule année 2013, les opérateurs télécoms ont dépensé à eux seuls 250 milliards d’euros », rétorque Didier Pouillot.
Si les opérateurs en Europe peuvent espérer une stabilisation du marché à court terme, ils peuvent aussi compter sur de nouveaux relais de croissance comme les objets connectés ou les services cloud. Le redressement des marges, et donc la capacité à investir, passera également par le maintien d’une bonne discipline des coûts selon l’Idate. « Des marges de 30 % restent nécessaires pour les opérateurs pour financer leurs investissements, considère Didier Pouillot. Quand un opérateur mobile a une marge d’Ebitda de moins de 20 %, comme Bouygues Telecom en France par exemple, c’est qu’il y a un problème ». Ces économies peuvent passer par la mutualisation des réseaux, le partage des infrastructures, ou encore par des rapprochements entre opérateurs.
La consolidation restera d’actualité dans les années à venir. « C’est le sens de l’histoire. Il y a une vraie corrélation entre le nombre d’opérateurs et leur capacité à investir », juge Stéphane Richard, le patron d’Orange, qui plaide encore et toujours pour un retour à trois acteurs en France, « à l’image de la logique en cours dans le reste de l’Europe ». Quitte à être en désaccord avec son principal actionnaire, l’Etat, qui ne veut plus entendre parler de consolidation... pour le bien de l’investissement.