La France s'inquiète du mariage boursier entre Londres et Francfort
Michel Sapin a fait part de ses préoccupations.
Il va saisir la Commission européenne.
La France sort de son silence. Vendredi, Michel Sapin a fait part à l'agence Reuters de son inquiétude à propos de la fusion annoncée entre la Deutsche Börse, l'opérateur de la Bourse de Francfort, et le London Stock Exchange (LSE). « Je veux dire la préoccupation du gouvernement français sur ce rapprochement. Nous avons des doutes sur les conséquences qu'il pourrait avoir pour le financement de l'économie réelle en France et en Europe », a déclaré le ministre des Finances et des Comptes publics. Dans sa ligne de mire, le résultat de cette union à 27 milliards d'euros qui donnerait naissance à un géant boursier européen. « Le rapprochement de ces deux entités aboutit à un ensemble considérable qui pourrait comporter en son sein une majorité des outils nécessaires au bon fonctionnement de nos marchés », a averti Michel Sapin.
Euronext marginalisé
Le nouvel ensemble gérerait ainsi des échanges de plus de 5.000 milliards d'euros par an sur les marchés actions. Il s'agirait surtout du deuxième acteur mondial, derrière l'américain CPE, sur le marché des dérivés... et le premier en matière de compensation. Or cette activité, qui permet un déroulement sécurisé des transactions, est a priori celle qui offre le plus de perspectives de croissance. Ce qui risquerait de marginaliser les autres acteurs européens, déjà bien plus petits, à commencer par Euronext, qui rassemble les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne. Et, potentiellement, de créer d'importantes distorsions en termes de concurrence sur certains segments de marché. « Nous ferons en sorte que la Commission européenne se saisisse pour éviter des situations de position dominante », a donc annoncé Michel Sapin.
Il s'agit de la première manifestation concrète des initiatives de la place de Paris pour contrer cette fusion. Les défenseurs du marché français préparent depuis plusieurs mois les arguments qu'ils comptent présenter aux instances communautaires, susceptibles de bloquer l'opération. Ils ont encore un peu de temps : les votes des assemblées générales de Deutsche Börse et du LSE sur le rapprochement auront lieu en juillet, après le référendum sur le Brexit. Ce n'est qu'à partir de ce moment que l'Autorité européenne de la concurrence se saisira du dossier.