Les Echos : Isabel Marant cède le contrôle de sa griffe

Un nouveau chapitre s'ouvre pour Isabel Marant, la griffe « désinvolte chic » de la créatrice parisienne. Selon nos informations, la fondatrice est entrée en négociations exclusives avec le fonds d'investissement Montefiore pour lui céder le contrôle de ses lignes de prêt-à-porter lancées dans les années 1990. Très jalouse jusqu'à présent de son indépendance, avec ses deux associées, Sophie Duruflé et Nathalie Chemouny, Isabel Marant conservera 49 % du capital. Courtisée ces dernières années par de multiples partenaires financiers en raison de son approche minimaliste et intemporelle, la marque se verrait valorisée plus de 300 millions d'euros dans le cadre de son alliance avec Montefiore. « Je ne fais pas de haute couture ni du "red carpet" », « "less is more" », a-t-elle coutume de dire.

Isabel Marant fait partie des « marques créateurs », comme Vanessa Bruno, et se situe dans la veine des blockbusters américains comme Tory Burch ou Michaël Kors. « Elle est l'une des dernières créatrices de mode à avoir émergé sur le marché et à détenir une vraie réalité économique », estime ainsi Pierre-François Le Louët, patron de l'agence de style Nelly Rodi. La clef de ce succès : une vision réaliste de la mode, à porter au quotidien. Son enfance passée entre un père français, une mère allemande et une belle-mère antillaise a donné un côté cosmopolite à ses collections, bohème, ethnique et urbaine. C'est sa collaboration avec H & M en 2013 qui a élargi la notoriété de cette créatrice, très discrète, auprès du grand public.

Vers de nouveaux territoires

Attachée à s'autofinancer, avec ses huit boutiques en propre, dont autant aux Etats-Unis qu'en France, et des points de vente multimarques, Isabel Marant a su assurer une croissance régulière de son chiffre d'affaires, estimé à 150 millions d'euros. La très grande majorité (80 %) est réalisé à l'international, de la Corée, à Dubaï, en passant par Londres. Mais sa rampe de lancement reste les Etats-Unis, son premier pays en termes de chiffre d'affaires.

Avec le fonds Montefiore, la marque veut accélérer ses investissements et explorer de nouveaux territoires comme les accessoires (sacs, etc.) - le compagnon d'Isabel Marant, Jérôme Dreyfuss, est le créateur des sacs du même nom. Ce qui explique qu'elle ait peu développé la maroquinerie, un secteur très rentable. Mais elle a su se faire un nom dans la chaussure, en lançant les premières baskets compensées en 2012, des modèles largement copiés depuis. Une collection Hommes est aussi à l'étude. Enfin, Isabel Marant veut franchir le cap du digital, avec un site marchand l'an prochain.