(Les Echos) Grandes manoeuvres chez les équipementiers auto


A l'instar de Johnson Controls ou de Bosch , beaucoup d'acteurs revoient leur périmètre d'activité pour se concentrer sur les métiers les plus rentables.

La liste s'étoffe chaque mois. Depuis le début de l'année, de nombreux équipementiers automobiles se sont lancés dans une vaste redéfinition de leurs métiers stratégiques. La semaine dernière, Johnson Controls a annoncé étudier son retrait de l'automobile, via un « spin off » ou une vente de 50 % de cette activité générant 24 milliards de dollars de chiffre d'affaires.

Dans le même temps, Bosch a indiqué qu'il souhaitait céder ou trouver un partenaire pour sa division de démarreurs. Une activité de 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires, qui emploie 6.500 salariés. Le 9 juin, Visteon bouclait la vente de sa participation de 70 % dans Halla Visteon Climate Control (systèmes de chauffage-climatisation) au coréen Hankook pour 3,6 milliards de dollars. Même désengagement pour l'autre américain, Delphi, qui annonçait en février la cession de ses systèmes thermiques à l'allemand Mahle Behr pour 727 millions de dollars. Autres mouvements stratégiques : la vente de l'activité « intérieur » de Magna à l'espagnol Antolin pour 525 millions de dollars ou encore le feu vert donné en mars par la commission européenne au rachat de TRW par son concurrent allemand ZF Friedrichshafen (12,2 milliards d'euros).

Multiplication des normes

Le fil rouge de toutes ces opérations ? « Les différents acteurs se concentrent sur les métiers où ils sont le mieux positionnés au niveau mondial. Il faut suivre le rythme des réglementations et des innovations technologiques », juge Gaëtan Toulemonde, analyste chez Deutsche Bank. Réduction d'émissions CO2 toujours plus drastiques, normes de sécurité active en plein essor, développement de la connectivité dans l'habitacle… Il est de plus en plus difficile de se battre sur tous les tableaux. Dans ce grand barnum, nombre d'équipementiers privilégient les activités d'électronique embarquée et de connectivité, alléchés par les perspectives de la voiture intelligente. C'est le cas de Delphi ou Visteon, qui se concentreront désormais sur ces activités, ou de Johnson Controls, qui ne garderait que ce métier dans l'automobile.

Dans le même temps, les activités à plus faible valeur ajoutée subissent un vaste désengagement, notamment l'équipement intérieur (planches de bord, portes…), qui a concentré nombre de mouvements. « C'est un métier compliqué, avec des marges serrées. Il est peu mondial car l'habitacle est très différent d'un pays à l'autre et requiert un haut niveau d'investissement, vu tous les changements en connectivité », indique un industriel.

Du côté du français Faurecia, si la division « intérieur » n'est pas à vendre, le groupe a mis en « revue stratégique » sa division « extérieur » (pare-chocs, bas de caisse…), du fait d'une position mondiale plus faible.

Toutes ces opérations sont d'autant plus aisées que les industriels ont aujourd'hui les poches pleines. Après avoir lourdement restructuré leurs activités pendant la crise américaine, puis européenne, ils disposent du cash nécessaire pour se renforcer. Qui plus est, les taux d'intérêt sont bas, ce qui accroît encore leur marge de manoeuvre.

Beaucoup d'acteurs des pays émergents sont également susceptibles de bouger. Notamment l'indien Motherson Sumi Systems Limited, qui est dans le radar des analystes. Sur les cinq dernières années, cet équipementier indien, inconnu du grand public, a multiplié par six son chiffre d'affaires, à 5,5 milliards de dollars.

Présent dans les composants plastiques, les câblages et l'équipement intérieur, il génère 30 % de son chiffre d'affaires avec le groupe Volkswagen. Début juin, le groupe affolait les investisseurs en indiquant vouloir atteindre 18 milliards de dollars de revenus dès 2019. Un candidat de plus à la consolidation ?