Essilor et Luxottica scellent un mariage à 46 milliards d’euros dans l’optique
Le géant de l’optique et le leader des lunettes haut de gamme annoncent leur fusion « entre égaux ». Basé en France, le nouveau groupe de 140.000 salariés affichera plus de 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Le géant mondial de l'optique Essilor va doubler de taille. Le groupe piloté par Hubert Sagnières annonce ce lundi sa fusion « entre égaux » avec un autre leader mondial, celui des lunettes haut de gamme.
La nouvelle entité, dont le siège sera basé en France, pèsera 46 milliards d'euros de capitalisation boursière (23,9 milliards pour l'Italien et 22,3 pour le Français à la clôture vendredi). Sur la base des comptes 2015, son chiffre d'affaire serait supérieur à 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires et son Ebidta se situerait à 3,5 milliards d'euros. Le groupe de 140.000 salariés sera dirigé par le patron d'Essilor Hubert Sagnières, 60 ans, avec un titre de vice-président exécutif, et présidé par Leonardo Del Vecchio, le fondateur de Luxottica, 81 ans et deuxième fortune d'Italie, (17,7 milliards d'euros selon Forbes). Au terme de l'opération d'échange de titres qui scellera cette alliance franco-italienne, le milliardaire devrait détenir 31 % du nouvel ensemble, et possédera une minorité de blocage.
400 à 600 millions d'euros de synergies
La création de ce leader mondial, qui alliera la fabrication de monture aux verres optiques, sera un évènement absolument majeur pour la filière dans un marché devenu plus difficile. Essilor et Luxottica vont en tirer plusieurs bénéfices, dont 400 à 600 millions d'euros de synergies de coûts à moyen terme.
Du côté d'Essilor, cette fusion répond à l'inquiétude des marchés , alors que le géant français s'est livré à deux avertissements sur ces résultats depuis l'été. En novembre, le groupe de 61.000 salariés a dit tabler sur une croissance organique de son chiffre d'affaires d'environ 3,5 % en 2016, contre 4,5 % juillet et 5 % en début d'année. Considéré comme une valeur refuge par les investisseurs, le français a alors perdu 4 milliards d'euros de capitalisation depuis janvier (à 20,7 milliards d'euros). Essilor est pénalisé par un ralentissement conjoncturel du marché de l'optique ophtalmique dans plusieurs zones de la planète, et notamment aux Etats-Unis, son premier marché. Ces dernières années, le Français y a concentré ses acquisitions, notamment dans la distribution sur internet et le solaire.
Pour l'italien Luxottica, qui cherche à organiser la succession de Leonardo Del Vecchio, son fondateur, cette fusion obéit aussi à un contexte moins favorable. Comme Essilor, en juillet, le géant italien a revu ses prévisions à la baisse pour 2016 . Une hausse des ventes de 2 à 3 % à taux de change constant a été annoncée, contre 5 à 6 %. Cette fusion doit aussi lui permettre de stabiliser sa direction, alors que le groupe a connu une évolution de son management très tumultueuse depuis 2014. Le propriétaire de Ray-Ban et Oakley s'est séparé en début d'année de son troisième directeur général en 17 mois.
Evoquée à plusieurs reprises par le passé, les discussions se sont accélérées ces derniers mois, avec le conseil de la banque Mediobanca côté italien, et de Citi et Rothschild côté français.