Une réunion du conseil d’administration aura lieu ce jeudi. L’attitude de Nissan sera déterminante.
Piqués au vif, Carlos Ghosn et Nissan vont-ils sortir l’arme nucléaire ? Une semaine après avoir été mis devant le fait accompli de la montée de l’Etat français au capital de Renault , le PDG du constructeur automobile a convoqué ce jeudi un conseil d’administration extraordinaire. L’intitulé de l’ordre du jour – « évolution de la composition de l’actionnariat et conséquences sur l’alliance » – ne souffre d’aucune ambiguïté.
Il s’agira, pour les 19 administrateurs du constructeur français, de discuter de la montée soudaine, annoncée la semaine dernière, de l’Etat français au capital du constructeur. Via l’acquisition de 14 millions de titres, soit environ 4,73 % du capital, pour un montant compris entre 814 millions et 1,23 milliard d’euros, l’Etat pourrait détenir jusqu’à 19,74 % du capital du constructeur, contre 15,01 % aujourd’hui.
Pour Bercy, l’objectif de cette manoeuvre surprise est d’arriver devant l’assemblée générale de Renault, le 30 avril prochain, avec suffisamment de poids afin d’ imposer la mise en place de droits de vote double, prévus par la loi du 29 mars 2014, dite loi Florange, qui vise à renforcer l’actionnariat de long terme. Pour cela, les actionnaires devront repousser, la résolution numéro douze proposée par le conseil d’administration de Renault, qui vise à déroger à la loi, en appliquant le principe « une action égale une voix ».
L’allié japonais, contrôlé à 44,3 % par Renault, détient 15 % du capital du constructeur français, mais ne dispose d’aucun droit de vote, afin d’éviter toute position d’autocontrôle. Alors même qu’il a, pendant des années, fourni l’essentiel des profits de Renault et qu’il pèse deux fois plus que son actionnaire français, le constructeur nippon pourrait juger que la future position de l’Etat français est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Il pourrait alors exiger un renforcement de son poids dans l’alliance, qui pourrait intervenir par plusieurs leviers, par exemple une baisse de la participation de Renault en dessous des 40 % via une cession de titres, la dilution de Renault via une augmentation de capital de Nissan ou d’autres actions capitalistiques. Et in fine, contrer en Assemblée générale l’Etat français et peser davantage dans l’alliance. Autant de scénarios aux conséquences très lourdes, auxquels ne veulent pas croire plusieurs acteurs. Dans tous les cas, les cartes sont entre les mains de Carlos Ghosn..