Les Echos : Covea, PartnerRe Deal Seen Imminent: Les Echos

Assurance : Covéa espère conclure un accord sur PartnerRe dans les prochains jours
Les « discussions exclusives » entre l'assureur mutualiste et le holding de la famille Agnelli entrent dans la dernière ligne droite. En cas de succès, Covéa devra obtenir les agréments nécessaires pour acheter PartnerRe alors que sa gouvernance fait l'objet de critiques du superviseur français.

La tempête boursière ne devrait pas entraver la marche de Covéa. Les « discussions exclusives », annoncées le 9 février dernier, de l'assureur mutualiste avec le holding de la famille Agnelli, Exor, pour lui racheter le réassureur PartnerRe entrent « dans la dernière ligne droite », selon une source proche du dossier. Une annonce commune sur un accord de principe doit intervenir avant la mi-mars, voire plus tôt, sans conditions liées au financement.
Le prix avancé serait d'environ 9 milliards de dollars en cash , soit une prime de 20 % par rapport à la « juste valeur » du douzième réassureur mondial (7,6 milliards de dollars), inscrite dans les comptes d'Exor. A moins que cette valeur ne soit révisée compte tenu des conditions de marché. La semaine dernière, SCOR et Munich Ré ont évoqué des conséquences pour l'heure « peu significatives » du coronavirus pour la réassurance.

Un ratio de solvabilité ramené à 250 %
Le prix n'est pas un obstacle pour le groupe présidé par Thierry Derez, qui affiche un ratio de solvabilité de 411 %, une note de crédit AA- et quelque 10 milliards d'euros d'excédents, répartis entre le holding Covéa Coopérations et les mutuelles du groupe. Après le rachat, le ratio de solvabilité serait ramené autour de 250 %, soit la moyenne haute du secteur. En fait, les modalités de financement sont déjà arrêtées. Et pour cause. En août 2018, Covéa avait déjà proposé de racheter SCOR dont le mutualiste détient 8 %, sur la base d'une valorisation globale de 8,2 milliards d'euros.
Plusieurs scénarios avaient alors été envisagés, dont la mise en place de prêts accordés par différentes mutuelles en faveur de Covéa Coopérations pour un montant global de 6 milliards d'euros. Un montage qui présentait l'intérêt de ne pas solliciter le marché (ou les banques) ni de consommer des fonds propres, les prêts étant destinés à être remboursés. Si ce n'est pas sur la table aujourd'hui, une introduction en Bourse de PartnerRe est une autre option.
Cette acquisition permettrait de créer un groupe d'assurance diversifié de près de 24 milliards d'euros de primes (sur la base des chiffres pro forma2018), très axé sur l'assurance dommages (IARD) en France (43 %), et la réassurance (24 %), dont la moitié sur la réassurance dommages.
Panne de croissance en France
Jusqu'ici, Covéa s'est tenu éloigné des opérations de croissance externe sur ses métiers (ce qui explique en grande partie sa richesse accumulée) et ses initiatives à l'international ont fait long feu, comme en témoigne la récente cession de sa participation de 20 % dans l'assureur dommages espagnol Caser. Or, l'assureur se devait de reprendre l'initiative pour pallier sa panne de croissance en France… ou rendre une partie de ses réserves aux sociétaires, via des baisses de tarifs.

Le choix de la réassurance s'est progressivement imposé depuis les premières réflexions entamées sur le sujet dès 2011. Objectif : se diversifier, géographiquement aussi, pour mieux amortir les effets de cycles dans les différents métiers. De nombreux obstacles restent cependant à franchir, notamment l'intégration de nouvelles équipes à la culture très différente, la nécessité de renforcer les ressources internes au niveau de Covéa et d'obtenir les agréments nécessaires, notamment du régulateur bermudien BMA.
Le feu vert des conseils d'administration de Covéa devrait être une simple formalité, ces derniers se sont déjà de facto prononcés lors de la tentative sur SCOR et l'ouverture des négociations avec Exor. Reste que la gouvernance sera une question clé alors que l'assureur mutualiste fait l'objet de fortes critiques de la part du superviseur français, l'ACPR. Pour les superviseurs, le message est clair : lorsqu'un groupe change de dimension, il doit suivre les mêmes règles que ses pairs.