Les Echos : Budget : l'Etat actionnaire face à un besoin de financement historiq

Budget : l'Etat actionnaire face à un besoin de financement historique

L'Etat doit mobiliser environ 7 milliards d'euros pour venir en aide au secteur de l'énergie.
Le commissaire aux participations de l'Etat, Martin Vial, explique aux « Echos » comment il pense trouver les ressources.

C'est l'année de tous les dangers pour l'Etat actionnaire. L'Agence des participations de l'Etat (APE) va devoir mobiliser environ 7 milliards d'euros pour venir en aide au secteur de l'énergie. Près de 4 milliards d'euros seront nécessaires pour financer la recapitalisation d' Areva, un montant qui pourra évoluer en fonction de la participation d'un partenaire étranger au tour de table. Il faudra en outre débloquer 3 milliards pour l'augmentation de capital d' EDF, sachant que les deux opérations devraient avoir lieu fin 2016 ou début 2017. En plus de ces interventions se pose la question d'un transfert de la participation de la Bpi dans Orange (9,6 % valorisés 3,8 milliards) que la banque publique ne pourra plus conserver du fait des contraintes réglementaires.
« La situation actuelle est singulière mais pas inédite, et nous sommes là pour y faire face », assure le commissaire aux participations de l'Etat, Martin Vial, visiblement imperturbable. La dernière intervention de cette ampleur remonte à 2002, lors du sauvetage de France Télécom après le rachat d'Orange, qui avait nécessité de débloquer en urgence 9 milliards d'euros d'argent public. Pendant la crise du secteur automobile, l'Etat est également venu en aide à Renault et à PSA, mais par le biais d'un prêt de 6 milliards d'euros et non de fonds propres.

Pour régler la facture de l'énergie, l'Agence des participations de l'Etat promet des cessions. Car le compte d'affectation spéciale, qui retrace les flux d'investissements et de sortie, ne peut pas être en déficit. Et l'APE exclut pour l'instant toute contribution du budget général. Tout au plus pourra-t-elle puiser dans une réserve de 2,4 milliards d'euros accumulée au fil des opérations les années passées.
Exercice d'équilibriste

C'est donc à un véritable exercice d'équilibriste que l'Etat actionnaire doit se livrer, d'autant que son portefeuille coté a vu sa valorisation tomber à 60 milliards d'euros, contre plus de 80 milliards il y a un an. La privatisation des aéroports de Nice et de Lyon est engagée. Leur valorisation est estimée entre 2,5 et 3 milliards d'euros, un montant que l'APE ne souhaite pas commenter. Pour le reste du portefeuille, l'équation n'est pas évidente. Dans certaines entreprises, l'Etat ne peut pas légalement descendre en dessous d'un certain seuil (70 % chez EDF, 50 % chez ADP et 33 % chez Engie). « A ma connaissance, le gouvernement n'envisage pas de faire évoluer ces seuils législatifs », indique Martin Vial. L'Etat souhaite par ailleurs conserver sa participation dans Orange. Il a toujours dit qu'il céderait les titres acquis chez Renault en 2015 pour sécuriser les droits de vote doubles, mais le titre n'a toujours pas retrouvé le niveau de l'époque. Finalement, la participation que l'Etat pourrait le mieux valoriser est PSA : les 800 millions investis en 2014 valent aujourd'hui plus de 1,5 milliard. Sauf que l'Etat perdrait toute capacité d'influence si le constructeur participait à la consolidation du secteur. Un nouveau dilemme en perspective.