Les Echos : Bouygues Telecom veut prouver qu’il peut vivre seul

Bouygues Telecom veut prouver qu’il peut vivre seul

L’opérateur télécoms gagne des clients mais est toujours en pertes.Sa faible capacité d’investissement menace de le marginaliser dans la fibre.
La vie en solo ne fait pas peur à Bouygues Telecom, en dépit du scepticisme de nombreux observateurs sur le marché. Un peu plus d'un mois après l'échec des discussions en vue de son mariage avec Orange, l'opérateur veut convaincre qu'il est tout à fait capable d'envisager l'avenir seul. Malgré des pertes, Olivier Roussat, DG de Bouygues Telecom, estime que le plus dur a été accompli (lire ci-dessous).
De fait, le groupe a du ressort. L'amélioration des résultats au premier trimestre le prouve. Le chiffre d'affaires a augmenté de 6 % sur la période et la perte nette a été réduite à 40 millions d'euros (contre 49 millions un an plus tôt). La bonne surprise vient des gains de clients : +151.000 dans le mobile et +71.000 dans le fixe. Si ces résultats sont encourageants, l'opérateur n'est cependant pas au bout de ses peines. Une lourde tâche l'attend pour assumer sa vie de célibataire. D'abord, l'entreprise, qui compte 12,1 millions de clients mobiles et 2,8 millions dans le fixe, manque de taille critique dans les télécoms. Tant que le marché restera à quatre opérateurs, cela lui sera difficile de rattraper son retard. « La marge d'Ebitda va probablement rester faible, car Bouygues doit faire des promotions pour protéger, voire faire grossir sa base d'abonnés, et les investissements doivent demeurer élevés pour préserver la qualité des réseaux mobile et fixe », affirme Mirabaud Securities. Bouygues prévoit 25 % de marge d'Ebitda en 2017, ce qui, pour plusieurs analystes financiers, n'est pas suffisant pour s'assurer un avenir serein.
Investir, le maître mot du secteur des télécoms
Plus que tout, c'est la faible capacité d'investissement qui est pointée du doigt par les observateurs. Tous les « telcos " ont annoncé des investissements au-delà des attentes, sauf Bouygues Telecom. Or, il est crucial dans ce secteur d'optimiser régulièrement les onéreuses infrastructures. « Nous sommes sceptiques sur la capacité de Bouygues Telecom à garder des investissements à 800 millions d'euros [par an, NDLR] », pointe ainsi Oddo Securities. Bouygues accuse un fort retard dans la fibre, alors que tout le secteur des télécoms se repositionne sur cette technologie du futur. « Pour marginaliser Bouygues Telecom, nous n'écartons pas que ses concurrents continuent cette différenciation dans les capex [investissements, NDLR], dans la fibre et la 4G, en sus d'une possible tension sur les prix, ce qui serait dommageable pour l'opérateur », poursuit le cabinet d'analyses.
Pas d'inquiétudes cependant pour Olivier Roussat. Comme Bouygues est « l'opérateur qui partage le plus ses investissements avec les autres ", cela lui permet d'accroître son réseau à moindres coûts. Dans le mobile, il partage le réseau avec SFR et co-investit aussi avec lui pour le déploiement de la fibre en zone très dense. Dans les zones moyennement denses, la régulation lui permet d'investir progressivement, sans avoir à décaisser la totalité du montant pour aller les couvrir (lire ci-dessous).
Après les lourdes restructurations de 2014-2015, Bouygues s'emploie à maintenir le niveau de frais de fonctionnement le plus bas possible afin de dégager des moyens pour vivre dans un environnement difficile. Reste à convaincre le marché.