Air France-KLM prêt a céder la majorité du capital de Servair
Le groupe examine quatre offres pour prendre au moins 50 % du capital de sa filiale de restauration à bord.
Air France, qui a fait de son offre de restauration à bord un marqueur de son identité, en phase avec la renommée gastronomique de l'Hexagone, peut-il se séparer de sa filiale d'avitaillement (ou « catering »), Servair ? Longtemps considérée comme impensable, l'idée s'est imposée sous la pression d'investisseurs potentiels qui ne se voient pas se contenter d'une part minoritaire du gâteau, et ils ont fait connaître récemment leurs intentions aux dirigeants d'Air France-KLM, qui envisageaient au départ simplement d'ouvrir le capital de Servair.
Les élus du personnel de Servair ont ainsi été informés jeudi, lors d'un comité d'entreprise, de la décision du groupe d'examiner les offres de repreneurs visant une prise de contrôle majoritaire de la société. Selon une source, il y a « quatre offres crédibles , plus structurées que d'autres ».
Servair compte quelque 10.000 salariés et a réalisé un chiffre d'affaires de l'ordre de 800 millions d'euros, pour un excédent brut d'exploitation (Ebitda) proche, selon nos informations, de 60 millions. Sur la base des transactions réalisées dans le secteur, un expert du secteur interrogé par « Les Echos » estime qu'un montant de dix fois l'Ebitda serait « dans le haut de la fourchette ». Ce qui permettrait d'estimer la valorisation de Servair à environ 480 millions d'euros. Soit, pour une participation de 50 %, un premier chèque de l'ordre de 240 millions pour Air France-KLM. Mais, à terme, le groupe aérien n'aurait pas vocation à détenir plus de 20 % du capital, restant ainsi un actionnaire de référence minoritaire.
« Croître ou décliner »
La perspective de voir Air France se désengager, au moins partiellement, de sa filiale de restauration n'est pas nouvelle. Mais tandis que le train de la consolidation du secteur était en marche, Servair a fait du surplace. Là où les six plus gros acteurs du « catering », dont ce dernier fait partie, concentraient 39 % de part de marché en 2008, ils en détenaient l'an dernier près de 60 %, tandis que celle de Servair est restée stable à 6 %. Entre-temps, la filiale d'Air France-KLM s'est améliorée sur les coûts, pour enfin redevenir bénéficiaire, mais en négligeant la croissance. L'alternative aujourd'hui pour Servair, c'est « croître ou décliner », estime un bon connaisseur du secteur. Or, la priorité du groupe dirigé par Alexandre de Juniac « est d'investir dans les avions plus que dans le plateau-repas », poursuit-il.
Si les élus du personnel peuvent partager l'idée selon laquelle il est nécessaire qu'une page se tourne pour Servair, ils auraient néanmoins assorti leur éventuel accord à une telle opération d'engagements forts pour empêcher toute casse sociale. « Ce sera un critère majeur pour Air France et Servair dans le choix du finaliste avec lequel seront engagées des négociations exclusives », croit savoir un bon connaisseur du dossier. L'entreprise n'est pas en sureffectif, poursuit ce dernier, mais les fonctions du siège pourraient être affectées. Parmi les acquéreurs potentiels sont cités les leaders du secteur Sky Chefs, filiale de Lufthansa, Gate Gourmet ou encore le français Newrest.