(Les Echos) Aéronautique : comment Zodiac gère la plus grave crise de son histoi

Aéronautique : comment Zodiac gère la plus grave crise de son histoire

Les retards de livraisons de sièges d’avion semblent quasi-résorbés. La situation reste tendue pour les équipements de cabine et de toilettes d’A350.

Un an après le lancement de son plan de transformation industrielle, Zodiac Aerospace n'a pas encore tourné la page de la plus grave crise industrielle de son histoire. Mais l'équipementier voit le bout du tunnel. Pour la première fois depuis le début de ses soucis, fin 2014, Zodiac a ouvert à la presse, les portes des principaux sites industriels de sa branche sièges et cabine. Une visite express de sept usines en deux jours, de Chihuahua au Mexique à Huntington Beach, en Californie, destinée à montrer les progrès accomplis, mais aussi les difficultés que doivent affronter ses équipes.

Pas encore de retour à la normale

Dans tous les ateliers, les tableaux de « reporting » pour suivre l'évolution de la production sont désormais omniprésents. De grands panneaux appellent à la mobilisation de tous. Cependant, même si celle-ci commence à porter ses fruits, le retour à la normale n'est pas pour demain, reconnaît le président du directoire, Olivier Zarrouati. « Les problèmes de livraison de sièges sont globalement derrière nous, même si quelques retards subsistent », estime-t-il.

« En revanche, le retour à la performance opérationnelle, qui consiste à livrer des produits bien conçus, sans défaut à reprendre, et dans les coûts prévus, n'est pas prévu avant fin 2017, souligne-t-il. Après quoi, nous devrons encore améliorer la performance financière, car ce retour à la performance opérationnelle se fera sur la base de coûts non optimisés, de début de courbe d'apprentissage ».

Pour parvenir à livrer ses clients dans des délais raisonnables, Zodiac a dû mettre en place des moyens exceptionnels. Ainsi à l'usine numéro 2 du site de Chihuahua, où sont fabriqués une grande partie des éléments de sièges destinés à être assemblés aux Etats-Unis ou en France, le niveau des stocks de pièces reste presque deux fois supérieurs à l'objectif affiché.

Nouveau point noir : les toilettes

Par ailleurs, si l'usine de Gainesville est déjà redevenue « opérationnelle », celle de Santa Marta reste saturée, avec un niveau de production encore trop élevé par rapport à ses capacités réelles. Un partie de sa production de coques de sièges affaires a été transférée vers d'autres sites comme celui d'Issoudun (Indre), en France. Pour reprendre le contrôle, Santa Marta devra encore réduire la voilure - et ses effectifs - d'ici la fin de l'année, reconnaît Olivier Zarrouati.
Le principal point noir n'est toutefois plus la production de sièges, mais les équipements de cabine, et plus particulièrement des toilettes de l'A350, dont les retards de livraisons et les problèmes de qualité avaient suscité une attaque en règle de la part du PDG d'Airbus, Fabrice Brégier, en début d'année. Une crise qui est venue s'ajouter à celle des sièges début 2016, et dont l'épicentre est l'usine de Cypress, près de Los Angeles, où sont fabriqués les toilettes du dernier-né d'Airbus.

Une centaine d'options en catalogue

« Dans les cabines, nous avons dû faire face à une conjonction de nouveaux programmes : E2 d'Embraer, C-Series de Bombardier, "retrofit" des A320 de Delta et A350 », explique Oliver Zarrouati. Mais l'A350 est un cas particulier, du fait de la très forte augmentation des cadences de production en 2016, passées de 15 appareils en 2015 à 50 en 2016, et d'une grande variété d'options laissées aux clients sur les toilettes - plus d'une centaines d'options en catalogue et 26 positionnements possibles à bord de l'A350. « Le fond du problème, c'est la défaillance du management du site de Cypress, qui n'avait pas assez anticipé les difficultés de la phase d'industrialisation et le niveau d'exigence des clients de l'A350 », reconnaît le patron de Zodiac.

Au cours des trois derniers mois, sept des onze directeurs du site californien ont été remplacés, dont le directeur général et le directeur du programme A350. L'organisation de l'usine a été repensée. Il a également été décidé de créer deux nouvelles lignes de production de toilettes d'A350, sur des sites déjà existants de Zodiac, à Montréal et à Herborn, en Allemagne. De quoi permettre au nouveau directeur général de Cypress, Frank Dubey, de viser un respect des dates de livraisons prévues « dès fin 2016 ».

Zodiac fait profil bas

Cela suffira-t-il à rassurer Airbus ? Pour l'heure, l'avionneur semble avoir déjà mis ses critiques contre Zodiac en sourdine. De son côté, l'équipementier fait profil bas, même s'il n'est probablement pas le seul responsable des retards de livraison des A350.

Aucun des deux protagonistes n'a intérêt au conflit. Si Zodiac ne peut se passer de la clientèle d'Airbus, sa position de leader mondial des équipements de cabine le rend relativement incontournable. Ainsi Airbus a beau vouloir écarter Zodiac du nouveau programme A330 Neo tant que les problèmes ne seront pas réglés, l'équipementier n'en restera pas moins présent à bord, avec ses équipements de cabine ou par la volonté des compagnies aériennes, qui sont le véritable juge de paix.