Vers une renationalisation d’EDF
S&P a annoncé des perspectives négatives sur la note d’EDF, dont la dette totale pourrait s’établir à 96 Mds€
d’ici à la fin de l’année. « Tout est écrit, confie un administrateur du groupe. Même si la direction reste muette, l’État français est en train de noircir une situation financière déjà compliquée pour imposer la nationalisation à l’Union européenne. » « On privatise les profits et on nationalise les pertes »
Bruxelles, qui craint pour le jeu de la libre concurrence, voyait pourtant d’un très mauvais oeil cette idée. « Je pense qu’ils ont trouvé un accord, devine un autre administrateur. Et que le projet de loi est déjà écrit. Ne manque plus que la fenêtre de tir et le véhicule législatif. »
Contactés, ni Bercy ni le nouveau ministère de la Transition énergétique n’ont souhaité faire de commentaire.
En pleine campagne des législatives, le sujet est explosif. « Parce que ce n’est pas une nationalisation complète
d’EDF qui est prévue, mais son C’EST UNE PETITE MUSIQUE de plus en plus bruyante. À la mi-mars, en pleine présentation de son programme présidentiel,
Emmanuel Macron avait jeté un pavé dans la mare en mettant en avant la nécessité pour l’État français d’avoir le contrôle à 100 % d’EDF. « Sur une partie des activités les plus régaliennes, l’État doit reprendre du capital, avait lâché le président de la République. Ce qui va avec une réforme plus large du premier électricien français. » Deux mois plus tard, les propos présidentiels résonnent davantage alors que la situation financière d’EDF ne cesse de se dégrader. Une baisse de la production d’électricité lui coûtera cette année 18,5 milliards d’euros (Mds€) sur son bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements (Ebitda, un acronyme anglais). Un nouveau retard a été annoncé sur le chantier des deux EPR à Hinkley Point, en Angleterre. Le projet dépasse désormais les 30 Mds€ (contre 21 Mds€ au départ). Résultat, mercredi dernier, l’agence d’évaluation dépeçage, analyse Fabrice Coudour, secrétaire fédéral
FNME-CGT. On privatise les profits et on nationalise les pertes. »
L’État souhaite reprendre le contrôle de la partie production, notamment pour assurer le financement des nouveaux
EPR et pour mieux maîtriser les prix de l’électricité. Sur quel périmètre ? « Ce qui tient la corde, ça semble être les parcs nucléaire et hydroélectrique, veut croire un des administrateurs.
Mais pourquoi pas y ajouter le renouvelable ? » Le portefeuille regroupant le solaire et l’éolien, évalué à 12 Mds€, aiguise en effet les appétits de ses concurrents Engie et TotalEnergies. « Autour de 5 milliards d’euros »
« Cette renationalisation, ça consiste surtout à cacher le squelette de mémé dans le placard, et publier des bilans
financiers moins détaillés, estime Alexis Gléron, président d’Augmented Energy. Un bon moyen de diminuer les
coûts de financement. » Reste à savoir combien ce projet pèsera sur les finances publiques. Actuellement, l’État
possède 84 % d’EDF. « Au cours actuel (moins de 9 € l’action), cela devrait tourner autour de 5 Mds€ », avance un administrateur. « Quand on sait qu’en 2005, il a vendu les 15 % autour de 32 € et que l’action a dépassé les 80 €, ça
serait plutôt une bonne affaire », estime un autre. Et le calendrier ? « L’État voudra aller vite, reprend le
premier, et passer sans doute la loi de nationalisation dès juillet. » Mais ce serait prendre le risque de faire face à une
nouvelle fronde syndicale. « Et puis, il ne faudrait pas désorganiser tout le système avant l’hiver, alerte un administrateur. Notre sécurité d’approvisionnement n’a jamais étéaussi fragile. »