Rachat de SFR : Patrick Drahi accentue sa menace d’une vente à la découpe
Alors que les discussions concernant une cession de l’opérateur de téléphonie au trio Orange-Bouygues Telecom-Free sont toujours dans l’impasse, le milliardaire met la pression en avançant sur les cessions de plusieurs filiales.
Chacun campe toujours sur ses positions. Près de trois mois après qu’Orange, Bouygues Telecom et Free ont proposé, mi-octobre 2025, à Patrick Drahi de lui racheter conjointement son opérateur de téléphonie SFR pour 17 milliards d’euros – une offre jugée insuffisante par le milliardaire, qui l’a d’emblée retoquée –, les discussions entre les acteurs demeurent dans l’impasse. Mais Altice France, la maison mère de l’opérateur au carré rouge, n’entend pas rester les bras croisés : puisque le trio refuse de réviser son offre initiale, M. Drahi menace aujourd’hui d’accélérer son projet de vente par appartement.
Ces derniers mois, le numéro deux français des télécoms a reçu plusieurs offres pour Netco, son réseau de fibre dans les grandes villes, comme pour SFR Business, sa branche consacrée aux entreprises. Selon nos informations, il entend procéder à la sélection des candidats dans le courant du premier trimestre 2026, en vue de possibles cessions. S’agissant de Netco, M. Drahi a reçu un total de quatre offres, valorisant cet actif entre 4,5 et 5,8 milliards d’euros. Pour SFR Business, Altice a réceptionné cinq propositions : une de l’opérateur Altitude Infra, qui valorise la filiale à 1,2 milliard d’euros, et quatre autres, la valorisant entre 1,85 et 2,3 milliards d’euros.
De quoi mettre la pression sur Orange, Bouygues Telecom et Free, qui ont intégré ces deux actifs dans leur proposition de rachat de SFR. Si M. Drahi donnait son accord à leur vente, les trois acteurs seraient mécaniquement contraints de revoir le périmètre de leur offre. Ce qui mettrait un sérieux coup de frein à leur rêve d’engloutir SFR, alors qu’ils ont eu toutes les peines du monde à se mettre d’accord sur un partage des activités de leur rival commun. Dans leur proposition, l’opérateur de Martin Bouygues est, en particulier, censé récupérer la majeure partie de SFR Business. Interrogé, Altice se refuse à tout commentaire.
Son initiative relèverait « de la posture », estime toutefois une source proche des acheteurs, considérant que M. Drahi privilégie davantage une vente globale de SFR. D’autres observateurs soutiennent qu’en optant pour une vente à la découpe, le milliardaire franco-israélien risquerait de se retrouver avec différents actifs difficiles à céder sur les bras.
XpFibre aussi à céder
Si les trois acheteurs n’ont pas perdu leur appétit pour SFR – dont la disparition, synonyme d’une moindre concurrence, permettrait de doper leurs profits –, les négociations « ne peuvent pas durer indéfiniment », a averti Christel Heydemann, la directrice générale d’Orange, le 29 décembre sur Euronews. D’autant que, si les acteurs finissaient par s’entendre, il leur faudrait encore patienter longtemps pour décrocher – ou pas – le feu vert des autorités de la concurrence. « Même si un dossier nous était présenté très rapidement, il me paraît très improbable qu’il puisse aboutir avant la fin de l’année 2026 », a prévenu Benoît Cœuré, le président de l’Autorité de la concurrence, vendredi 9 janvier, dans Les Echos.
En 2026, Altice France compte, en parallèle, accélérer sur la vente de sa pépite XpFibre. Cela fait près de deux ans que Patrick Drahi a reçu des marques d’intérêts pour cette filiale, qui équipe plus de 7 millions d’habitations et d’entreprises en fibre optique dans les campagnes et les périphéries des grandes agglomérations. Cette cession n’aurait, en revanche, aucun impact sur une vente de SFR à la concurrence, puisque XpFibre ne figure pas dans le périmètre de leur offre.
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Parmi les acteurs intéressés, les noms des fonds d’investissement KKR, Ardian, ou encore GIP reviennent régulièrement. Si XpFibre attise les convoitises, c’est parce que la fibre optique, qui prend aujourd’hui le relais du vieux réseau ADSL dans l’Hexagone, constitue désormais la technologie de référence pour se connecter à Internet, et a vocation à le rester pour les décennies à venir.
Au regard de l’accord sur la restructuration de la dette d’Altice France, entériné le 1er octobre 2025, sa valorisation pourrait se situer entre 9 et 10 milliards d’euros. Le groupe de M. Drahi n’est toutefois pas le seul actionnaire de XpFibre, puisque les fonds d’infrastructures du français Axa, de l’allemand Allianz et du canadien Omers possèdent 49,99 % du capital.
L’état-major d’Altice France entend consacrer une partie de cette manne à la réduction de la dette de l’entreprise. Si celle-ci est passée de 24 à 15,5 milliards d’euros, M. Drahi compte toujours la ramener à un niveau, jugé plus supportable, de 13 milliards d’euros. C’est pour atteindre cet objectif que l’homme d’affaires a récemment cédé Intelcia, le géant marocain des centres d’appels, ainsi qu’Infracos, sa filiale de tours télécoms, qu’il possédait conjointement avec Bouygues Telecom.