(LE Monde) Pourquoi Amazon lorgne nos distributeurs

Pourquoi Amazon lorgne nos distributeurs
Le cybercommerçant américain cherche à mettre la main sur un réseau de magasins physiques et à
bénéficier d’un meilleur accès aux fournisseurs.

Amazon déroule son plan de conquête du secteur des produits alimentaires et de grande
consommation en France. Après avoir ouvert, en septembre 2015, des espaces « Epicerie » et
« Bières, vins et spiritueux » sur son site Internet, commercialisé, en novembre 2016, le Dash
Button, une offre de réapprovisionnement automatique de certains produits, puis lancé, le 7 mars,
un service où la livraison est facturée au carton rempli, le groupe américain cherche à passer à la
vitesse supérieure.
« Intervenant du mieux-vivre »
Ces derniers mois, le cybercommerçant a approché un à un les distributeurs français en vue de
nouer des partenariats, voire de racheter des enseignes. Amazon a ainsi pris contact avec Casino,
pour mettre la main sur Monoprix, dont la clientèle à fort pouvoir d’achat est proche de la sienne.
« Ce qui les intéresse, c’est le client CSP +, qui fréquente les magasins physiques pour faire ses
courses, explique un fin connaisseur du dossier. L’idée, c’est de capter cette clientèle qui, après
avoir effectué ses achats alimentaires dans un magasin Amazon, achèterait naturellement tout le
reste sur le site Internet de l’américain. »
Avec Système U, Intermarché ou Leclerc, l’idée est plutôt de mettre en place des partenariats.
Impossible, en effet, de racheter ces groupes indépendants qui sont détenus par leurs adhérents.

Amazon pourrait devenir notre logisticien », a expliqué le 4 octobre Michel-Edouard Leclerc, le
président du groupe homonyme, en marge d’une conférence sur le lancement de l’Observatoire E.
Leclerc des nouvelles consommations. Leclerc propose déjà, dans « quelques dizaines de
magasins », des casiers de livraison réservés à Amazon, un système qui, selon lui, « devrait se
généraliser dans l’ensemble de la distribution ».
Mais le groupe américain ne souhaite pas seulement installer de simples
casiers pour ses colis. « Il cherche un distributeur en France qui pourrait lui servir de back-office [réalisation des tâches administratives], si possible une
marque », soulignait Serge Papin, PDG de Système U, dans une interview
à Ouest-France, le 3 octobre.
Selon Michel-Edouard Leclerc, cette tentative d’approche du géant
américain montrerait que ce dernier est arrivé au bout de son modèle.
« Pour moi, Amazon a un problème, expliquait-il mercredi 4 octobre. Il
remplit le contrat de l’accessibilité au produit, mais comme cela se
généralise à l’ensemble des distributeurs, Amazon ne peut pas se contenter
d’être une simple offre logistique. En rachetant Whole Foods Market, il se
positionne comme un intervenant du mieux-vivre, des produits
organiques… »

Un entrepôt alimentaire en construction
En cherchant à s’allier à un distributeur national, Amazon vise aussi l’accès aux fournisseurs. Le
cybercommerçant a certes commencé à tisser des liens avec de grands industriels, mais « il doit se
rapprocher d’un distributeur pour profiter de sa capacité d’achat, qu’il n’a pas pour le moment, et
pour la connaissance du client, que nous possédons avec nos magasins », raconte un acteur du
secteur. « Ils vont aller chercher le maillon faible. De toute façon, ils vont faire bouger les lignes »,
souligne un autre.

Car, en parallèle, Amazon avance ses pions dans la mise en place de son offre de livraison de
produits alimentaires. Au parc d’activités des Portes de Senlis, dans le sud de l’Oise, Amazon
envisage, dans le plus grand secret, la construction d’un entrepôt où il pourrait stocker des denrées
alimentaires.