Pour la Cour des comptes, les stations de ski n’ont pas suffisamment pris la mesure du changement climatique
Dans un rapport, la Cour des comptes estime que seuls quelques sites en France peuvent espérer poursuivre une exploitation au-delà de 2050 et que cette évolution est sous-estimée par les maires et les collectivités territoriales.
Dans les trente prochaines années, le changement climatique va bouleverser les équilibres des stations de ski. Toutes ne vont pas mourir, mais toutes seront frappées. Seules « quelques stations » peuvent espérer poursuivre une exploitation au-delà de 2050, affirme la Cour des comptes, dans un rapport publié mardi 6 février. Or, nombre de ces communes ne semblent pas en prendre la mesure.
Ce document de 147 pages, réalisé après un audit de quarante-deux stations de tous les massifs, part d’un constat : le modèle du ski français « s’essouffle », étranglé à la fois par la baisse du nombre de skieurs, par un parc de logements de moins en moins adapté, et par les lourds investissements réalisés par des opérateurs de remontées mécaniques. A tout cela s’ajoute le changement climatique, qui a réduit la quantité de neige, raccourcit les saisons, et nécessite de plus en plus d’investissements dans la production de neige artificielle.
Aujourd’hui, les stations de ski bénéficient d’importantes aides publiques. Ainsi, 23 % du chiffre d’affaires des opérateurs de remontées mécaniques des petites ou moyennes stations est issu des subventions. Cela revient à faire payer le contribuable – et non l’usager – pour une activité touristique, ce qui « pose problème », selon la Cour, qui rappelle que hors de France « les remontées relèvent du secteur privé ».
Baisse de l’enneigement
Ces aides conduisent souvent à financer des modèles d’affaires à l’avenir incertain, et lourdement basés sur l’emprunt. Fragilisées par la baisse de l’enneigement et par un moindre nombre de skieurs, « de plus en plus de stations » ne sont plus en capacité d’atteindre l’équilibre d’exploitation, et sont « fortement déficitaires » (Chalmazel dans la Loire, Le Mont-Dore dans le Puy-de-Dôme, Auron dans les Alpes-Maritimes, Saint-Pierre-de-Chartreuse en Isère…).
« La tendance à la baisse de l’activité ski est insuffisamment prise en compte par les collectivités » dans leurs investissements, écrit la Cour. Elle cite l’exemple de Font-Romeu, dans les Pyrénées-Orientales, qui a adopté un plan de développement maintenant jusqu’en 2047 un nombre de skieurs « stable ». « Plus surprenant encore », Val Louron (Hautes-Pyrénées) indique, dans son plan d’affaires, vouloir presque doubler son nombre de clients, malgré son altitude moyenne, l’exposant de manière très élevée au manque structurel de neige.
Le rapport examine le cas de la neige artificielle, présentée par les acteurs de la montagne comme une solution face au changement climatique. Or, les canons à neige, très coûteux, posent de multiples problèmes, à commencer par leur impact sur la ressource en eau, souvent « sous-estimé ». De plus, si la température augmente trop, les canons ne peuvent pas être utilisés. En outre, les retenues collinaires, qui servent à stocker l’eau nécessaire, créent des conflits d’usage. Ainsi, dans certains cas, les politiques d’enneigement tournent à la « mal adaptation », estime la Cour, qui cite l’exemple de Super-Besse (Puy-de-Dôme), station d’altitude moyenne du Massif central, qui a énormément investi dans des appareils de production de neige, et envisage encore d’étendre cette couverture.
Les rapporteurs se montrent assez critiques sur le développement d’activités hors ski (luges, tyroliennes…), utilisables hiver comme été, pensées « sans stratégie », ce qui amène, par exemple, à des concurrences inutiles entre stations. Et lorsqu’il existe des bilans financiers de ces activités « ils font généralement apparaître un déséquilibre ».
Démantèlement des télésièges
Pour sortir de cette situation, la Cour des comptes appelle à une réforme de la gouvernance, afin que les décisions « ne relèvent plus seulement de l’échelon communal » – ce qui fait bondir, dans sa réponse, l’association qui représente les maires de ces stations. Le rapport propose de conditionner les aides publiques à la prise en compte du changement climatique, et de créer un fonds consacré à la transition de ces territoires, chargé notamment de l’épineuse question du démantèlement des télésièges abandonnés.
Enfin, le rapport établit un tableau comparatif de 163 stations de ski selon un indice de vulnérabilité, fonction du risque climatique et économique auxquels elles font face. Les stations les plus exposées au risque de faillite sont presque toutes situées dans les Alpes du Sud : Roubion-les-Buisses, Ceillac, Chaillol, Laye, Molines-Saint-Véran, Aiguilles, Arvieux… A l’inverse, les grandes stations des Alpes du Nord sont les moins menacées. Tignes, Val-Thorens, Val-d’Isère, Les Deux-Alpes, Valmeinier, Chamonix ou encore Les Ménuires disposent des meilleurs scores de viabilité.