Le Monde : l’arrivée de Kretinsky chez Atos soulève l’opposition de parlemen



L’arrivée de Daniel Kretinsky chez Atos soulève l’opposition de parlementaires et d’actionnaires
Des sénateurs s’inquiètent de l’entrée de l’homme d’affaires tchèque au capital de la division de cybersécurité du groupe d’informatique, très liée à la défense française.

Pour ces 82 sénateurs et députés, c’en est trop. Ayant encore en tête la vente, en janvier, de la société de défense Exxelia à l’américain Heico, ces élus, tous issus du parti Les Républicains, craignent que le projet de rachat par Daniel Kretinsky (actionnaire indirect du Monde) des activités infogérance d’Atos et son entrée au capital de sa division de cybersécurité, Eviden, entaillent un peu plus la souveraineté française. « Cette entreprise qui demeure clé pour notre autonomie stratégique actuelle, au travers des capacités de calcul, et de demain, avec les enjeux liés au quantique, doit être absolument maintenue sous le giron français », ont-ils écrit le 2 août, dans une tribune au Figaro.

Eviden assure plusieurs missions pour la défense nationale. Par exemple, son logiciel Digital Battle Management System sert de base au système d’information du programme Scorpion de modernisation des capacités de combat au contact de l’armée de terre. Elle a également créé Athea, une coentreprise avec Thales, pour travailler sur la future « infostructure » régalienne du ministère des armées. Quant à ses supercalculateurs, fabriqués dans son usine d’Angers, ils servent au programme de simulation des essais nucléaires. « L’hypothèse de voir un acteur étranger si puissant s’approcher de nos capacités militaires ultrasensibles mérite toute notre attention », écrit le groupe de parlementaires.

« Cessons de brader nos fleurons et de nous fragiliser », poursuit Cédric Perrin, vice-président de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, à l’origine de la tribune. Sénateur du Territoire de Belfort, bastion d’Alstom, il reste marqué par la vente de la branche énergie de l’industriel à l’américain General Electric en 2015, avant que l’Etat ne se rende compte de son erreur et rachète en 2022, par l’intermédiaire d’EDF, ses activités nucléaires, dont les turbines Arabelle qui équipent les centrales françaises.

Pas de passage devant le contrôle des investissements étrangers

Après Casino, et en plus de ses activités dans les médias et l’énergie, M. Perrin s’étonne que le gouvernement laisse M. Kretinsky « racheter le tissu économique français par appartement ». En ne prenant que 7,5 % du capital d’Eviden, l’homme d’affaires tchèque s’évite le passage devant le contrôle des investissements étrangers, le seuil déclenchant un examen des services du ministère de l’économie étant fixé à 10 % du capital.

Le 3 août, un porte-parole de M. Kretinsky a jugé « légitime la préoccupation des parlementaires, mais elle repose sur une hypothèse qui ne se vérifiera pas ». Selon lui, l’homme d’affaires entend maintenir une participation « minoritaire » et « passive » au capital d’Eviden. Pour Atos, le choix d’accorder 7,5 % du capital d’Eviden à M. Krestinky répondrait à la volonté de construire un bloc d’actionnaires de long terme. Il est prévu que Fimalac, la holding de Marc Ladreit de Lacharrière, qui épaule déjà M. Kretinsky dans le dossier Casino, entre aussi au capital d’Eviden. Atos et Bercy n’ont pas fait de commentaire.

Les actionnaires d’Atos mécontents

Les sénateurs ne sont pas les seuls mécontents : l’opération déplaît aussi à des actionnaires d’Atos, certains d’entre eux ayant décidé de former l’Udaac, l’Union des actionnaires d’Atos en colère. Depuis l’annonce de l’accord avec M. Kretinsky, le 1er août, l’action du groupe d’informatique a perdu près d’un quart de sa valeur. La transaction est jugée défavorable à la société : ses activités d’infogérance ne sont vendues que contre 100 millions d’euros. La holding de M. Kretinsky reprend à sa charge 1,9 milliard d’euros d’engagements mais toute la dette d’Atos, soit 2,3 milliards d’euros, sera conservée par Eviden.

Avant même l’annonce de cette transaction, la société de gestion Sycomore AM, qui avait tenté d’obtenir le départ du président d’Atos, Bertrand Meunier, lors de l’assemblée générale du 28 juin, avait jeté l’éponge en vendant toutes ses actions. Déçu de ne pas avoir obtenu gain de cause, Sycomore regrettait aussi que la détérioration de la génération de trésorerie d’Atos, information importante révélée aux actionnaires lors de l’annonce des résultats semestriels, le 28 juillet, n’ait pas été communiquée plus tôt.