De Stéphane Guillon à Guillaume Meurice, ces humoristes de France Inter qui créent la controverse
Comme Guillaume Meurice, plusieurs chroniqueurs de France Inter ont été désavoués ou sanctionnés par leur direction pour avoir franchi la ligne jaune dans leurs sketchs.
En traitant le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, de « sorte de nazi, mais sans prépuce » dans le cadre de l’émission « Le Grand Dimanche soir », Guillaume Meurice a suscité le « malaise » parmi les auditeurs de France Inter, a reconnu la directrice de la station, Adèle Van Reeth. Un « humour (…) discutable », a estimé cette dernière, car traitant de nazi « un juif à la tête d’un Etat juif dont les habitants viennent de subir une attaque terroriste ». L’humoriste, qui a reçu un avertissement officiel qu’il entend contester en justice, se réclame de la liberté de ton de Charlie Hebdo. « L’esprit Charlie, ce n’est pas une poubelle qu’on sort du placard quand ça vous arrange, pour y jeter ses propres cochonneries », a répliqué Riss, le directeur de l’hebdomadaire.
Avant Guillaume Meurice, sa comparse Charline Vanhoenacker avait elle aussi suscité les critiques pour une reductio ad hitlerum d’une personnalité juive – Eric Zemmour. L’humoriste de France Inter, qui animait alors l’émission quotidienne « Par Jupiter ! », s’était filmée sur X (ancien Twitter) en train de dessiner une moustache hitlérienne au polémiste d’extrême droite, pas encore candidat à l’élection présidentielle, sur une de ses affiches. Un coup de crayon qui lui vaudra une convocation de sa direction. Quelques mois plus tard, la Belge perdra sa tranche au profit d’une émission hebdomadaire, « Le Grand Dimanche soir ». Si certains y ont vu une décision politique, la direction a mis en avant la nécessité de se réinventer après neuf années d’antenne quotidienne.
Les directeurs de France Inter doivent parfois ouvrir la boîte à excuses lorsque leurs troupes dérapent. Ainsi de Laurence Bloch, contrainte d’exprimer ses « regrets les plus sincères » après une chanson de l’humoriste Frédéric Fromet, dans l’émission « Par Jupiter ! », qualifiée d’homophobe. « Jésus, Jésus, Jésus est pédé, membre de la LGBT, du haut de la croix pourquoi l’avoir cloué, pourquoi l’avoir pas enc.lé », avait entonné ce dernier sur l’air de Jésus reviens. Son espoir, a-t-il assuré après coup, était « de dénoncer l’homophobie » d’un juge ayant ordonné à Netflix de stopper au Brésil la diffusion de la comédie La Première Tentation du Christ, qui dépeignait un Jésus gay. Intention louable mais « ratée », a lui-même reconnu Frédéric Fromet.
Parfois, une chronique hors des clous peut coûter son poste à un humoriste. Celle de Didier Porte entre dans cette catégorie. Alors que Dominique de Villepin, ex-rival à droite de Nicolas Sarkozy, est l’invité de la matinale de France Inter, le chroniqueur invite l’ancien premier ministre à se « lâcher » avant d’entrer dans le studio : « J’enc.le Sarkozy ! J’enc.le Sarkozy ! J’enc.le Sarkozy ! » De l’humour « pas drôle », déplorera, quelques semaines plus tard, le présentateur de la matinale, Nicolas Demorand. La direction de la station brandira cet épisode pour justifier le renvoi de Didier Porte, dans un climat de tension lié autant à son travail qu’à celui de son comparse Stéphane Guillon, débarqué en même temps que lui.
L’affaire du Carlton n’est pas encore passée par là. Les accusations de viol de Nafissatou Diallo non plus. Ce matin de février 2009, Dominique Strauss-Kahn est l’invité de la matinale de France Inter. L’humoriste Stéphane Guillon plaisante sur le rapport aux femmes de l’aspirant candidat à la présidentielle. Le directeur du Fonds monétaire international se dit choqué, comme la direction de France Inter, qui s’excuse. Le début de la fin pour Guillon, dont les provocations contre le patron de la station, Jean-Luc Hees, scelleront le sort. « Je ne peux pas accepter que l’on me crache dessus en direct. L’humour ne doit pas être confisqué par de petits tyrans », justifiera ce dernier au moment de renvoyer l’humoriste.