(Le Monde) Ce que révèlent les frappes de drones américains contre Al-Qaida en S

Ce que révèlent les frappes de drones américains contre Al-Qaida en Syrie

Etats-Unis contre Al-Qaida. Un nouveau chapitre, d’une guerre commencée il y a plus de quinze ans, s’est ouvert au début du mois, dans un triangle de quelques milliers de kilomètres carrés du nord-ouest syrien sur lequel Washington multiplie les frappes de drone sur fond d’offensives djihadistes et d’allées et venues de hauts cadres d’Al-Qaida.
Le 3 avril, Abou Firas Al-Souri, porte-parole du Front Al-Nosra – la branche syrienne du réseau terroriste – est tué par une frappe aérienne avec une vingtaine de djihadistes alors qu’il anime une réunion dans la région d’Idlib. Ancien d’Afghanistan, il était revenu en Syrie à la fin de l’année 2012.
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Le séjour syrien de Rifai Ahmad Taha a été plus bref. Moins d’une semaine après l’entrée de ce vétéran d’Afghanistan et d’Al-Qaida dans le pays, autour du 1er avril, en provenance vraisemblablement de Turquie, l’Egyptien a été tué par la frappe d’un drone américain dans la soirée du 7 avril. Il circulait, alors, en voiture dans la région d’Idlib (nord-ouest). Cet ancien commandant militaire de la Gamaa Islamiya – qui fut notamment à l’origine d’une vague d’attentats dans les années 1990 en Egypte – venait d’assister à une réunion dans la ville de Sarmada.
Cible prioritaire
Selon Khaled Al-Qaisi, un « chercheur salafiste » particulièrement informé des soubresauts internes qui agitent les organisations djihadistes, des cadres d’Al-Nosra étaient réunis en conclave, dans la ville, le 7 avril. Ils tentaient d’aplanir les dissensions entre deux tendances de l’organisation au sujet de la stratégie à suivre dans les mois à venir. Ayant maintenu de bonnes relations avec tous les protagonistes, Rifai Ahmed Taha revendiquait d’être une autorité religieuse « indépendante » dans la galaxie djihadiste. Il a probablement fait le voyage pour jouer un rôle de modérateur entre les deux camps.
« La vieille garde d’Al-Qaida veut accélérer le processus de création d’un premier émirat entre Idlib et Lattaquié alors que la direction actuelle d’Al-Nosra continue de privilégier une stratégie sur le long terme », abondait il y a quelques jours Charles Lister, analyste au Middle East Institute. « Une vieille garde » que Washington a sans nul doute érigée au rang de cible prioritaire, comme le montre la traque de l’Egyptien Saïf Al-Adel. Ce dernier assura la transition à la tête d’Al-Qaida entre l’élimination de Ben Laden par un commando américain, en avril 2011, et la désignation d’Aymenn Al-Zawahiri, son chef actuel.
Considéré comme un stratège militaire du réseau terroriste, Saïf Al-Adel, dont la tête est mise à prix par les Etats-Unis pour son rôle présumé dans les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie (224 morts en août 1998), est entré en Syrie il y a quelques mois, selon l’indiscrétion, sans doute volontaire, d’un activiste médiatique d’Al-Qaida, dont les comptes et interventions sur les réseaux sociaux relaient les consignes de la direction d’Al-Qaida « central » et de son chef, Ayman Al-Zawahiri. Une arrivée confirmée par des sources américaines, qui présentent Al-Adel comme le missi dominici d’Al-Zawahiri en Syrie.
Mauvaise passe
Ce retour sur un terrain d’affrontement très exposé marque une nouvelle étape dans un parcours très singulier : Saïf Al-Adel aurait fait l’objet, avec quatre autres cadres du réseau terroriste, d’un échange entre l’Iran – où il était incarcéré ou du moins retenu depuis le début des années 2000 – et Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA), la branche yéménite de l’organisation djihadiste, qui détenait en otage un diplomate iranien, finalement libéré en mars 2015.
Outre Al-Adel, Abou Al-Khayr Al-Masri – ancien responsable des relations extérieures d’Al-Qaida – et Abou Qassam Al-Ordoni, un responsable militaire du réseau à la fin des années 1990, auraient fait partie du deal, selon des responsables américains interrogés par le New York Times et d’après des sources djihadistes. Ces dernières s’étaient à l’époque réjouies de leur libération, tout en les signalant aujourd’hui en Syrie, au moment où leurs détracteurs au sein de l’organisation djihadiste leur prêtent des velléités putschistes à l’égard de leurs « benjamins » qui dirigent l’organisation.
Ces dissensions, et les frappes américaines, ne semblent en tout cas pas affecter sur le terrain le dynamisme du Front Al-Nosra, à l’initiative d’une reprise à grande échelle des combats il y a une dizaine de jours. Un nouvel embrasement qui peut permettre à l’organisation de s’extraire d’une mauvaise passe : la reprise des manifestations et le regain de mobilisation populaire, permis par la relative accalmie qui a suivi le cessez-le-feu, fin février, contrariaient les plans d’un groupe, dont les représentants ont même été expulsés de rassemblements prorévolution qu’ils tentaient de briser.
Les Etats-Unis, qui ne disposent d’aucun allié sur le terrain susceptible de contrecarrer l’organisation djihadiste, s’en remettent pendant ce temps-là à leurs drones.