Tribune anti-Bolloré : Maxime Saada dément toute «liste noire» de la part de Canal+
Le président du directoire du groupe audiovisuel dont Vincent Bolloré est l’actionnaire de référence a toutefois affirmé qu’une «nouvelle dimension» serait prise en compte à l’avenir dans l’examen des projets de films et de séries soutenus par Canal+.
Une mise au point. Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, est revenu ce vendredi 29 mai sur la pétition anti-Bolloré publiée le 11 mai dans Libération, et qui compte désormais plusieurs milliers de signataires parmi les professionnels du cinéma. «Il faut remercier l’immense majorité des professionnels du secteur qui n’ont pas signé cette pétition. On a seulement entre 1 et 2% du secteur qui a signé cette pétition. Parce que 99% des professionnels ne se sont pas reconnus dans cette pétition qui attaquait Canal+. Ce n’était pas le Canal+ qu’ils connaissaient», a-t-il déclaré lors de l’assemblée générale annuelle du groupe audiovisuel dont Vincent Bolloré est l’actionnaire de référence. «C’est bien Canal+ qui a été attaqué, a-t-il ajouté. Canal+ n’est plus une filiale Vivendi depuis 18 mois. Canal+ n’est pas contrôlé par le groupe Bolloré.»
Maxime Saada a estimé que cette pétition, à laquelle est associé le collectif Zappons Bolloré, de même que les huées qui ont accompagné la projection de certains films produits par Canal+ lors du Festival de Cannes, avaient pour «seul demande de bloquer le rachat» du réseau de cinémas UGC par le groupe. «C’est bien la stratégie industrielle qui est attaquée», a-t-il estimé, considérant que cette tribune constitue «un préjudice réputationnel pour Canal+». «Quand on parle de vision fasciste, c’est la réputation des équipes et l’intégrité des équipes de Canal+ qui est attaquée. (...) Évidemment, nous avons vu ça comme une profonde injustice.»
«Ce que j’ai dit à Cannes, je l’assume totalement»
Le président du directoire de Canal+ a aussi tenu à clarifier ses propos tenus en plein Festival de Cannes, qui avaient fait couler beaucoup d’encre sur la Croisette. «Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste», avait-il lâché le 17 mai, laissant entendre que les signataires de la pétition seraient désormais mis à l’index par le premier financeur du cinéma tricolore. «J’ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s’attachent à défendre l’indépendance de Canal+, dans toute la diversité de ses choix. En conséquence, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition», avait-il déclaré.
Alors que l’émoi provoqué par cette prise de parole n’est toujours pas retombé dans le secteur, Maxime Saada a réaffirmé vouloir «protéger les équipes de Canal+». «Ce que j’ai dit à Cannes, je l’assume totalement», a-t-il avancé, assurant toutefois ce vendredi qu’il n’avait «évidemment jamais parlé de liste noire». «Il n’est pas question pour nous d’aller traquer les techniciens qui ont signé la pétition et de ne plus travailler, de ne plus financer les films pour lesquels ils travaillent. Ça n’a aucun sens et on a un minimum de conscience. On ne va pas traquer des gens qui ont besoin de leur travail pour manger et pour vivre.»
«Une nouvelle dimension»
Concernant les films que soutiendra Canal+ à l’avenir, le groupe «étudiera les dossiers toujours au cas par cas en comité cinéma, avec le même prisme que d’habitude, pas un prisme politique mais artistique et commercial». «Ce sont ça nos préoccupations», a-t-il poursuivi. Avant de nuancer : «Mais il est vrai que je vais ajouter une nouvelle dimension sur les dossiers qu’on va étudier. Je ne vais pas m’en cacher et cette dimension sera : quelle est la considération qui est portée par les personnes qui portent ce projet vis-à-vis de Canal+ ? Est-ce que ces personnes ont porté un préjudice à Canal+ ou non ? Je ne peux pas ne pas prendre en compte cela, ce serait inconséquent. Si quelqu’un sonne chez vous, vous traite de fasciste et puis vous demande de l’argent, peut-être que vous ne lui donnerez pas d’argent. On va faire exactement pareil. Ce n’est pas un sujet de liberté d’expression, il n’y a pas une personne de chez Canal qui s’opposera à ce que les gens s’expriment, contre Bolloré ou qui vous voulez, ce n’est pas le sujet (…). Le sujet, c’est le préjudice porté à Canal+.» Et le dirigeant de glisser : «C’est avec Vincent Bolloré , sinon grâce à lui, que nous avons redressé Canal+.»
Le grand argentier du cinéma français et européen va donc «continuer sa politique de soutien» des films, a conclu le dirigeant. «Depuis dix ans, c’est 1000 films soutenus par Canal+ (…). Je crois que l’on n’a pas de leçons à recevoir à ce sujet. C’est un choix délibéré de la part de Canal+ de soutenir le cinéma français et européen, et nous allons continuer à le faire dans la diversité, quelles que soient les atteintes.»