L’éditorial de Jacques-Olivier Martin: «Trump écoutera-t-il Musk sur les droits de douane?»
Alors que la panique gagne les marchés, le patron de Tesla a plaidé pour un accord de libre-échange total avec l’Europe. Bruxelles défend la même stratégie.
Les Bourses asiatiques qui s’effondrent au petit matin, les places européennes qui dévissent à leur tour, Wall Street qui chancelle un peu plus tard… Des milliers de milliards d’euros de capitalisation boursière effacés en une journée. Donald Trump a provoqué lundi une panique boursière, conséquence directe de ses droits de douane réciproques sur toutes les importations.
Ce choc planétaire ne présage rien de bon. Dans une économie mondialisée, où un même produit peut traverser cinq frontières avant d’être achevé, taxer, c’est désorganiser les chaînes de valeur, renchérir les coûts, plomber la compétitivité. À court terme, on le voit, les marchés vacillent sur fond d’incertitudes, et les représailles se multiplient. À moyen terme, les échanges vont ralentir, les usines, souffrir. Et, plus tard encore, c’est l’innovation qui reculera, les économies qui s’appauvriront. François Bayrou avance un demi-point de croissance en moins pour la France si l’Amérique persiste. La BCE redoute jusqu’à 0,8 point de PIB perdu pour l’Europe.
Jusqu’à quand Donald Trump pourra-t-il résister à la pression des marchés ? : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/jusqu-a-quand-donald-trump-pourra-t-il-resister-a-la-pression-des-marches-20250407
Mais le président américain ne veut rien entendre, en tout cas pour le moment. « Ne soyez pas faibles, ne soyez pas stupides », a lancé lundi Donald Trump avant l’ouverture des Bourses américaines, comme s’il avait toutes les cartes en main. Il peut certes stopper son offensive douanière, mais il ne maîtrise pas les réactions des pays qu’il attaque. La Chine, par exemple, s’est engagée dans le bras de fer en érigeant à son tour des barrières contre les biens américains.
Quant à l’Europe, elle cherche l’équilibre entre fermeté et ouverture : des contre-mesures sont programmées, mais Bruxelles propose aussi de supprimer tous les droits de douane sur les produits manufacturés entre les deux rives de l’Atlantique. Une porte de sortie raisonnable, gagnante pour tous ceux qui croient encore que le commerce sans barrière crée plus de richesse qu’il n’en détruit.
En se prononçant dimanche pour un accord de libre-échange total entre l’Europe et les États-Unis, Elon Musk, son conseiller très écouté, n’a pas dit autre chose. Est-ce que cela suffira à convaincre Donald Trump ? « Ne soyez pas stupide, Monsieur le Président », pourrait lui glisser le patron de Tesla…