Le Figaro : Pourquoi CGG a dit non à Technip

Jean-Georges Malcor, le patron de CGG, défend sa stratégie, malgré l'effondrement de 29 % du cours.

Technip a refermé dimanche soir le dossier CGG. Le groupe avait tenté début novembre de convaincre le spécialiste de la sismique pétrolière avec un projet d'OPA à 8,30 euros par action, dont le patron de Technip, Thierry Pilenko, a de nouveau défendu lundi l'intérêt stratégique. Jean-Georges Malcor, patron de CGG, explique au Figaro les raisons de son refus, sur fond de turbulence boursière. Le titre a perdu lundi 29,3 %, tandis que Technip gagnait 1 %.

Le Figaro. - Pourquoi CGG a-t-elle refusé la proposition de rachat de Technip?

Jean-Georges Malcor. - Nous avons refusé la proposition de Technip pour des raisons avant tout industrielles. CGG est une société de géosciences dont toute la stratégie depuis quatre ans est fondée sur trois piliers, nos trois métiers, que sont les équipements, l'acquisition de données, notamment au travers de notre flotte de navires sismiques, et l'imagerie et leur interprétation. Ce triptyque est devenu notre ADN. Les clients valident ce modèle. Or, Technip a clairement indiqué qu'il souhaitait la séparation du métier d'acquisition de données. C'était un projet qui remettait en cause le modèle intégré de CGG, évidemment inacceptable.

Depuis le 10 novembre, date à laquelle la proposition a été mise sur la table, Technip n'a-t-il pas évolué sur ce point?

Non. C'est pourquoi aucun compromis ne pouvait être trouvé. Technip s'est engagé à notre égard dans une démarche non sollicitée. CGG, faut-il le rappeler, n'est pas à vendre. Mais nous avons abordé cet épisode avec l'esprit ouvert. Notre refus n'est pas dogmatique. CGG a fait la preuve par le passé de sa réactivité et de son pragmatisme. Mais le conseil d'administration et moi-même avons considéré que ce projet n'était pas créateur de valeur pour notre groupe.

Technip estime que vos activités hors acquisition de données complètent les siennes et créeraient une gamme de services intéressante. Cela vous semble-t-il juste?

Je rejoins Thierry Pilenko quand il explique que les activités sismiques sont clés. Pour nos clients, la connaissance des réservoirs d'hydrocarbures est stratégique. L'intérêt de Technip pour notre seule division GRR valide la stratégie du groupe depuis quatre ans! Mais je considère pour ma part, à l'instar de Schlumberger, que cela passe aussi par la maîtrise du métier de l'acquisition. On pourrait envisager d'autres formes de coopérations commerciales entre nos deux groupes à l'image des alliances ou des coentreprises que nous avons avec d'autres acteurs et qui fonctionnent très bien.

Technip vous a-t-il précisé les conséquences sociales de son projet?

Non. Jamais. Mais nous avions la conviction que les synergies de coûts promises par Technip ne pouvaient se réaliser sans conséquences sur l'emploi. 400 à 500 emplois nous paraissaient menacés en France dans la division acquisition.

La méthode de Technip et de son patron vous a-t-elle choqué?

Thierry Pilenko et moi, nous nous connaissons très bien. Je pense que l'usage aurait voulu que nous menions des discussions en amont plutôt que de recevoir une pré-offre. Cela dit, l'épisode est clos et les débats que nous avons eus sont restés très professionnels.

La création d'un champion français ne vous tente-t-elle pas?

Je ne suis pas insensible à l'argument. Technip et CGG sont déjà, chacun dans son domaine, des leaders mondiaux. Mais un tel projet ne peut se concevoir en amputant un des deux groupes de l'une de ses jambes.

CGG est-elle, seule, en situation d'affronter un marché déprimé par l'effondrement des prix du pétrole?

Le plan de transformation que nous envisagions de dérouler sur trois ans a été accéléré et aura été achevé en quatorze mois. CGG possède avec Sercel et GGR deux divisions résilientes en creux de cycle. CGG a réduit sa flotte, a abaissé ses coûts et s'est mis en situation de faire face à un marché très difficile. Le contexte pousse nos clients à couper dans leurs budgets d'exploration, mais ils ne réduisent pas pour autant à zéro leurs dépenses de sismiques, qui sera le premier segment à repartir.

Certains investisseurs doutent que vous puissiez échapper à une augmentation de capital. Et le cours de l'action a lourdement chuté ce lundi…

Ils le pensaient déjà à la fin du premier trimestre, puis au deuxième, au troisième… Ils avaient tort et nous maintenons que nous sortirons de ce bas de cycle par nos propres moyens. Nous avons renégocié nos échéances de dette. Nous poursuivrons nos efforts de désendettement le cas échéant par des cessions d'actifs. Quant au cours, la réaction me paraît mécanique. Elle ne nous a pas surpris.