Nucléaire, éolien, «Livret Vert»... Valérie Pécresse dévoile son plan «énergies»
INFO LE FIGARO - Après avoir visité le site industriel d'EDF de l'Ain, la candidate a présenté un projet qui prévoit notamment une nouvelle loi de programmation qui stoppera le plan de fermeture des réacteurs.
«Je m'oppose à la fermeture de la centrale nucléaire du Bugey parce que c'est une folie». Valérie Pécresse a lancé ce message samedi après avoir visité le site industriel d'EDF de l'Ain, dont la fermeture est inscrite sur la liste des 14 réacteurs français dont le président de la République a souhaité la fermeture d'ici 2035.
Après la mise à l'arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) en juin 2020, la candidate a choisi la deuxième centrale menacée de fermeture pour dénoncer les décisions présidentielles. Ce déplacement a été programmé au cœur de sa campagne alors que la hausse de la facture énergétique des Français suscite un vif débat en France, à un peu plus de deux mois du premier tour de la présidentielle.
«Cramer la caisse»
«Emmanuel Macron est en train de cramer la caisse d'EDF pour que la facture d'énergie n'augmente pas d'ici les élections. C'est un bouclier tarifaire totalement illusoire et électoraliste mais l'addition viendra après et il faut sauver EDF car cette politique, incohérente et irresponsable, nous mène droit à la catastrophe », accuse Valérie Pécresse en estimant que ces fermetures «mettent totalement à bas notre souveraineté énergétique» et fait «flamber» les prix de l'énergie. «Les Français doivent savoir que le président de la République tente de masquer une hausse inéluctable des prix de l'électricité», poursuit-elle.
Les choix énergétiques de la France seront au cœur des prochains débats de la présidentielle, mais pour Pécresse cette question du nucléaire fait partie des «sept péchés capitaux» d'Emmanuel Macron, qu'elle accuse de déstabiliser toute une filière en envoyant de mauvais signaux. Elle renvoie aussi sur les épaules du chef de l'État la responsabilité de la hausse des taxes sur l'électricité tout en estimant que le développement du renouvelable, et notamment de l'éolien, se heurte à un seuil de tolérance déjà atteint dans certains territoires. «Quand j'accéderai à la présidence, je mettrai tout à plat sur l'éolien car je veux que toute implantation passe par l'adhésion des populations», confie Valérie Pécresse.
Stopper les fermetures de réacteurs
Au-delà du message politique envoyé samedi, la candidate a levé le voile sur son plan «énergies». Elle appuie son projet sur trois objectifs : décarboner en visant le zéro carbone en 2050, conserver la capacité du pays à produire sa propre électricité et préserver le pouvoir d'achat des Français. Pour répondre à ces «impératifs», elle prévoit une nouvelle loi de programmation qui stoppera le plan de fermeture des réacteurs. Valérie Pécresse s'engage également à supprimer le plafond 50% de production d'électricité d'origine nucléaire inscrit dans la loi car selon elle, cette limite ne permettra pas de tenir l'objectif de décarbonation en 2050. « Il ne faut pas se tromper d'objectif : le seul qui doit nous guider c'est l'objectif écologique du zéro carbone », insiste-t-elle, en envisageant de peser parallèlement sur l'Union européenne.
Dans son projet, Valérie Pécresse prévoit aussi la remotivation de la filière nucléaire. Elle parle de «relance gaullienne» en programmant la construction d'une première tranche de six EPR (réacteurs nucléaires à eau pressurisée de 3e génération), dont quatre à démarrer dès 2035. Sans compter une réflexion sur les prochaines constructions et sur le renouvellement des centrales existantes. Elle veut préparer l'approbation par le Parlement de la gestion des déchets nucléaires (CIGEO) et l'enfouissement de manière réversible. Sur ce point, elle estime que la France a pris dix ans de retard, même si une loi existe depuis 2006.
Livret Vert
Parallèlement au «sursaut» attendu, Valérie Pécresse veut poursuivre le développement du renouvelable dans tous les domaines (hydraulique, biocarburant, biomasse, biogaz, filière bois, géothermie, méthanisation des déchets, réseaux de chaleur…). Elle souhaite porter le «fonds chaleur» à 500 millions d'euros par an. Sur l'éolien, elle envisage d'imposer des territoires zéro éoliennes dans les documents d'urbanisme des collectivités locales, voire de fixer des moratoires ou des normes de protection contre les nuisances. «Mais le principe fondamental pour moi, c'est l'approbation indispensable des populations locales», précise-t-elle.
Enfin, la candidate veut lancer une chasse au gaspi en misant sur des investissements «massifs» (fuites de méthane, éclairages publics, incitation aux économies d'énergie, rénovations des bâtiments publics…). Concernant la rénovation des logements, Valérie Pécresse propose la fusion des livrets A et Développement durable en «Livret Vert», pour permettre à la Caisse des dépôts et consignations de financer davantage de projets. Par ailleurs, la candidate croit à l'élaboration de contrats incitatifs et de tarification écoresponsable qui permettraient aux Français de réduire leur facture d'électricité s'ils parviennent à réduire leur consommation en période de pics. «Ce sera une manière intelligente d'encourager la consommation écologique», soutient-elle.
Suppression de la TVA sur les taxes
Dans le prolongement de ses annonces récentes sur le pouvoir d'achat, Valérie Pécresse s'engage également à supprimer la TVA sur les taxes pesant sur l'électricité (ce qui représente 800 millions d'euros). Sur ce point, elle veut se démarquer des propositions de la présidente du Rassemblement national. «Marine Le Pen veut supprimer la TVA sur l'ensemble de la facture mais cela coûterait 12 milliards d'euros et elle n'a pas le premier kopeck pour le faire !», avance-t-elle. Enfin, la candidate critique aussi les indemnités de frais kilométriques annoncées par Emmanuel Macron : «C'est un fusil à un coup ! Il faudrait plutôt envisager une mesure structurelle comme l'indexation automatique chaque année du barème kilométrique sur les prix des carburants.»
Si l'Allemagne et l'ex-chancelière Angela Merkel ont fait un tout autre choix en s'engageant sur la fin du nucléaire, Valérie Pécresse se pose en ambassadrice de la souveraineté énergétique de la France. «Aujourd'hui en Europe, les Allemands font la loi mais à un moment donné, prévient la candidate à la présidentielle, la France doit pouvoir réaffirmer ses positions. Et nous avons tous les arguments pour dire que l'Allemagne s'appuie sur l'énergie fossile quand nous sommes capables de produire de l'électricité zéro carbone.»