Le Figaro : Maurice Lévy veut voler au secours de Solocal, les anciennes Pages j

Maurice Lévy veut voler au secours de Solocal, les anciennes Pages jaunes

DÉCRYPTAGE - Le holding de l'ex-patron de Publicis a fait une offre pour la société de marketing numérique étranglée par sa dette.

C’est une histoire de restructuration d’entreprise comme la France en connaît malheureusement si bien. Celle d’un ancien fleuron national, Solocal, asphyxié par une dette qu’il traîne depuis le début des années 2000. Avec, en guise de créanciers, des hedge funds anglo-saxons devenus par la force des choses les principaux actionnaires de la société. Et une poignée de professionnels des situations à haut risque : l’administratrice Hélène Bourbouloux ou l’avocat associé chez Gibson Dunn Jean-Pierre Fargès, qui œuvrent depuis l’été dernier à sa quatrième restructuration en huit ans. L’ancien éditeur des célèbres Pages jaunes, reconverti dans le marketing digital à destination des petites et moyennes entreprises, joue aujourd’hui sa survie. Le temps presse puisqu’il doit rembourser en 2025 une obligation de 175 millions d’euros, après avoir manqué déjà des échéances de paiements de ses intérêts. Désormais, ses 2300 collaborateurs retiennent leur souffle avant la possible arrivée d’un nouveau propriétaire des lieux : Maurice Lévy.

L’offre formulée par l’ancien patron de Publicis et sa famille à travers leur holding Ycor, qui abrite des sociétés spécialisées dans le marketing digital et la data (Weborama, Proximedia…), vient en effet de recevoir le soutien de la direction de Solocal. Elle prévoit, entre autres, un apport de 40 millions d’euros d’argent frais via des augmentations de capital et une réduction massive de la dette de Solocal, située aujourd’hui autour de 240 millions d’euros. « Ycor contrôlerait alors 76 % du capital de Solocal », explique un analyste d’Oddo BHF. Les créanciers convertiraient une partie de leurs obligations en titres nouveaux. Quant aux actionnaires actuels, ils seraient complètement dilués en détenant moins de 1 % du tour de table. Une nouvelle configuration qui sonnerait alors la fin de l’aventure boursière de Solocal, dont la valorisation tombait jeudi sous la barre des 7 millions d’euros. Une situation impensable pour ce groupe, issu de l’ex-monopole public de France Télécom, qui valait 6 milliards d’euros en 2006…

«Depuis des années, Solocal souffre d'un sous-investissement chronique»
« Chercher simplement à se refinancer aurait été suicidaire, note Arnaud Marion, ancien administrateur de Solocal de 2016 à 2018. Solocal doit se débarrasser une bonne fois pour toutes de sa dette, et passer d’une vision purement financière à une vision stratégique afin de faire évoluer l’entreprise grâce à un nouvel actionnaire de contrôle. » C’est l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui a obligé Solocal à sortir du bois en début de semaine, alors que les discussions avec Maurice Lévy avaient débuté il y a quelques mois de cela. En face du publicitaire français, l’offre des créanciers obligataires, qui doit également être étudiée par le tribunal de commerce de Nanterre, prévoit un apport important de liquidités exclusivement en dette. « N’oublions pas que, malgré ses difficultés, Solocal a toujours été rentable, mais cet argent lui aura seulement servi à payer les intérêts de sa dette », rappelle Arnaud Marion.

L’un des péchés originels de Solocal remonte à 2006, au moment de la distribution d’un dividende exceptionnel de 2,5 milliards d’euros aux actionnaires. Ce dernier ayant été financé, pour deux tiers, par de la dette… Empêtrée au fil des années dans d’innombrables remboursements d’intérêts (à des taux supérieurs à 10 %), l’entreprise a fini par rater plusieurs virages stratégiques. Ses restructurations financières successives ayant, par ailleurs, entraîné de coûteux honoraires. « Depuis des années, Solocal souffre d’un sous-investissement chronique causé par une dette trop importante », reconnaît auprès du Figaro son directeur général, Cédric Dugardin, qui a démarché de nombreux hommes d’affaires français depuis son arrivée à la tête du groupe en décembre. « Je suis convaincu du fort potentiel de Solocal. Le nombre de manifestations d’intérêt reçues le démontre clairement », abonde le dirigeant.

Solocal, qui compte toujours le fonds américain GoldenTree comme premier actionnaire (25 % du capital), affichait en 2023 un chiffre d’affaires en baisse de 10 % sur un an à 359 millions d’euros. Dans un contexte macroéconomique chahuté, la société souffre du ralentissement des investissements dans la publicité digitale. « Les prochaines semaines s’annoncent très importantes pour l’avenir de l’entreprise », conclut Cédric Dugardin. S’il finit par l’emporter, nul doute qu’un nouvel actionnaire comme Maurice Lévy tirera parti des nombreux atouts restants de Solocal : ses 215.000 PME et TPE clientes, sa myriade de données sur les restaurateurs ou les médecins, ses logiciels numériques, et son armée de commerciaux à travers le pays. Dans l’espoir, peut être, d’offrir une nouvelle vie au joyau français…