L'État et Renault-Nissan proches d'un accord
Le conseil d'administration du constructeur français, réuni vendredi, devrait clore un conflit qui a duré huit mois.
C'est la loi du genre. Entre l'État, Renault et Nissan, les négociations auront été poussées jusqu'à la dernière minute ou presque, obligeant les avocats des différentes parties à un «rush» final pour ajuster la rédaction des textes. Mais, ce vendredi, à l'heure de la convocation du conseil d'administration de Renault, précédé d'une ultime réunion du comité des administrateurs indépendants emmenés par Philippe Lagayette, il devrait y avoir un accord. Sauf coup de théâtre. L'objectif est de mettre fin à un conflit ouvert il y a huit mois déjà, quand l'État est monté de 15,1 à 19,7 % du capital de Renault et y a imposé le régime des droits de vote double.
Pour tous les protagonistes, ce conseil du 11 décembre était en ligne de mire. «Une échéance importante», confirmait la semaine dernière le PDG de Renault et de Nissan Carlos Ghosn au Figaro. Chacun en convient, cette bataille n'a que trop duré et a créé des dégâts à la fois dans les entreprises et au plan politique. Et dans la dernière ligne droite, explique un proche du dossier, «les postures politiques ont commencé à s'effacer». «Chacun a fait des concessions», affirme un autre, «tout le monde doit sortir la tête haute».
«Simple, lisible, explicable»
De source proche du dossier, l'accord qui s'annonce ce vendredi devra «être simple, lisible, explicable». Il devrait tenir, selon nos informations, en quelques points. Le premier, c'est la réaffirmation par l'État de sa promesse de revendre les 4,7 % du capital de Renault achetés en avril. Emmanuel Macron s'y est souvent engagé. Mais l'opération n'a pas encore pu avoir lieu, d'abord parce que le cours de Renault avait chuté cet été - il s'est repris depuis -, ensuite parce que les négociations en cours faisaient de l'État un initié, à ce titre interdit de transactions sur le titre.
Deuxième volet, le gouvernement et Renault devraient conclure un accord, impliquant une modification statutaire du groupe, qui encadrera l'exercice de ses droits de vote par l'État. Objectif: restreindre les cas d'utilisation par l'État de sa minorité de blocage à quelques situations stratégiques dont la définition a justifié de longs palabres.
Respect de l'équilibre
L'enjeu essentiel pour Emmanuel Macron, qui répétait mardi à l'Assemblée vouloir «sanctuariser la capacité de l'État sur des décisions structurantes», est de pouvoir intervenir sur les changements statutaires et surtout sur les opérations éventuelles de fusion, de cession, ou d'acquisition de Renault. Les sujets de gouvernance semblaient ces derniers jours faire l'objet de débats.
Enfin, Renault s'engagera vis-à-vis de Nissan sur le respect de l'équilibre de l'Alliance. Là où le groupe japonais s'inquiétait d'une éventuelle intrusion de l'État français via Renault, des gages lui seront donnés. En revanche, le constructeur japonais ne devrait pas obtenir de droits de vote chez Renault malgré ses 15 % du capital du constructeur français. L'État s'est fermement opposé à cette idée, qui supposait, droit boursier oblige, que Renault abaisse sa part dans le capital de Nissan.