Le Figaro : Land-Dweller, la nouvelle montre Rolex qui change tout

Land-Dweller, la nouvelle montre Rolex qui change tout


EXCLUSIF - Le Figaro a découvert en avant-première la toute dernière collection de la marque à la couronne qui sera dévoilée ce matin dans le cadre du salon horloger de Genève, Watches & Wonders.

Jusqu’à minuit et une minute le 1er avril, l’information était classée secret-défense. Les très rares personnes, dont nous sommes, y ayant eu accès en amont avaient signé un accord de non-divulgation très strict. Et puis, sans crier gare, comme pour pimenter l’attente, Roger Federer, célébrissime ambassadeur de Rolex, a posté sur son compte Instagram des photos de son week-end au ski, dans les Alpes suisses. Sur un des clichés, il déjeune d’une fondue et on devine à son poignet la nouveauté ultra-confidentielle de la marque à la couronne ! De quoi agiter les passionnés les plus attentifs. En effet, chaque année, quand arrive début avril et l’ouverture du salon Watches & Wonders, ils se posent tous la même question : quelles surprises leur réserve la première marque horlogère au monde ? Ils ne seront pas déçus cette année : pour le millésime 2025, plutôt que de se contenter de célébrer un énième anniversaire, Rolex a décidé de frapper fort avec une nouvelle collection baptisée Land-Dweller. Parler du lancement le plus important depuis des décennies est tout sauf exagéré.

Après la Sea-Dweller, née en 1967, et la Sky-Dweller en 2012, place donc à la Land-Dweller. Une nouveauté qui aura fait l’objet de 32 demandes de brevets – dont 18 exclusifs, et 16 concernant son mouvement. Un développement très ambitieux pour la marque qui, à elle seule, représente un tiers des ventes du « Swiss Made » et dont les créations iconiques ont traversé le temps. Ce modèle tant attendu « reprend les codes esthétiques des montres à bracelet intégré, confie le responsable patrimoine de la maison genevoise. Un design expérimenté en 1969 avec la Rolex Quartz, alors équipée du mouvement Beta 21, ainsi qu’en 1974 avec la Datejust Réf. 1630. » Deux spécimens aujourd’hui collector qui inspirent donc cette nouvelle gamme, déclinée en deux diamètres (36 et 40 mm) et trois finitions : en Rolesor gris et cadran blanc, en Everose et cadran blanc, et en platine et cadran bleu glacier. De quoi cultiver juste ce qu’il faut de nostalgie auprès des passionnés tout en proposant une pièce résolument contemporaine. « En 1969, leur design était extrêmement moderne pour l’époque, il l’est encore aujourd’hui, souligne le responsable design de la marque à la couronne. Mais nous ne nous sommes pas seulement inspirés de l’Oyster Quartz et de la référence 1630. Cette Land-Dweller n’est pas un remake d’une pièce historique. L’idée n’était pas de refaire la même montre que l’originale. La boîte, la carrure, sont sans doute l’élément le plus proche du modèle historique. Mais nous y avons aussi injecté beaucoup de nouveaux codes esthétiques. »

Côté design, entre lunette cannelée et loupe Cyclope, on reconnaît certaines caractéristiques d’une Datejust. Mais le boîtier étanche à 100 mètres de cette Oyster Perpetual Land-Dweller est bien plus fin que d’ordinaire. De même, son nouveau bracelet Flat Jubilee impressionne tant par sa finesse que par l’élégance et la souplesse du moindre de ses maillons. La maison suisse est plus que réputée pour cette qualité. « Le bracelet était pour moi l’élément le plus important, car il s’agit d’une montre où il est intégré, c’est-à-dire avec une parfaite continuité entre lui et la boîte, précise le responsable design de la marque. Les deux parties fusionnent, on ne sait pas où commence l’un et où finit l’autre. Nous avons effectué un important travail de formes et de finitions, comme ces biseaux qui partent de la carrure et descendent jusqu’au fermoir, soulignant cette belle continuité. La fixation entre le bracelet et la boîte, Le point clé, est entièrement cachée, invisible. »

Ici, on ne voit en effet aucun axe traversant visible sur les cornes. « Un sacré challenge pour les équipes de R&D, confirme le responsable. Nous avons dû intégrer un minuscule axe remplissant les deux fonctions de fixation et de rotation. Ce système invisible, qui a fait l’objet d’un brevet, loge dans un tout petit espace. » Par ailleurs, « les mailles centrales du bracelet sont légèrement surélevées, ce qui a représenté un défi à la fabrication. Là, nous avons deux niveaux, avec 3/10e de millimètre de différence, qui donnent du volume à la pièce. Pour y parvenir, les méthodes de production ont dû être entièrement revues ».


Style contemporain oblige, le cannelé de la lunette diffère des modèles précédents : quand une 1908 au look plus classique traditionnel compte 180 cannelures, une Day-Date 40 mm n’en a que 72. « Avec cette Land-Dweller, nous sommes vraiment allés à l’extrême : sa lunette possède seulement 60 cannelures, assez larges. Son look est ainsi plus moderne. C’est un petit détail, mais cela s’adapte mieux au design de son bracelet et de sa boîte. » Le cadran, lui aussi, a été pensé pour un rendu ultramoderne, avec un décor nid d’abeille, réalisé au laser. Un motif déjà croisé tant dans les boutiques de la marque que sur des Datejust 36 et 41 mm. « C’est l’une des difficultés chez Rolex : trouver un décor qui marche avec la cannelure. Là, il y a un bel équilibre, et entre chaque hexagone nous avons apposé une couche vinyle qui crée un effet soleillé quand on tourne la montre. » On retrouve par ailleurs les index 6 et 9 en chiffres arabes comme sur l’Explorer ou l’Air-King, immédiatement reconnaissables. « Il y a cinq ans, le brief initial expliquait qu’il fallait que ce soit une montre pour tous les jours. Mais cette pièce se positionne plus haut qu’une Datejust. C’est pourquoi nous voulions donner plus de richesse sur le cadran et les index. » On retrouve enfin sur cette gamme - vendue à partir de 12 800 € HT - fait rare chez Rolex, un fond transparent permettant de voir son nouveau calibre 7135. Un calibre qui fait entrer la marque dans une nouvelle ère en termes de précision.


Un nouveau cœur pour Rolex

« Nous voulions une montre fine, donc le challenge était de faire un mouvement plat », poursuit le responsable R&D de Rolex. Mais ce nouveau calibre 1735, fruit de sept ans de développement, qui est une évolution du 7140 équipant le modèle 1908 depuis 2023, ne se contente pas de cela. Fort de sa maîtrise du silicium, Rolex semble en effet être parvenu à fiabiliser et industrialiser une technique jusque-là limitée à de très petites productions. Elle a déjà fondé une bonne partie de sa réputation sur la précision de ses montres, certifiées chronomètres superlatifs, avec une précision de l’ordre de – 2 /+2 secondes par jour. Un écart de marche toléré par la marque pour une montre terminée encore plus faible que celui admis par le COSC pour la certification d’un chronomètre (-4/+6). De quoi hisser les montres à la couronne parmi les plus précises au monde. Mais ce mouvement intègre également un tout nouveau système de régulation – échappement et oscillateur – révolutionnaire, qui lui permet de battre à la fréquence de 5 hertz, soit 36 000 alternances par heure, et de décompter ainsi le temps au dixième de seconde. Cet échappement à distribution séquentielle offre en particulier un haut rendement, environ 30 % supérieur à celui d’un échappement à ancre suisse conventionnel, pour un encombrement identique. « Cette fréquence de 5 Hz illustre notre quête d’amélioration de la précision, souligne le responsable R&D. Dans notre ADN, Rolex a toujours veillé à protéger ses montres des perturbations externes. De la poussière, de l’humidité, de la température, des chocs et de l’accélération. Quand un mouvement bat à 5 Hz, il est moins sensible aux variations du porteur. La stabilité du calibre est ainsi meilleure au bras du client. C’est dans cette quête de précision que nous avons voulu faire passer la fréquence du mouvement de 4 à 5 Hz. » Une première chez Rolex.

Pour effectuer ce tour de force, 16 brevets ont été déposés. Pour cela, les ingénieurs maison ont développé un nouvel organe réglant, baptisé Dynapulse, et un oscillateur d’avant-garde. « Il est composé d’une roue de transmission en lien avec la seconde, de deux roues de distribution et d’une bascule qui va entretenir le balancier et donner le tempo au mécanisme. Il a été développé dans le même encombrement que notre échappement traditionnel Chronergy, et sur un seul plan. » Fabriqué en silicium, il est par ailleurs plus léger et moins sensible aux champs magnétiques. « Il a aussi l’avantage d’être robuste face aux chocs. On appelle cela un échappement à distribution séquentielle, car tout l’art a été de séparer les fonctions, avec une architecture qui le rend plus performant. Nous avons optimisé toutes les pertes d’énergie : vous n’avez pas deux roues qui interagissent en même temps. » Autre innovation majeure de ce calibre maison : son balancier, qui a donné lieu à lui seul à huit demandes de brevet. Au final, grâce à l’architecture de son barillet et à l’excellent rendement de son échappement, ce calibre haute fréquence bénéficie d’une réserve de marche d’environ 66 heures. Sans aucun doute au-delà de la gamme Land-Dweller, les amateurs de montres de précision retrouveront demain son mouvement et ses innovations brevetées au sein d’autres pièces Rolex.