Le Figaro : Football : la LFP annonce la création de sa propre plateforme dédiée

Football : la LFP annonce la création de sa propre plateforme dédiée à la diffusion de la Ligue 1

La décision, prise à l’unanimité par les clubs, a été entérinée par un conseil d’administration. Le service sera commercialisé 14,99 euros par mois avec engagement.

Le 15 août prochain, le Stade Rennais recevra l’Olympique de Marseille. Tandis que le PSG, champion en titre, se déplacera au FC Nantes. Si l’on connaît les neuf affiches de la première journée de Ligue 1, qui reprendra dans 6 semaines à peine, le suspens demeurait entier sur la manière dont ces matchs seraient diffusés. Les téléspectateurs peuvent être rassurés: il n’y aura pas d’écran noir. Mardi, dans la foulée d’un collège de Ligue 1, la Ligue de football professionnel (LFP) a organisé en urgence un conseil d’administration qui a avalisé la création d’une plateforme 100% Ligue 1, distribuée de manière non exclusive. «Les clubs ont été unanimes sur cette question», assure une source proche du dossier.

Ce qui était considéré en fin de saison dernière comme un plan B hautement hasardeux est devenu l’unique issue de secours du football français, à présent. Entre-temps, le miracle du milliard d’euros de droits TV a été définitivement enterré. La stratégie du patron de la Ligue, Vincent Labrune, s’est dégonflée comme une baudruche. Et la dernière saison a connu une fin en apothéose, qui s’est traduite par un fracassant divorce avec DAZN, principal diffuseur de la Ligue 1, sorti sous les huées des présidents de clubs.

Un tarif spécial pour les jeunes

Championnat de football français, année zéro... Tout est à reconstruire désormais. Appelé à la rescousse, Nicolas de Tavernost, le nouveau patron de LFP Media, la société commerciale de la Ligue chargée de ce brûlant dossier, a présenté mardi aux présidents de clubs réunis lors d’un collège, les contours de la future chaîne.

Si la Ligue produit déjà les matchs du championnat, le producteur des magazines d’avant et d’après matchs qui sera chargé également de la gestion des multiplex et des personnels éditoriaux, sera choisi d’ici à la fin de semaine. Le groupe Mediawan, dirigé par Pierre-Antoine Capton, est en compétition avec 21 Production, la filiale de l’Équipe. La Ligue est par ailleurs en phase active de recrutement de présentateurs et d’experts et avance sur le choix d’une plateforme technique.

Le nom de la chaîne a été déposé. Quant à son prix, «il est fixé à 14,99 euros par mois, pour huit matchs en exclusivité par journée de championnat», indique une source au fait du dossier. Un prix bas au démarrage, qui doit permettre de reconquérir les fans de foot, nombreux à avoir cédé aux sirènes du piratage. Dans un premier temps, le neuvième match continuera d’être diffusé par beIN Sports. La saison suivante, la chaîne Ligue 1 prévoit de récupérer cette rencontre afin de proposer toute la compétition en exclusivité. Une offre pour les jeunes, à moins de 10 euros par mois, pour un visionnage sur smartphones et tablettes, devrait également voir le jour.

Reste la question, cruciale, de la distribution de cette nouvelle chaîne. Les discussions avec Canal+, visant à rétablir un partenariat solide avec l’ancien diffuseur historique, n’ont pas abouti. Dans L’Équipe, son président du directoire, Maxime Saada, l’a annoncé avec fracas ce week-end. «C’est un rendez-vous manqué. Canal+ jette l’éponge». Le groupe, qui vient d’entrer en Bourse, a investi 480 millions d’euros pour diffuser les coupes d’Europe, dont la prestigieuse Ligue des Champions. Et il a engagé un programme de réduction des coûts assez significatif, afin d’améliorer sa rentabilité. «Canal+ a des contraintes fortes. Il n’a pas de marge de manœuvre pour assumer la distribution exclusive de la Ligue 1», analyse un expert du secteur. Il lui aurait fallu payer un minimum garanti conséquent pour l’obtenir débourser un montant conséquent.

«Maxime Saada a fait une Richard Nixon. Il a choisi en quelque sorte la démission plutôt que l’humiliation, estime un très bon connaisseur du groupe. Canal+ est sous la pression de la Bourse. Annoncer qu’il n’investira pas dans la Ligue 1 est aussi le moyen d’envoyer un message rassurant au marché», décrypte-t-il. La promesse, en clair, que la chaîne cryptée ne «cramera pas la caisse». Pour beaucoup de dirigeants de clubs, qui espéraient le retour de Canal+ sur le terrain, c’est sans doute une déception. Mais l’histoire n’est pas terminée. «Canal+ reviendra peut-être dans les prochaines années», imagine une source proche du dossier.

Nouer un maximum de partenariats

La Ligue, qui s’était préparée à un désistement de Canal+, va désormais tenter de nouer un maximum de partenariats afin d'assurer une distribution la plus large possible à sa chaîne. Selon nos informations, DAZN devrait distribuer la future chaîne. Des discussions sont en cours avec les opérateurs télécoms ainsi que plusieurs plateformes, comme Warner ou Disney. Ce qui laisse augurer de possibles bundles. Des négociations ont aussi débuté avec les fabricants de téléviseurs afin d’intégrer la future application.

Malgré le chaos autour des droits du foot, le produit Ligue 1 est plutôt bon, estime la Ligue. Après Paul Pogba attendu à Monaco, c’est Olivier Giroud qui a été recruté à Lille. Il n’y a jamais eu autant de monde dans les stades. Le PSG vient de remporter la Ligue des Champions... Charge à la nouvelle chaîne de proposer un traitement éditorial attractif. En février dernier, le directeur général de DAZN France, Brice Daumin, avait estimé dans une interview au Figaro qu’il fallait «améliorer et réinventer le produit Ligue 1». Étant donné que les patrons de clubs seront désormais propriétaires de leur chaîne, cela devrait faciliter l’ouverture des vestiaires, les interviews d’après-matchs, la pose de micro sur les arbitres etc... Bref, aider à faire vivre le championnat en dehors des matchs.

La Ligue s’est fixé un objectif ambitieux. Selon nos informations, elle espère recruter la première saison, au moins un million d’abonnés. De quoi renflouer les caisses? «Il y aura certainement deux saisons compliquées, le temps de constituer l’actif», prévient une source au fait du dossier.

Pour cette saison, la ligue ne partira pas de rien. Elle pourra compter sur l’indemnité de sortie de DAZN, d’un montant de 85 millions. La plateforme de streaming s’est aussi engagée à lui transférer sa base d’abonnés, estimée entre 600 000 et 700 000 personnes, valorisée 15 millions d’euros. À cela s’ajoute les droits TV de beIN Sports, soit 78,5 millions d’euros pour la diffusion d’un match, les recettes des droits TV à l’international, qui s’élèvent à 130 millions d’euros, le sponsoring... Un matelas, en somme, de près de 300 millions d’euros, auquel s’ajoutera le produit des abonnements.

Grignotés en partie par les coûts de production, soit une soixantaine de millions d’euros, les remboursements au fonds d’investissement CVC, actionnaire (13 %) de LFP Media, la taxe Buffet, les charges de la LFP etc... «Il y a un peu de cash dans la pompe au démarrage», reconnaît un expert du secteur. N’empêche «les clubs vont devoir apprendre à se sevrer des droits». Sans Canal+, la fête sera beaucoup moins folle.