Le Figaro : Face au cancer et aux maladies neurodégénératives, Nanobiotix mise s

Face au cancer et aux maladies neurodégénératives, Nanobiotix mise sur ses prometteuses nanoparticules

DÉCRYPTAGE - La biotech française vient de lever 85 millions d’euros afin d’accélérer le développement de nouveaux médicaments, qui intéressent déjà de nombreux laboratoires pharmaceutiques.

Nanobiotix lève des fonds pour accélérer le développement de nouveaux médicaments. Créé il y a plus de vingt ans par le physicien Laurent Levy, Nanobiotix est en passe de révolutionner le traitement du cancer par radiothérapie. Cette biotech, dont la spécificité est de créer des nanoparticules destinées au corps humain, amorce désormais le développement de nouvelles thérapies innovantes au-delà du champ de la cancérologie, dans le traitement d’Alzheimer, par exemple. Elle vient pour ce faire de lever 85 millions d’euros, à Paris et à New York, où elle est doublement cotée. « Nous ne voulions pas attendre que notre premier produit soit sur le marché pour pouvoir accélérer le développement des autres », explique Laurent Levy, dont la société est désormais valorisée 1,7 milliard d’euros.

Le produit phare de Nanobiotix est un médicament composé de nanoparticules qui boostent les effets de la radiothérapie. « Il a été conçu de telle sorte qu’il absorbe l’énergie de la radiothérapie pour en accroître les effets, explique le PDG fondateur. C’est un amplificateur local. L’efficacité du traitement s’en trouve accrue, sans accroissement des effets secondaires » dans les tissus sains. Une fois injectées, les nanoparticules restent pour toujours dans la tumeur, mais ne s’activent que lorsque celle-ci est irradiée.

Des essais pour le cancer du poumon
C’est dans le traitement du cancer de la tête et du cou que le développement du médicament de Nanobiotix est le plus avancé. Une étude de phase 3 (la phase finale de développement d’un médicament) est en cours dans cette indication, menée par le laboratoire américain Johnson & Johnson, avec qui Nanobiotix a signé un accord de licence en 2023. Ses résultats finaux devraient être publiés au premier semestre 2027, pour une commercialisation probable en 2028. Une étude de phase 2 est en cours dans le cancer du poumon.

Les potentielles applications de ce médicament vont au-delà de ces deux types de cancer. « 60 % des cancers se traitent actuellement par radiothérapie, souligne Laurent Levy. C’est le cas de 80 % des cancers du sein . Sur le plan financier, notre médicament a le potentiel de générer des revenus supérieurs à 5 milliards de dollars annuels. »

En vertu du contrat signé avec Johnson & Johnson, Nanobiotix devrait percevoir 200 millions d’euros ces deux ou trois prochaines années. Une fois le médicament commercialisé, la biotech touchera des royalties de 10 % à 20 % sur les ventes. Nanobiotix disposait de suffisamment de trésorerie pour tenir jusqu’à 2028. Les 85 millions d’euros levés lui permettent d’étendre ce financement jusqu’en 2029 et, surtout, de financer le développement de ses traitements en phase précoce.

Éviter les effets de mode
Ainsi du « nanoprimer », qui ne cherche pas à soigner une maladie en particulier mais à maximiser l’efficacité d’autres médicaments. « L’industrie pharmaceutique produit des traitements de plus en plus compliqués - des virus oncolytiques destinés à détruire les tumeurs, des thérapies cellulaires… - que le foie du patient va tenter d’éliminer, explique Laurent Levy. Les laboratoires tentent de rendre ces produits le plus invisibles pour le foie, mais, ce faisant, font des compromis quant à l’efficacité de leur traitement. »

La réponse de Nanobiotix consiste à leurrer le foie en le saturant, de telle sorte que le second médicament injecté, dont la vocation est thérapeutique, puisse s’échapper et trouver sa cible. « C’est un produit pour des dizaines et des dizaines d’applications ou de combinaisons potentielles », souligne Laurent Lévy. De nombreux biotechs et laboratoires pharmaceutiques ont déjà manifesté leur intérêt pour ce produit, que Nanobiotix développe depuis cinq ans.

Autre piste de recherche : les maladies neurodégénératives. Fidèle à sa formation de physicien, Laurent Levy considère le cerveau comme un circuit électrique plutôt que comme un organe biologique. « Dans le cas de la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson, il y a toujours un problème de communication entre les neurones, explique-t-il. Celle-ci peut-être trop lente, trop rapide ou désynchronisée. Nous développons dans ce domaine des particules qui modifient la conduction de l’électricité dans le cerveau. »

Dans tous les cas, Nanobiotix s’attache à sortir des sentiers battus. « Quand des centaines de laboratoires et de biotechs travaillent sur les mêmes produits et essaient d’arriver les premiers, nous avons décidé de faire quelque chose de complètement différent, à partir de la physique, explique le PDG. Plutôt que de cibler une maladie ou un récepteur en particulier, nous créons de nouvelles classes de médicaments. Nos produits ont des modes d’action génériques, qui peuvent adresser n’importe quel type de patients. » Un chemin plus long, mais plus fructueux s’il aboutit.