Le Figaro : Épidémie de pneumonie «non diagnostiquée» chez des enfants en Chine:

Épidémie de pneumonie «non diagnostiquée» chez des enfants en Chine: que sait-on ?

DÉCRYPTAGE - Si certains redoutent l’émergence d’une nouvelle pandémie, les spécialistes sont globalement rassurants. L’OMS a toutefois demandé à la Chine de fournir davantage d’informations.

Quatre ans après le début de la pandémie de Covid-19, une nouvelle épidémie de « maladie respiratoire non diagnostiquée » sévit en Chine, pays qui a vu émerger le coronavirus. De quoi raviver de mauvais souvenirs. Que sait-on, et faut-il s’inquiéter ?

Mercredi, l'Organisation mondiale de la Santé a indiqué avoir demandé aux autorités chinoises des informations plus détaillées alors que ni le Centre chinois pour le contrôle et la prévention des maladies, ni le ministère de la Santé en Chine ne mentionnent encore rien à ce sujet sur la version en anglais de leurs sites internet.

Pas de chiffres communiqués

En réalité, l'épidémie n’a pas brutalement démarré cette semaine. Le 12 octobre, des pédiatres chinois alertaient dans le Global Times (un journal affilié au Parti Communiste Chinois) sur une augmentation des cas d’infection à Mycoplasma pneumoniae, une bactérie présente partout dans le monde et responsable de cas de pneumonie chez l’enfant et le jeune adulte.

Il y a 10 jours, les autorités chinoises avaient, lors d'une conférence de presse, expliqué ces cas par la levée des restrictions liées au Covid-19 et à la circulation de plusieurs pathogènes (grippe, virus de la bronchiolite, Covid-19 et Mycoplasma pneumoniae). « Une recrudescence de Mycoplasma pneumoniae a été détectée depuis trois mois, mais la circulation de cette bactérie est en phase déclinante », a indiqué jeudi au Global Times le directeur adjoint du centre de prévention épidémique de la ville de Pékin.

Même jour à Pékin, lors de son point presse quotidien, le porte-parole du ministère des affaires étrangères a botté en touche face aux questions des journalistes, les renvoyant vers les « autorités compétentes », selon son habitude. La Commission nationale de Santé a prodigué quelques conseils aux parents inquiets, appelant à la vigilance mais sur un ton rassurant.

Pour l'heure, aucun chiffre n'a été divulgué à l'échelle nationale, mais plusieurs services pédiatriques sont « sous haute pression », comme à Tianjin ou Shenyang, deux villes respectivement éloignées de 150 et 700 kilomètres de Pékin. Dans la capitale, l'hôpital de l'Aviation a vu bondir de « 30 à 50 % » la fréquentation de son service pédiatrique par rapport à la même période des années passées, selon le Global Times.

Une bactérie qui fait son grand retour

Cette épidémie signalée par la Société internationale des maladies infectieuses (ISID) est-elle due à un ou des virus connus, ou à un nouvel agent pathogène, comme l’était le Sars-CoV-2 en 2019 ? Précisons que ce type d’alertes de la part de ce réseau de surveillance n’est pas rare, et que la plupart ne débouchent pas sur des épidémies d’ampleur. Depuis début 2022, l’ISID a réalisé pas moins de 9 signalements pour des infections respiratoires « non diagnostiquées », dont aucun ne s’est révélé être lié à un virus émergent.

Interrogée par Le Figaro, le Pr Cécile Bébéar, chef du service de bactériologie du CHU de Bordeaux et responsable du laboratoire expert sur les mycoplasmes humains, penche pour une épidémie de Mycoplasma pneumoniae. « C’est une bactérie qui sévit de manière périodique tous les 3 à 7 ans, cela dépend des pays et des périodes. Avec la pandémie de Covid-19, elle a complètement disparu des radars. Mais depuis le début de l’année, nous constatons une résurgence dans de nombreux pays, et cela s’accélère », explique le médecin, coauteure d’une vaste étude qui vient de paraître sur ce sujet.

En France aussi, des cas ont récemment été signalés, notamment en Île-de-France et dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. « La population cible, c’est-à-dire les enfants de 5 à 10 ans et les jeunes adultes, sont naïfs en termes d’immunité puisqu’ils n’ont pas été en contact avec la bactérie depuis plusieurs années », explique la spécialiste.

Pas de restriction sanitaire cet hiver

Le Pr Bébéar se veut cependant rassurante. « La forme la plus fréquente de cette maladie n’est absolument pas grave et se soigne très bien avec des antibiotiques, ou peut même guérir spontanément. » Les patients sont quasiment toujours pris en charge en ville, et non à l’hôpital. Mais alors, pourquoi des images d’hôpitaux chinois remplis d’enfants avec des perfusions ? « L'infection se traite très bien avec des antibiotiques par voie orale. Mais dans les cas graves, il arrive que les antibiotiques soient administrés par voie intraveineuse », répond la spécialiste. Autre point rassurant, il s’agit d’une bactérie.

Or celles-ci n’ont pas la capacité de muter aussi rapidement que les virus pour devenir plus dangereuses. « Et il ne peut pas y avoir de saut d’une espèce à l’autre. C’est un pathogène qui n’infecte que les humains », complète le Pr Bébéar. Il n’y a donc aucune chance que l’épidémie en Chine soit causée par un mycoplasme d’un nouveau genre.

Sur X (anciennement Twitter), les spéculations vont bon train. Alors que certains agitent déjà le spectre d’une nouvelle pandémie, la plupart des spécialistes sont plutôt confiants. « Je parie qu’il s'agit d'une ’’tripledémie’’ en Chine étant donné que leur politique zéro covid a pris fin l'hiver dernier », a par exemple lancé Caitlin Rivers, épidémiologiste des maladies infectieuses au centre de sécurité sanitaire Johns Hopkins (États-Unis). Ce n’est qu’en décembre 2022 que la Chine a en effet décidé de relâcher doucement ses restrictions sanitaires visant à endiguer le Covid-19.

« Dette immunitaire »

Un avis partagé par François Balloux, directeur de l'Institut de génétique de l'University College de Londres. « La Chine connaît probablement une vague majeure d'infections respiratoires infantiles, car c'est le premier hiver après un long confinement, qui a dû considérablement réduire la circulation des pathogènes respiratoires et donc diminuer l'immunité de la population contre eux », a-t-il déclaré. Ce phénomène de pics d’infections respiratoires post-confinement, bien connu des épidémiologistes, est appelé « dette immunitaire ».

C’est précisément la situation dans laquelle la France était plongée il y a un an. « La saison hivernale 2022-2023 est marquée par la survenue d'une triple épidémie caractérisée par une neuvième vague de Covid-19, une circulation très précoce et rapide de la grippe, ainsi qu'une circulation toujours très élevée de la bronchiolite qui dépasse les niveaux atteints lors des dix années précédentes », avait alors constaté le ministère de la Santé.

Un autre argument plaide contre l’idée qu’un nouveau pathogène aurait émergé. « Si c'était le cas, je m'attendrais à voir beaucoup plus d'infections chez les adultes. Les quelques infections signalées chez les adultes suggèrent une immunité existante suite à une exposition antérieure », a fait valoir le Pr Paul Hunter, spécialiste des maladies émergentes à l’université East Anglia (Norwich, Angleterre), interviewé par le « Science media center ». La prudence reste toutefois de mise et les scientifiques s’accordent à dire que davantage de données sont nécessaires pour juger de la gravité de la situation.