Le Figaro : Coup de tonnerre à Paris : Engie perd le méga contrat à 15 milliards

Coup de tonnerre à Paris : Engie perd le méga contrat à 15 milliards du chauffage urbain

Le géant de l’énergie, opérateur historique, a été évincé par la Mairie de Paris au profit d’un consortium emmené par Dalkia, Eiffage et la RATP pour les 25 prochaines années.

Un énorme coup de théâtre. La Mairie de Paris a dévoilé ce mardi en fin de journée le nom du gagnant de l’appel d’offres pour le réseau de chauffage urbain de la capitale. Le consortium Dalkia, Eiffage et RATP Solutions Ville a été choisi, au terme de cinq années de travail et de 27 mois de consultation. Un revers pour Engie, l’opérateur historique du réseau de chaleur parisien, qui était en concurrence avec le consortium. C’est une énorme désillusion pour le perdant, qui espérait valider sa stratégie avec ce contrat. Les deux groupes se refusent toutefois à commenter la décision, qui doit encore faire l’objet d’un vote au Conseil de Paris le 16 décembre avant d’être formellement validée.

Le choix du lauréat est hautement symbolique. Il dépasse le cadre parisien. Il ne s’agit pas seulement d’un contrat de 25 ans, portant sur un chiffre d’affaires d’environ 15 milliards d’euros. La Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) est une vitrine pour son concessionnaire, en France et dans le monde. Le réseau de chaleur parisien est le plus grand d’Europe, après celui de Moscou. Ses 530 km de canalisations souterraines fournissent le chauffage et l’eau chaude à 6 000 bâtiments de la capitale, chauffant plus de 450 00 logements, soit près de 1 million de Parisiens. Ils alimentent aussi en énergie seize réseaux de chaleur de la métropole, dont ceux de Clichy, Issy-les-Moulineaux ou encore, Levallois-Perret.

Depuis la crise énergétique de 2022-2023, le gouvernement français a fait des réseaux de chaleur un levier de la transition énergétique, alors que le chauffage représente 66 % de la consommation énergétique nationale. La France compte un peu plus de 1 000 réseaux de chaleur. L’objectif est d’en avoir trois fois plus en 2035. L’engouement pour cette solution dépasse largement nos frontières. Qu’il s’agisse de renouvellement de contrats ou de nouvelles opportunités, la concurrence est féroce entre les opérateurs. Emporter Paris est une belle médaille à faire valoir sur les autres marchés.

L’engouement pour les réseaux de chaleurs tient à leurs atouts. Ils permettent d’accélérer la décarbonation des villes - et des industries - en s’appuyant notamment sur des énergies renouvelables : valorisation des déchets et, de plus en plus, utilisation de la biomasse, de la géothermie et de la chaleur fatale (chaleur dégagée par un processus industriel). Surtout, ils apportent de la visibilité aux factures de chauffage et d’eau chaude des particuliers, des entreprises et des services publics. Les réseaux de chaleur urbains sont moins exposés aux variations des prix du gaz et de l’électricité, puisque la production de chaleur s’appuie de plus en plus sur des ressources locales, renouvelables. Ces réseaux sont aussi de plus en plus souvent conçus pour apporter du froid en été, en plus de la chaleur en hiver. Ils sont bien moins énergivores que des systèmes de climatisation classiques.

Cela convient à la Marie de Paris, qui vise la neutralité carbone en 2050. Elle attend du nouveau concessionnaire un verdissement de ses réseaux d’énergie, qui devront être alimentés exclusivement à partir d’énergies renouvelables et de récupérations. Dans sa version initiale, l’appel d’offres prévoyait une sortie du charbon. Mention rendu obsolète aujourd’hui, puisqu’il n’y a plus de centrales à charbon alimentant le réseau parisien.

Un calendrier critiqué.
Le calendrier fait néanmoins débat. Les critiques fusent déjà. « Un contrat qui engage Paris pour plusieurs décennies ne peut être décidé par une majorité en fin de mandat, à quelques mois d’un scrutin décisif. La décision devrait revenir à la future majorité issue du vote de 2026, après débat public », fustige Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons et Renaissance à la Mairie de Paris. Il plaidait depuis plusieurs années pour un report de l’examen des dossiers des candidats après les élections municipales de 2026. Ce décalage n’aurait rien eu d’extraordinaire pour un contrat qui a, en près d’un siècle d’existence, déjà connu quinze avenants.

La Compagnie parisienne de chauffage urbain a vu le jour en 1927. Le réseau est géré depuis sous la forme d’une délégation de service public, entre la ville de Paris et la Compagnie générale française de chauffage urbain (CFGCU), devenue la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU). Dans la continuité des premiers signataires, la société est aujourd’hui détenue à 66,5 % par Engie et 33,5 % par la Ville de Paris. Quinze avenants ont prolongé le contrat initial. En février 2024, le Conseil de Paris avait décidé d’ajouter encore deux ans, expliquant que « la crise sanitaire et énergétique avait affecté la préparation de la nouvelle convention de concession ». L’échéance avait été repoussée par un quatorzième avenant du 31 décembre 2024 au 31 décembre 2026. Un quinzième avait ajouté un jour supplémentaire pour permettre un rattachement budgétaire le 1er janvier 2027.

Autre sujet d’inquiétude, Dalkia fait l’objet de rumeurs récurrentes. Le groupe pourrait être cédé par sa maison mère, EDF. « Ce qui crée une incertitude majeure sur la capacité d’engagement de ce candidat », ajoute Pierre-Yves Bournazel, qui considère que « le maintien de la procédure dans ces conditions pouvait affaiblir la concurrence ». Toutefois, des sources industrielles ont salué « le savoir-faire des équipes de la Ville » et la « qualité des échanges ».